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Ces musées flamands inconnus des francophones: le Gruuthusemuseum à Bruges (3/5)

Loggia du Gruuthusemuseum. ©Inge Kinnet

Cet été, L’Echo vous fait découvrir cinq perles cachées parmi les musées de Flandre. Autant d’évasions culturelles pour lesquelles un test PCR n’est pas nécessaire. Aujourd’hui, notre gondole vous mène à la Venise du Nord.

À quoi reconnaît-on un palais belge? Au fait que l’argent qui a permis sa construction provient de la bière. C’est le cas de la demeure médiévale des seigneurs de Gruuthuse, qui percevaient des taxes sur la bière brassée à partir de "gruut" (gruit), l’ancêtre du houblon. Un business model qui a fait ses preuves, vu le palais fastueux en plein cœur de Bruges qui en a résulté au XVe siècle, transformé par la suite en Gruuthusemuseum.

On y est accueilli par un mantra de développement personnel, gravé au-dessus de l’entrée: "Plus est en vous", la devise familiale. Treize lettres qui ornent presque chaque pièce, l’équivalent médiéval du "Live, Laugh, Love" des intérieurs des années 2000 – en plus noble. Il faut dire que l’habitant le plus célèbre du palais, Louis de Gruuthuse, avait de la classe: chevalier de la Toison d’or, il était proche des ducs de Bourgogne, patron des arts, collectionneur de manuscrits enluminés et... pionnier de la coupe mulet (cf. son portrait peint dans la première salle). Sa vie et ses trésors marquent le point de départ d’une exploration plus large de l’histoire de la ville de Bruges, à travers 600 artefacts exposés dans ce palais fraîchement restauré.

Des trésors du monde entier

Les premières salles nous plongent dans le XVe siècle de Louis de Gruuthuse, l’âge d’or de Bruges. Fleuron des États bourguignons, la ville prospère grâce à son accès à la mer par le Zwin, qui en fait une plaque tournante du commerce international. On nous montre une carte gravée de l’époque, avec des cours d’eau plus larges et une situation plus proche de la mer que dans la réalité – la manipulation marketing ne date pas d’hier.

Louis de Gruuthuse avait de la classe: chevalier de la Toison d’or, patron des arts, collectionneur de manuscrits enluminés et... pionnier de la coupe mulet

L’affirmation du pouvoir par les arts non plus, ce qu’illustrent les manuscrits personnalisés pour les plus riches, comme Louis, avec leur blason inscrit en marge des pages. Le privilège des "happy few" de la "high society", lit-on sur les murs du musée, truffés de locutions anglaises pour upgrader le Moyen Âge. On passe ensuite devant des vitrines qui dévoilent des objets du quotidien: peigne, cuillère, chaussures, etc. Comme on aime voir des souliers traverser les siècles et se retrouver au musée; cela nous donne envie d’enterrer nos Manolo Blahnik dans le jardin pour la postérité. Un ensevelissement fantasmatique qui nous permet de reprendre le fil historique, en notant l’ensablement du Zwin dès la fin du XVe siècle, le début du déclin de Bruges.

Portrait de Louis de Gruuthuse. ©Musea Brugge

La ville trouvera d’autres moyens de rester connectée au monde, ce dont témoignent des importations exotiques des XVIIe et XVIIIe siècles: un coffre Namban en bois laqué du Japon, un pot à tabac de Saint-Domingue, une théière de Chine. Et Bruges exporte à son tour ses créations en dentelle, que l’on retrouve exposées sur des mannequins.

De ville-monde à ville-musée

On s’engouffre alors dans une chapelle à la voûte boisée: l’oratoire de Louis de Gruuthuse, avec une vue imprenable sur le chœur de l’église Notre-Dame, bâti pour suivre la messe en direct et en privé, à l’abri de la plèbe et des super-propagateurs. Tout aussi impressionnante, la loggia attenante, l’occasion de respirer un peu d’air frais en toisant les toits de Bruges.

La ville de Bruges trouvera d’autres moyens de rester connectée au monde, ce dont témoignent des importations exotiques des XVIIe et XVIIIe siècles.

La dernière section du musée se consacre à la renaissance néogothique et touristique de Bruges au XIXe siècle, quand elle se mue en ville-musée. On nous entoure de guides et de tickets d’entrée d’époque, de vitraux et de sculptures. De quoi nous faire appréhender le retour au temps présent, mais le claquement des sabots des chevaux qu’on entend à l’extérieur nous rassure: aujourd’hui encore, Bruges cultive son charme d’antan.

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