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Ces musées flamands inconnus des francophones: le Musée Mayer van den Bergh à Anvers (2/5)

Le musée met sa pièce maîtresse, "Margot la Folle" de Brueghel, en abyme avec un no man's land de la Grande Guerre. ©SISKA VANDECASTEELE

Cet été, L'Echo vous fait découvrir cinq perles cachées parmi les musées de Flandre. Autant d’évasions culturelles pour lesquelles un test PCR n’est pas nécessaire. Tweede halte, Antwerpen!

Outre un lieu de conservation et de transmission, le musée peut être une preuve d’amour. Cette révélation nous vient au Musée Mayer van den Bergh, ouvert en 1904 sur l’initiative d’Henriëtte van den Bergh à la mémoire de Fritz, son fils collectionneur décédé après une chute de cheval. Son vœu avait été de créer son musée; sa mère se chargera de l’exaucer, en faisant ériger un bâtiment néogothique au cœur d’Anvers pour abriter sa collection. Elle en sera la conservatrice dévouée jusqu’à sa propre mort. Ah, l’amour maternel – plus puissant que les fusées de Richard Branson et Jeff Bezos associées.

Fritz Mayer van den Bergh avait du flair, du goût et le sens de la qualité matérielle.

En entrant dans le vestibule, on tombe sur un profil sculpté de Fritz et une photo d’Henriëtte. De quoi mettre des visages sur cette relation fusionnelle, qui rappelle l’attachement de Gustave “Tatave” Moreau à sa mère Pauline, imprégnant tout autant la maison-musée du peintre parisien. Si le musée anversois n’a jamais été habité, l’ambiance y est aussi intime que dans la demeure de Moreau. Avant son accident, Fritz avait déjà imaginé le cadre domestique qui serait mis en œuvre par Henriëtte, en soignant l’opulence du décor: les revêtements muraux sont en cuir doré, les cheminées tapissées de mosaïques polychromes, les boiseries ornementales au possible… L’écrin ultime pour la collection du fiston.

Un Brueghel à 488 francs

Qui était Fritz Mayer van den Bergh? On nous le présente comme un érudit moustachu richissime qui se consacrait à la recherche en histoire de l’art, en quête de nouvelles découvertes et attributions. Un des premiers à s’intéresser à Pieter Brueghel l’Ancien, il a acheté sa “Dulle Griet” (Margot la Folle) pour la somme modique de 488 francs. Autre trouvaille, un panneau ombrien figurant la Vierge à l’enfant, datant d’avant Giotto – ce qui en fait le tableau le plus ancien à se trouver dans une collection belge –, acquis à petit prix alors que personne ne s’intéressait encore au Duecento italien. Bref, Fritz avait du flair. S’il avait vécu à notre époque, il aurait senti venir les NFT sur le marché de l’art dès 2015. Mais pas sûr qu’il aurait investi dans des jetons virtuels: cet homme avait du goût et le sens de la qualité matérielle.

Une exposition temporaire nous donne l’occasion de revoir des chefs-d’œuvre du Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers, fermé pour travaux.

C’est ce qui l’a amené à collectionner des tableaux de Rubens, Cranach et Jordaens, mais aussi toutes sortes d’artefacts rares ou raffinés. Pensez plaquettes finement ciselées aux sujets mythologiques, coffrets médiévaux pour objets précieux, ou encore ce collier du XVe siècle joignant 44 noyaux de cerise sculptés pour donner forme à autant de minuscules visages animés. Une idée créative pour le prochain confinement?

Margot au no man’s land

Une belle surprise nous attend à la dixième salle du musée: l'exposition temporaire “La Madone rencontre Margot la Folle”, jusqu’en janvier 2022, en collaboration avec le Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA), toujours fermé pour travaux. L’occasion de revoir des chefs-d’œuvre du KMSKA – la Vierge à l’enfant aux séraphins, aux chérubins et au sein nu de Fouquet, une merveilleuse petite huile de van Eyck – et de se retrouver nez à nez avec la “Dulle Griet”, fraîchement restaurée. Margot la Folle court, court avec son butin, laissant derrière elle un fourmillement de personnages grotesques et le ciel embrasé de l’enfer.

Le musée n’a pas résisté à une mise en abyme, en présentant le tableau sur un fond de papier peint rouge sang figurant cet autre paysage dantesque qu’était le no man’s land de la Première Guerre mondiale. Un peu too much, mais qui sommes-nous pour critiquer la surenchère?

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