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Ces musées flamands inconnus des francophones: Talbot House à Poperinge (5/5)

L'exposition permanente de Talbot House. ©Bert Demasure

Cet été, L’Echo vous fait découvrir cinq perles cachées parmi les musées de Flandre. Aujourd’hui, notre régiment fait halte à Talbot House, Poperinge!

Talbot House nous promet de nous faire oublier tous nos soucis. Il n’en faut pas plus pour qu’on saute dans le premier train pour Poperinge. Si aujourd’hui on vient de Bruxelles, il y a une bonne centaine d’années, c’est un autre "hellhole" qu’on quittait pour rejoindre cette maison: le saillant d’Ypres, où les forces alliées s’enlisaient dans la boue face aux envahisseurs du Kaiser, dans l’enfer de la Grande Guerre.

Parmi les combattants, beaucoup de soldats britanniques venus au secours de "Brave Little Belgium". Afin de leur faire oublier le front pendant quelques heures, en 1915, deux aumôniers militaires louent une maison de maître à Poperinge, pour y fonder Talbot House. Jusqu’en 1918, cet "Every Man’s Club" accueillera chaque soldat qui s’y présentera, quel que soit son rang, pour boire un thé dans la "dry canteen" (sans alcool), lézarder dans le jardin, lire, écrire des lettres ou assister à la messe, à l’abri de la tentation des nombreuses maisons closes de "Pop".

La visite commence par une présentation muséale réunissant 500 objets originaux illustrant la vie à l’arrière du front.

Humour british

Aux commandes? Le révérend Philip Byard Clayton, P.B.C. ou Tubby pour les amis, un hôte "rayonnant de bienveillance", doté de ce sens de l’humour élégant mais mordant dont les Anglais ont le secret. À notre arrivée, on s’essuie les pieds sur un paillasson qui donne le ton: "Don’t dally with the doormat, it is accustomed to neglect. P.B.C." ("Ne vous souciez pas du paillasson, il est habitué à être négligé. P.B.C.").

La demeure est tapissée d’ordres similaires, délibérément à mille lieues de ceux reçus dans les tranchées. Notre préféré, même s’il n’a pas dû contribuer à la propreté: "If you are in the habit of spitting on the carpet at home, please spit here" ("Si vous avez l’habitude de cracher sur la moquette à la maison, sentez-vous libre de cracher ici aussi."). Cheeky, ce P.B.C. Il a trouvé un digne successeur en Simon Louagie, le manager actuel de Talbot House, qui nous guide à travers une tablette et nous transmet sa passion pour les lieux.

Comme Alice au pays des merveilles

La visite commence par une présentation muséale réunissant 500 objets originaux illustrant la vie à l’arrière du front, du plus utilitaire (le rasoir rouillé) au plus touchant (les lettres échangées entre le soldat Geoff et son Edith, qui clôt sa dernière missive par "Au revoir – pour une semaine seulement, j’espère", alors qu’elle ne le reverra pas). On nous présente l’histoire de Talbot House, son rayonnement international à travers le mouvement "Toc H", sa réquisition par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale.

Avec ses transats sous les arbres et ses fleurs parfumées, c’est un havre de paix, même si en plein conflit, on y entendait tout de même les canons du front.

Mais assez parlé de la guerre – il est temps d’honorer l’esprit d’évasion de la maison, et on quitte le musée pour le jardin historique. C’est le seuil d’un petit paradis qu’on franchit, "comme Alice quand elle passe de l’autre côté du miroir", pour citer un soldat à son arrivée. Avec ses transats sous les arbres et ses fleurs parfumées, c’est un havre de paix, même si en plein conflit, on y entendait tout de même les canons du front.

Après avoir snifé les rosiers, on pénètre dans la maison de maître. La cantine abrite encore son piano d’antan, et le couloir a gardé son "Friendship’s Corner", un listing au mur qui permettait aux soldats de passage d’essayer de se retrouver – l’ancêtre touchant du contact tracing. Aux étages, on découvre le bureau de Tubby, la belle chapelle et des chambres d’hôtes. Oui, vous avez bien lu: vous pouvez passer la nuit à Talbot House. Vu sa vocation de "maison loin de la maison", la formule a du sens. Il ne faut cependant pas y loger pour s’y sentir chez soi: à la fin de la visite, esprit british oblige, on nous propose une tasse de thé. Nous voilà Talbotousian dans l’âme, avec le privilège contemporain de ne pas avoir à regagner les tranchées après notre moment Twinings. Hurrah!

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