Cindy Wright au château de Gaasbeek: la vie devant la mort

©Cindy Wright

Née à Herentals en 1972 et vivant à Anvers, la plasticienne Cindy Wright se lie à la haute tradition de la nature morte flamande. Son regard vif-argent en fait une fascinante leçon d’existence.

>Jusqu’au 4/11 au Château de Gaasbeek

C’est une vivante qui n’hésite pas à montrer la mort. Dans la tradition des vanités, son regard inquiet est imprégné d’émotions, de sourire et de douceur. Au château de Gaasbeek, la crudité de ses toiles se combine aux paysages sonores conçus spécialement par le compositeur et luthiste néerlandais Jozef van Wissem. Et cela renforce le respect et le mystère que l’artiste a éprouvés devant ces corps d’animaux, ces morceaux de viande, ces ossements humains. La douceur de la lumière, le soyeux des reflets, la délicatesse du pinceau, la palette nuancée des tonalités créent cette caresse visuelle.

Exposition

"Dead Poetry"

Note: 5/5

Cindy Wright et Jozef van Wissem.

Cindy Wright (son site officiel) expose son travail, le verbe rapide, comme précipité par une pensée qui file à la vitesse d’une flèche. "Notre première réaction face à ces carcasses, qui sont des cadavres, c’est la répulsion, le dégoût. La peur de la mort caractérise notre société occidentale, qui a le plus grand mal à aborder ce tabou. Montrer ces images de mort permet d’en parler."

L’artiste n’a pas toujours peint cette "poésie morte". À des périodes antérieures, elle peignait des portraits grand format, "une manière de confronter le sujet à la fragilité de la vie". En effet, tout portrait est celui d’un être mort ou qui mourra un jour, une manière d’offrir une survie au défunt.

"La nature morte n’est pas si éloignée du portrait."
Cindy Wright
Artiste plasticienne

"J’ai ensuite compris que la nature morte n’était pas si éloignée du portrait": pour elle, ce sont deux facettes de la vie. "J’ai commencé par placer des pièces de viande à côté du portrait, la vie à côté de la mort, afin de souligner que toute chose est faite de matière qui disparaîtra un jour. J’ai ensuite ressenti que leur association devenait trop complexe, chaotique, présentant un excès d’éléments. J’avais besoin de simplifier et de relier ma peinture à ses sources."

Cindy Wright: Contemporary Vanitas

Réflexion philosophique

Dans la grande tradition de la nature morte et des vanités, chaque élément, l’œil du poisson où se lit un reflet, le sang au fond d’un bocal, l’entassement des morceaux de viande, sont les signes esthétiques d’une réflexion philosophique. L’agneau sous sa cloche de verre est aussi l’agneau mystique. "Je m’appuie sur l’enchantement du passé pour éclairer notre société actuelle et son oubli de la nature. La poésie est un moyen de surmonter cette cassure entre nature et culture."

Mêlant déchets végétaux, papillons et boîte plastique, "Cyclus" nous montre exactement ce heurt criant. "Les Occidentaux n’aiment pas faire don de leur corps à la science. Et pourtant, nous sommes comme la feuille qui tombe de l’arbre, pourrit et retourne à la terre."

©Cindy Wright

Profondeur et humour

Cindy Wright marie cette profondeur avec un humour grinçant. Le papillon mort de "Fashion victim" (titre désopilant, ci-dessus) est aussi lardé d’épingles que saint Sébastien de flèches. "Quand je l’ai ramassé, il était déjà mort sur le sol de mon atelier… Notre hypocrisie nous fait détruire notre environnement mais pleurer ce papillon transpercé d’épingles." L’abeille morte de "Bubblegum" butinait-elle ce gros chewing-gum avant de s’y engluer? "Je n’ai pas l’intention de choquer ou de moraliser. Attirer le regard avec humour permet d’éveiller différentes couches de sensibilité." Et de jouer ainsi sur la distance.

©Cindy Wright

"Je peins à partir de photos que je prends. J’imprime, j’agrandis, je perds en netteté, je corrige, je ragrandis." Ensuite, la photo devient tableau et le regard se dédouble: "Si le spectateur est à distance, il croit voir une photo. S’il s’approche, il discerne les coups de pinceau, il est devant un tableau. Ce jeu avec la distance trompe la perception et enrichit la sensation."

Où se procure-t-elle les animaux morts? "Je donne des cours du soir, mes élèves vivent à la campagne, dans les bois, dans les champs, ils tombent sur une belette ou un lièvre mort, me demandent si cela m’intéresse." L’un d’eux est un collectionneur qui n’a pas de télévision. Son spectacle favori, rapporte Cindy Wright? "Regarder bondir les écureuils devant sa vaste fenêtre panoramique."

Jusqu’au 4/11 au Château de Gaasbeek. www.kasteelvangaasbeek.be. Catalogue: "All Well", Paper Kunsthalle, 45 €. www.cindywright.org.

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