interview

Curating the Young présente une expo pour ceux qui n’ont pas accès à l’art, même hors pandémie

De gauche à droite, Silke Leenen, Astrid Vandendael, Vicky Geeroms. ©Brecht Van Maele

Proposer une exposition inaltérable, mais aussi inaccessible, quelle que soit la situation sanitaire? C’est le pari des entrepreneurs créatifs de Curating the Young qui préparent une expo dans un centre fermé pour jeunes en Flandre-Orientale.

Pour toute exposition actuelle, la qualité disruptive de la pandémie constitue un élément non négligeable avec lequel il faut composer tout au long de l’élaboration, avant de pouvoir (ou non…) la présenter au public. Quand le Covid-19 a premièrement frappé la Belgique, les jeunes curateurs de Curating the Young ont réagi comme la plupart: en se tournant vers l'internet.

Un an plus tard, ce collectif dynamique de profils différents – étudiants en histoire de l’art, chargés de communication, architectes… tous des bénévoles de moins de 26 ans – a changé d’approche. Accompagnés par l’ASBL AmuseeVous/Bamm qui encadre leurs projets (et propose ainsi une formation pratique à l’art d’exposer), les "Young Curators" ont décidé qu’il était temps de faire un pied de nez aux diktats de la pandémie.

"On a très vite pensé à mettre en place une forme de cocréation, un dialogue entre les résidents et les artistes…"
Vicky Geeroms
Une "Young Curator"

Le résultat se matérialise le weekend prochain dans un centre fermé pour jeunes de moins de 18 ans, l’ASBL Steevliet à Melle (Flandre-Orientale), où se tiendra pendant un mois une expo ne risquant ni annulation ni transformation, puisqu’elle sera accessible uniquement aux résidents. Rencontre avec une des coordinatrices du projet, Silke Leenen (28 ans, employée d’AmuseeVous), une "Young Curator" y participant, Vicky Geeroms (24 ans), et une artiste qui a créé deux œuvres pour l’occasion, Astrid Vandendael (26 ans).

Les "Young Curators" et les artistes n’auront pas accès à leur propre exposition?

Astrid Vandendael: Non, je ne verrai pas mon travail au mur! Ni la réaction des jeunes qui résident dans le centre… C’est une perte de contrôle intéressante. Aucun des artistes n’aura vu le lieu.

Silke Leenen: Avec les mesures sanitaires, seules trois personnes sont autorisées à entrer dans le centre pour l’expo – les trois "Young Curators" chargés de l’accrochage, ce weekend.

D’où vient l’idée paradoxale d’organiser une expo dans un centre fermé?

S. L.: À l’arrivée du Covid, après un premier réflexe de digitalisation, on a voulu réfléchir à un projet physique qui ne changerait ni de forme ni d’accessibilité, quoi qu'il arrive.

De gauche à droite, Silke Leenen, Vicky Geeroms, Astrid Vandendael. ©Brecht Van Maele

Vicky Geeroms: On voulait aussi proposer une plateforme aux artistes de notre âge. La pandémie les a déjà suffisamment privés de possibilités. À cela s’est ajoutée l’idée d’un lieu de présentation atypique, comme l’envie d’atteindre un public qui n’a pas facilement accès à des expositions, même dans une situation sanitaire "normale". C’est ainsi qu’on a pensé aux jeunes en centre fermé.

S. L.: Quelques coups de fil à droite et à gauche, et l’ASBL Steevliet à Melle confirmait son enthousiasme à l’idée d’accueillir une exposition à huis clos, conçue par les "Young Curators".

Est-ce possible de conjuguer l’envie de donner de la visibilité à de jeunes artistes avec un lieu inaccessible au public?

V. G.: On va créer une publication reprenant les différentes œuvres, pour qu’il y ait une trace pérenne qui subsiste au-delà de notre intervention, qui puisse servir de référence aux artistes. De plus, on est en train de filmer les artistes participants, des capsules qu’on postera sur nos réseaux sociaux.

"En tant qu’artiste, outre la question de la promotion, j’étais aussi intriguée par l’idée de pouvoir créer quelque chose d’exclusif pour ces jeunes en centre fermé."
Astrid Vandendael
Artiste

A. V.: Oui, le cameraman est passé dans mon atelier aujourd’hui – c’est la première fois que ma pratique est documentée en vidéo. Après, en tant qu’artiste, outre la question de la promotion, j’étais aussi intriguée par l’idée de pouvoir créer quelque chose d’exclusif pour ces jeunes en centre fermé.

V. G.: On a d’ailleurs très vite pensé à mettre en place une forme de cocréation, un dialogue entre les résidents et les artistes…

Justement, comment les avez-vous trouvés, ces artistes?

Silke Leenen: On fonctionne toujours par "open calls". Ensuite, les "Young Curators" font une sélection.

A. V.: L’année passée, j’avais déjà envie de participer, mais j’étudiais encore à l’académie – trop peu de temps. Cette fois, j’ai mis mon site et mon portfolio à jour, et ma candidature a été sélectionnée.

V. G.: Pour ce projet, on a choisi Astrid et six autres illustratrices: Amber Gyselings, Margo zonder t, Adelina Rosseel, Emma Veulemans, Charlotte Vandeputte et Johanne Ampe. On leur a proposé la démarche suivante: en premier lieu, les jeunes du centre désireux de participer étaient libres d’écrire une histoire, sans contrainte aucune. Ensuite, les artistes ont sélectionné un texte qui les inspirait, avant de créer une illustration y correspondant.

Astrid Vandendael, "De koningin en de geit" ("La reine et la chèvre"), 2021, crayons sur papier A2 ©Astrid Vandendael

Une sorte d’ekphrasis à l’envers.

A. V.: Oui, c’était stimulant comme point de départ. Moi, j’ai réalisé des paysages fantastiques aux crayons, en réponse au texte d’un garçon du centre.

S. L.: Ce sont souvent des récits intimes, on veille à respecter la vie privée des jeunes tout au long du projet. Avec cette expo, on aimerait aussi attirer l’attention sur la santé mentale, trop souvent négligée.

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