"Danser Brut" à Bozar | Force vive, force morbide

©Valeska G ert

Avec "Danser Brut", Bozar explore les liens et ramifications entre l’expression des corps, l’art et, plus que la santé mentale, une histoire de la perception des corps par le prisme de la psychiatrie. Une exposition aux multiples facettes parfois proche de l’expérience immersive.

Le ton est très vite donné lorsque l’on entre dans la première salle d’exposition avec cette vidéo/performance de Valeska Gert. Une femme produit des mouvements violents, à la fois disgracieux et attachant le regard du spectateur. Une danse à vif qui s’adoucit ensuite avec les manèges bricolés en matériaux de récupérations par plusieurs artistes. Une douceur malgré tout teintée d’une étrange ambiance, enfantine et sombre à la fois. Alors que les manèges pivotent, on entend la musique des vidéos projetées sur d’autres écrans, celle d’un manège tournant à grande vitesse ou celle d’un film mettant en scène une danse collective aux allures cathartiques, dans une vieille taverne médiévale. Un rythme s’impose à nous, donnant place à une sensation ambiguë: entre légèreté et léger malaise.

La qualité de la scénographie est d’autant plus remarquable qu’elle nous permet de suivre ce qui semble être l’un des fils rouges de l’exposition: la double facette de la danse qui peut être un exutoire joyeux, voire thérapeutique, ou un symptôme de maladie. C’est à ce moment-là que Bozar fait allusion à "une épidémie de danse", connu également sous le mal des ardents, une maladie faisant ravage durant laquelle les personnes étaient atteintes de spasmes et démangeaisons. Une danse macabre contrebalancée par des représentations des pèlerinages annuels à Molenbeek durant le XVIe siècle, au cours desquels épileptiques et malades mentaux prenaient part à des processions dansantes en espoir de guérison. La forme contemporaine de ces transes collectives est représentée par un extrait du film de Sydney Pollack, "They shoot horses, don't they?" qui traite de ces marathons de danse organisés durant les années 30, auxquels des centaines de personnes participaient en vue d’obtenir une prime financière.

Phénomène collectif et individuel

C’est encore une fois ce qui fait la force de cette exposition, la manière délicate qu’elle a de nous montrer à quel point la danse a toujours été un phénomène collectif et individuel, a toujours dévoilé les ressorts d’une époque. On retrouve ses formes déclinées sous sa forme spectaculaire et joyeuse dans "Les Temps Modernes" de Charlie Chaplin, comme de manière monstrueuse dans des études cliniques où les danses des malades sont représentées par des individus démoniaques et effrayants. On retrouve encore cette tension entre symptômes et moyen de guérison.

L’aspect thérapeutique de la danse est également présenté sous une autre dimension dans cette exposition aux multiples facettes, celle de la "danse du crayon". Pinceaux ou crayons deviennent le vecteur d’une force vive que les artistes ancrent dans les toiles que ça soit par de l’action painting à la Pollock, sous forme de collages ou de lignes troubles et nerveux comme ces dessins d’Henri Michaux qu’il entreprit sous l’emprise de la mescaline. La force est vive mais également trouble dans ces pratiques de dessins automatiques. Au milieu de toutes ces œuvres, une toile blanche griffée de lettres rouges par Philippe Vandenberg qui dit "Kill Them All and Dance". Toujours entre la vie et la mort.

Expo

"Danser Brut", Bozar

♥ ♥ ♥ ♥

Du 24 septembre 2020 au 10 janvier 2021

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés