Derrière les rideaux, la peinture

"The two of us combined", 2018 ©-Thomas-Lerooy-and-Rodolphe-Janssen

Avec sa nouvelle exposition "Behind the curtain", Thomas Lerooy nous invite dans son intimité artistique, en abordant pour la première fois un matériau qu’il a longtemps sacralisé, la peinture.

A partir du 23 avril, Thomas Lerooy s’expose littéralement en un double événement aux Musées royaux des Beaux-Arts. En effet, l’artiste s’aventure enfin dans le domaine de la peinture, au moment même où on lui propose, pour la première fois, d’exposer à côté des grands maîtres dont il ne cesse de réaffirmer le respect qu’il leur voue. Le 2 avril dernier nous avons pu rencontrer Thomas Lerooy dans son atelier bruxellois pour discuter autour de ses nouvelles œuvres de ce tournant artistique.

"Après m’être rendu compte que mes dessins évoluaient vers la peinture, j’ai décidé que cela faisait trop longtemps, qu’il fallait que je m’y mette vraiment", explique-t-il dans son ancien garage ixellois magnifiquement transformé en atelier et maison.

"Mes dessins évoluaient vers la peinture, il fallait que je m’y mette vraiment."

Dans cet atelier spacieux s’éparpillent ses premières peintures, ses matériaux, quelques sculptures anciennes mais neuves également, comme ces oiseaux en bronze reposant étrangement dans des balles de foot éventrées. L’ambiance onirique et morbide de ces compositions résume bien le reste du travail de Thomas Leerooy. Elles sont pourtant le fruit d’une coïncidence. "Il y a souvent des oiseaux qui viennent s’écraser contre les grandes vitres de mon atelier et qui tombent là dans le jardin. Et puis, dans le même temps, les enfants qui jouent au foot à côté n’arrêtent pas de faire passer des balles au-dessus du mur. Mon assistant s’est mis à crever les balles avec un couteau! Un jour, il a vu un oiseau mort au sol et l’a en quelque sorte rangé à l’intérieur. C’était cruel mais la balle était aussi comme un nid pour l’oiseau", raconte l’artiste. Cette rencontre fortuite entre la mort et le ludique, cette teinte de surréalisme, se retrouvent dans toute sa nouvelle exposition. Les peintures toutes "peintes sur des toiles avec un format intimiste" rassemblent et agencent des thèmes comme la mort, l’intimité, le rêve et le secret que représente tout cela, ce qu’il y a "derrière le rideau" ("Behind the curtain", le titre de l’exposition).

L’ambiance des maîtres flamands et des surréalistes

Thomas Lerooy ©saskia vanderstichele

Que ce soit dans les thèmes abordés ou dans la manière de peindre, on ne cesse d’être renvoyé à l’histoire de l’art que Thomas Lerooy a toujours aimé défigurer, ou plutôt transfigurer. Il contredit pourtant: "pour une fois il n’y a aucune référence directe à l’histoire de l’art". En effet, aucune œuvre ou aucun motif connu n’est repris comme tel. On y sent en revanche une ambiance inévitablement commune à celle des maîtres flamands parfois, de Magritte et des surréalistes souvent. On le remarque dans sa manière d’assembler des réalités, de les confondre avec un certain humour, comme dans ce tableau où, comme le décrit l’artiste, "la femme et les poires sont presque devenues un même objet. Les poires font comme des larmes, ou des couilles, ou des seins."

Art contemporain

Thomas Lerooy, "Behind the curtain" | Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles. Du 23 avril au 18 août. 

Cette légèreté surréaliste est souvent remplacée par une ambiance plus sombre, étouffante. Les oiseaux, motif principal de l’exposition, ne renvoient que rarement l’impression de liberté ou d’espace qu’on a tendance à leur attribuer. Thomas Lerooy, que ce soit dans ses peintures ou ses sculptures, les représente le plus souvent dans des fusions asphyxiantes, les becs se fondant l’un dans l’autre, ou pour l’une des sculptures principales, grignotant l’oiseau qui lui fait dos.

Des symboles expliqués tantôt comme romantique tantôt comme politique par l’artiste. L’étouffement ou la prédation favorisant l’oiseau à la plus grande envergure est pour Thomas Lerooy une manière de parler d’une réalité politique toujours plus insistante et violente. Plus qu’une description, c’est même une mise en garde: "Il y a une idée un peu apocalyptique de se dire que ces oiseaux existeront peut-être un jour".


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