En Suisse, un souffle venu d’Australie

A. Gunybi Ganambarr (1973), "Dhuwa Miny’tji", 2019, acrylique sur panneau isolant. ©Vincent Girier Dufournier

Bérangère Primat a eu il y a plus de 20 ans une révélation d’une forme d’art plus spirituelle et emplie de significations.

Il y a le collectionneur spéculateur, le collectionneur passionné, celui qui suit les tendances, celui qui n’écoute que les "gourous des galeries"... Mais plus rares sont ceux qui sont complètement habités spirituellement par leurs œuvres et qui donnent à leurs collections une dimension bien au-delà de la simple monstration.  

Infos pratiques

"BREATH OF LIFE - La vie n'est qu'un souffle", jusqu’au 17 avril 2022, à la Fondation Opale, à Lens (Suisse). www.fondationopale.ch

Cette révélation d’une forme d’art plus spirituelle et emplie de significations, Bérangère Primat l’a eue il y a plus de 20 ans en entrant dans une galerie d’art aborigène à Paris. Depuis elle n’a cessé de collectionner cet art ancestral et possède la plus grande collection d’art aborigène privée d’Europe.

Un écrin au cœur des Alpes

Longer les rives du Lac Léman puis s’enfoncer dans la vallée du Rhône en direction de Sierre, monter la route sinueuse en direction de Crans-Montana à travers les vignobles du Valais, arriver à Lens-en-Valais devant une architecture Monolithe faite de miroirs et de panneaux solaires,  laquelle reflète à 360° les montagnes majestueuses, s’apparente à une ascension vers une forme de spiritualité. Découvrir que c’est ici que se niche depuis 2018 la Fondation Opale (du nom d’une pierre mythologique dans la culture aborigène) devient une évidence.

Divers yidaki, de gauche à droite: Balku Wunuŋmurra (1960), Peint par Milminyina Dhamarrandji (1960), Yidaki / Didgeridoo / Didjeridu , 2014 (détail) Pigments naturels sur bois (Collection Christian Som)

"La Fondation Opale entend favoriser le dialogue entre l’art aborigène et l’art contemporain, en tant que lieu d’expositions, de rencontres et de recherche de référence", explique Bérangère Primat, la présidente de la fondation.

"La Fondation Opale entend favoriser le dialogue entre l’art aborigène et l’art contemporain."
Bérangère Primat
Présidente de la Fondation Opale

Depuis la fermeture du musée aborigène de Utrecht, la Fondation Opale offre, en dehors des musées d’ethnographie, l’un des rares écrins muséaux  en Europe qui promeuvent  l’art aborigène contemporain.

"Partager ces œuvres avec le public est essentiel pour moi, confie Bérangère Primat. "J’ai passé beaucoup de temps en Australie dans le désert central: la terre d’Ahrem. C’est une expérience très intense. Là, j’ai pu accéder à une dimension spirituelle à chaque fois un peu plus profonde grâce aux différentes cérémonies auxquelles j’ai eu le privilège de pouvoir participer. À chaque fois une clé supplémentaire m’est donnée, emplie de sens et qui m’ouvre à un autre savoir. J’y ai ressenti quelque chose qui nous unit tous en tant qu’êtres humains; cette mémoire universelle dans laquelle l’humanité tout entière se retrouve. Ces hommes sont là depuis l’origine des temps; ils ont tellement à nous enseigner."

"Mais je ne voulais pas rester en Australie, car je sais que je suis utile ici, pour tous ces artistes, en leur offrant un lieu où ils peuvent, en toute sécurité, venir présenter et parler de leur art." Pour ce projet Bérangère Primat s’est entourée du Belge Georges Petitjean, conservateur et commissaire, mais également de Gautier Chiarini, directeur de la fondation.

Le didgeridoo, bien plus qu’un instrument

À travers ce beau titre, "Breath of Life, la vie n’est qu’un souffle", la Fondation Opale présente sa troisième exposition; celle-ci se met au diapason de l’instrument emblématique de l’Australie, le didgeridoo. Malgré sa popularité, la plupart d’entre nous ignore ses origines et sa puissance. Cet instrument, appelé Yidaki par le peuple dont il est issu – didgeridoo n’étant qu’une onomatopée tardive –, est investi du pouvoir des êtres ancestraux à l’origine de la création de l’univers. Avec les bâtons de percussion, ils accompagnent chants et danses cérémoniels. Pour les initiés, sa vibration sonore possède une puissance guérisseuse qui transcende l'espace et le temps. Plus qu'un instrument, le Yidaki occupe une place centrale dans la vie quotidienne. Il connait des noms différents selon les régions, les clans qui lui donnent ses motifs ornementaux exclusifs et ses attributions.

B. Malaluba Gumana (v. 1954-2020), Larrakitj – Djaykun at Garrimala / Poteau funéraire – Serpent lime à Garrimala, 2017 Pigments naturels sur bois. ©Vincent Girier Dufournier

Nous sommes accueillis par une grande photo, puissante, de Djalu Gurruwiwi, célèbre joueur de didgeridoo. Ensuite nous attend une plongée dans un ensemble de 70 instruments, complétée de vidéos didactiques. Le visiteur découvre tout d’abord le potentiel sonore, vibratoire et visuel de l’instrument. Il se familiarise ensuite avec la fabrication, la typologie et certaines particularités de cet instrument vieux de 1500 ans. Ici, l’art est collectif: toute une famille, en fonction de son initiation, œuvre à la création, l’ornementation et au jeu de l’instrument.

Une fraîcheur spirituelle

Fidèle à sa mission promotrice de l'art aborigène contemporain, la seconde partie de cette exposition, sans doute la plus surprenante, témoigne, à travers des installations alliant sculptures, peintures et mapping vidéo, de la vivante expression d’un savoir-faire des peuples aborigènes.

La première installation de l’artiste Malaluba Gumana se concentre sur le Serpent Arc-en-ciel. Un beau travail de motifs organiques sur des poteaux funéraires dont un mapping anime la surface par un jeu d’effets d’eau.

Dans la salle suivante, Gunybi Ganambarr réalise de véritables tableaux sur des panneaux d’aluminium qui servent habituellement d’isolants pour bâtiment. Il s’en empare en les tailladant, griffant pour en faire des surfaces graphiques – all over – aux sens cachés.

La seconde installation, encore plus immersive, donne vie à des sculptures représentant les esprits Mokuy qui communiquent avec les défunts. Les esprits s’animent et dansent au travers d’une installation monumentale de mapping vidéo réalisée par The Mulka Project, collectif d'artistes et de spécialistes multimédias.

Cet aperçu de l’art contemporain australien doit nous inciter à nous intéresser davantage à ces artistes: une fraîcheur spirituelle dont nous avons besoin dans notre approche européenne de l’art.

Le résumé

  • Avec "Breath of Life, la vie n’est qu’un souffle", la Fondation Opale présente sa troisième exposition.
  • L'expo se met au diapason de l’instrument emblématique de l’Australie, le didgeridoo.
  • "La Fondation Opale entend favoriser le dialogue entre l’art aborigène et l’art contemporain", note sa présidente.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés