Enquête au musée, des scientifiques retrouvent un tableau disparu de Magritte

"La Pose Enchantée" de Magritte, dont la trace a été perdue en 1932, vient d’être retrouvé. ©© Succession René Magritte c/o SABAM © ULiège

Ce mardi, le Musée Magritte et l’université de Liège annonçaient la découverte de la dernière pièce manquante de "La Pose Enchantée", tableau perdu du peintre.

"La Pose Enchantée" représente deux femmes nues côte à côte, bras droit posé sur une colonne antique. On perd la trace en 1932 de ce tableau peint par Magritte en 1927. Pour cause: le peintre a découpé cette toile de grande taille en quatre toiles de format plus modeste et a réutilisé ces supports pour d’autres œuvres. Le premier des quatre pans a été découvert en 2013. Cette année-là, le MoMA intègre à une exposition "Le Portrait", dont il est propriétaire. En préparation à l’expo, sa commissaire examine le tableau et lui enlève son cadre. Elle découvre sur ses bords des traces de peinture aux couleurs qui ne correspondent pas à l’œuvre. Passé aux rayons X, le tableau révèle un premier dessin sous "Le Portrait": la partie supérieure gauche de "La Pose Enchantée". Dans la foulée, sa partie inférieure gauche est découverte sous "Le Modèle rouge", du Moderna Museet de Stockholm, sa partie inférieure droite sous la "Condition Humaine" du Norwich Castle Muséum. La quatrième partie devait forcément se trouver sous une toile peinte à la même époque – vers 1935 –, et au même format que ces trois œuvres-là.

L’art de la science

"On ne la cherchait pas activement mais on savait qu’on allait la trouver."
Francisca Vandepitte
Musées royaux des beaux-Arts

"On ne la cherchait pas activement mais on savait qu’on allait la trouver", explique Francisca Vandepitte, conservatrice au département d’Art Moderne des Musées Royaux des Beaux-Arts. Cette dernière ne s’étonne donc pas quand elle reçoit le mois dernier un appel du centre Européen d’Archéométrie lui annonçant que ses chercheurs ont découvert le quatrième pan sous le "Dieu n’est pas un saint" conservé au Musée Magritte. Le centre, qui dépend de l’université de Liège, travaille main dans la main avec les Beaux-Arts sur le projet "Magritte on practice". Ce projet radiographie l’œuvre du peintre en utilisant les dernières techniques scientifiques comme la spectroscopie aux rayons X ou l’analyse moléculaire non invasive. "L’intérêt de cette analyse scientifique est double, nous confie Michel Draguet, directeur des Musées Royaux. Il révèle la vie de l’artiste. Ce tableau découpé en quatre dit la détresse financière de Magritte à son retour de Paris. On est après 1929 et le krach boursier, les galeries ferment, l’artiste est financièrement aux abois. Il démonte la verrière de sa maison bruxelloise pour se chauffer… et découpe ses toiles pour produire de nouvelles œuvres." Mais c’est aussi un éclairage sur sa démarche artistique.

Ainsi, l’analyse du "Personnage méditant sur la folie" a révélé qu’à la place de l’homme face au vide qu’il présente actuellement, le tableau était au départ un tête-à-tête de deux hommes, le second ayant été effacé par Magritte. "On comprend concrètement par ces essais successifs la conception de l’œuvre, insiste le directeur, la réflexion philosophique de l’artiste sur le ‘rien’." On découvre ce tableau dans l’exposition "Magritte et Broodthaers" proposée actuellement au Musée Magritte. Une expo qui peine à trouver son public. Le directeur évoque comme raison le prix élevé de l’entrée combinée "musée et expo". Et si aujourd’hui il n’est plus question de couper les œuvres en quatre, il avoue que le musée songe à revoir ses tarifs. La (dé) coupe budgétaire, tout un art!

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