Entrez dans les Phénomènes

«Topographie aux pierres» (1958) ©Coll Fondation Dubuffet

Le Centre de la Gravure de La Louvière porte haut l’empreinte de Jean Dubuffet et de son art brut.

Dubuffet est un arpenteur. Au Sahara, à El Goléa, dans la wilaya algérienne de Ghardaïa, sublime capitale blanche et ocre de la vallée du Mzab, il alla chercher le "rien" sur lequel il fondera tout. À chaque pas, il prélève le monde et le transforme. Entre 1958 et 1962, ses Phénomènes se chevauchent avec les Empreintes (1952-1960) qui les précèdent. Cette suite de 324 lithographies composée en 22 albums opère un ample transfert d’états naturels, de textures, de surfaces, issus du monde matériel brut.

Expo

Jean Dubuffet, le preneur d’empreintes

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Centre de la Gravure, La Louvière, jusqu’au 24 janvier 2021.

Plus d’infos: centredelagravure.be

Catherine de Braekeleer, vingt-cinq ans directrice du Centre, aura porté sur les fonts baptismaux cette dernière exposition avant son départ, heureusement prolongée grâce à l’accord des Arts Décoratifs et de la Fondation Dubuffet (Paris). "Les empreintes que prend Dubuffet", rappelle-t-elle, "le sont par le geste de la main, sans intervention d’outil, pointe ou pinceau. Cela participe du credo de l’art brut, formule dont il est l’auteur: sans aucune connaissance d’un geste technique, tout est là, il suffit de voir et de révéler". Dubuffet est à la lisière entre une forme d’intervention ou de prélèvement et une absence d’intervention, lisière qui se cristallise dans "le titre qu’il donne à ses Phénomènes, captations d’états naturels, manifestations à la fois matérielles et spirituelles": il remplissait ses carnets d’annotations sur ces phénomènes, qui étaient soit "abandonnés", soit "adoptés".

"Les empreintes que prend Dubuffet le sont par le geste de la main, sans intervention d’outil, pointe ou pinceau."
Catherine de Braekeleer
Ancienne directrice du Centre de la Gravure

Pour Emmanuel Lambion, qui succède à Catherine de Braekeleer, cet "art imprimé plus complexe qu’il n’y paraît nous révèle le rapport entre une composition directe, à partir de la matière, et l’assemblage de reports lithographiques", tirages que Dubuffet contrôlait jalousement.

Recréer l'illusion

Pour recréer cette illusion, on s’est attaché à transformer le rez-de-chaussée du musée en espace d’installation où pour la première fois on a "levé les murs". Ainsi, nous sommes invités à entrer dans ces albums comme si leurs pages s’ouvraient devant nous. C’est la troisième fois seulement que les Phénomènes sont ainsi présentés, après la Biennale de Venise 1962 et l’université de Padoue en 2015.

"Cet art imprimé plus complexe qu’il n’y paraît nous révèle le rapport entre une composition directe, à partir de la matière, et l’assemblage de reports lithographiques."
Emmanuel Lambion
Directeur du Centre de la Gravure

Dubuffet estimait que ce qui relie l’animé et à l’inanimé compte plus que ce qui les distingue. Vladimir Jankélévitch, philosophe juif russe naturalisé français, écrivait dans "Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien" (1980): "la lueur timide et fugitive, l’instant-éclair, le silence, les signes évasifs – c’est sous cette forme que choisissent de se faire connaître les choses les plus importantes de la vie".

Dans le MiLL

Musée communal dans un ancien Palais de Justice (après le jugement, la beauté), le Mill porte la collection d’Idel Ianchelevici, sculpteur d’origine roumaine.

Né en Bessarabie russe en 1909, Ianchelevici devient roumain en 1918, quand sa province se mue en Roumanie. En Belgique dès 1928, ami de Haroun Tazieff dans la Résistance, il devient belge en 1945, puis s’installe à Maisons-Laffitte, à côté de Paris, en 1950. Le MiLL, qui lui est consacré, naît en 1987. Adepte de la taille directe de la pierre comme Brancusi, c’est dans le bronze qu’il traduit le mouvement du corps.

Le MiLL accueille aussi Digital Icons (7e biennale Transnumériques), regards contemporains sur les data, traductions transmédiumiques de l’image-signe, l’image-donnée, l’image-réseau.

J-F. H.G.

«Digital Icons», Le MiLL, La Louvière, jusqu’au 30 août 2020.
Plus d’infos: lemill.be

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