chronique

Envoûtante Mésopotamie

À travers plusieurs centaines d’objets précieux et uniques, le Louvre-Lens raconte la vénérable histoire d’une civilisation fondatrice de nos sociétés actuelles, celle où le mot "histoire" a pris tout son sens, la civilisation mésopotamienne.

Quatre mille ans avant notre ère, dans une région du monde actuellement en plein désastre – l’Irak et la Syrie – émergeait et se développait une des plus importantes, voire la plus fondamentale civilisation de l’histoire, la civilisation mésopotamienne. Envoûtante Mésopotamie… Par l’influence de la culture populaire, son nom évoque chez chacun d’entre nous une ville d’abord, Babylone, ensuite probablement une immense tour illustrée dans la Genèse, de sublimes jardins suspendus, des palais extrêmement luxueux hantés par la dépravation de rois barbus lubriques et de jeunes femmes à la sensualité inégalée, sans oublier quelques dieux et démons aussi fascinants que terrifiants. L’exposition "L’histoire commence en Mésopotamie" présentée jusqu’au 23 janvier au Louvre-Lens débute ainsi, sur la musique de "Rivers of Babylon" de Boney M et de "Nabucco" de Verdi, par dévoiler les innombrables signes de cette imagerie populaire faisant partie de l’inconscient collectif.

À travers notamment un film intitulé "La Mésopotamie dans l’imagerie contemporaine", le visiteur prend conscience que la Mésopotamie est présente partout; dans la pub, au cinéma (le démon Pazuzu dans "Exorciste"), dans les jeux vidéo (le dieu Gilgamesh dans "Final Fantasy"), dans la bande dessinée, dans les romans, etc., mais aussi bien entendu dans des œuvres de Voltaire, Degas, Lebrun, Doré… Nous baignons encore, d’une certaine façon, dans cette civilisation fondatrice, très longuement méconnue, redécouverte au XIXe siècle.

Trois millénaires de rayonnement

©RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Olivie

Pour Ariane Thomas, conservateur en charge des collections mésopotamiennes du département des Antiquités orientales au musée du Louvre de Paris et commissaire de l’exposition, c’est bien en Mésopotamie que commence l’histoire: "Parce que c’est là qu’est née la toute première écriture connue, l’écriture cunéiforme. La convention veut qu’on situe la préhistoire avant l’apparition de l’écriture et que l’histoire débute avec son émergence. Et la Mésopotamie constitue un des foyers les plus éblouissants de la civilisation de l’Antiquité. ‘Mésopotamie’signifie en grec ‘entre les fleuves’, entre le Tigre et l’Euphrate. Son territoire correspondait à ceux de l’Irak actuel, et de la Syrie. Pendant des millénaires, la Mésopotamie a dominé le Proche-Orient et a dépassé, de beaucoup parfois, son territoire de base, entre les deux fleuves. L’exposition s’intéresse à la période allant de l’apparition de l’écriture cunéiforme, à la fin du 4e millénaire, jusqu’à la fin du 1er millénaire avant notre ère, quand cette civilisation disparaît, vaincue, intégrée à l’Empire perse."

Le visiteur prend conscience que la Mésopotamie est présente partout dans l’imagerie contemporaine: dans la pub, au cinéma, dans les jeux vidéo, les bandes dessinées, les romans…

Berceau de l’économie moderne, des premières villes, des systèmes politiques et administratifs, nos sociétés contemporaines, bien que très différentes, sont indéniablement héritières de cette civilisation qui régna sur le monde pendant 3000 ans. Aujourd’hui, les médias relaient souvent (bien trop souvent) les destructions de sites historiques tels que Ninive, Nimrud, Hatra… Le Louvre, en tant que premier musée en France à avoir dévoilé des antiquités assyriennes au XIXe siècle et premier au monde à avoir inauguré un musée assyrien, a été chargé par le président de la République François Hollande d’une mission de protection de ces biens culturels en situation de conflit armé. C’est dans ce cadre particulier que le Louvre-Lens propose l’exposition "L’histoire commence en Mésopotamie", un voyage au cœur des sites d’un patrimoine universel.

Au-delà du fantasme

Dans un parcours thématique, l’exposition "L’histoire commence en Mésopotamie" présente un peu plus de 400 objets, dont certaines pièces jamais montrées jusqu’ici. Certaines sont issues directement du Louvre parisien, d’autres ont été prêtées exceptionnellement par le British Museum de Londres, le Vorderasiatisches Museum de Berlin et le cabinet des Monnaies et Médailles antiques de Paris.

©Musée du Louvre, dist. RMN-Grand Palais / Raphaël Chipault

Dans la salle précédant le film sur l’imagerie populaire de la Mésopotamie, le visiteur aborde les chemins parcourus par les traces matérielles qu’il admirera plus loin. Ainsi, dans cette introduction, on fait connaissance, à travers des photos et des écrits, avec les fouilleurs, aventuriers et archéologues du XIXe siècle qui partirent à la recherche des trésors de ce monde dont on ne savait quasiment rien, hormis par le biais de textes issus de la Bible et les témoignages de quelques auteurs antiques. "Il s’agit ici de rappeler le bagage culturel des premiers archéologues de la Mésopotamie, ceux qui se sont lancés dans la fouille archéologique de sites. Ils ont lu la Bible, vu des opéras, des peintures sur le sujet… Autant de souvenirs ambigus et confus dont il s’agissait de retrouver les preuves d’existence. Cette salle est un hommage à ces chercheurs qui ont travaillé à combler les trous de l’histoire", explique la commissaire.

Ensuite, les thèmes se suivent en commençant par l’économie, puis le monde religieux, les premières villes, l’écriture, les rois et dynasties, les premiers empires et enfin, la fin de la civilisation mésopotamienne.

De nombreuses tablettes gravées, de toutes les formes et de toutes les tailles, témoignent de l’importance de l’écriture et de son utilisation dans toutes les sphères de la vie: lois, cartes, cadastres, listes comptables, prières… Un film nous explique comment écrire en cunéiforme tandis que des enregistrements – les voix de chercheurs – nous font entendre les sons de cette langue que personne n’a entendue depuis des millénaires.

Remonter virtuellement le temps

Impressionnantes sont les grandes maquettes reproduisant des cités entières, à tout jamais disparues. En effet, à la grande déconvenue des premiers archéologues, il restait très peu de vestiges intacts des villes assyriennes. Faites d’argile et de bitume, de briques crues en terre, les murs des habitations, des temples et palais furent nivelés par le vent, rongés par l’érosion, prenant l’apparence souvent de collines naturelles. Plus impressionnantes encore que ces maquettes, les reconstructions virtuelles qui permettent au visiteur d’explorer comme s’il y était des sites entiers, de marcher dans les pas d’un Mésopotamien, de remonter virtuellement le temps. Et bien entendu, au milieu de tout cela, des statues, des bijoux, du mobilier… et même des reconstitutions de colonnes, de portails… Une succession d’objets et de vestiges dévoilant une multitude de savoirs, d’expériences dans les domaines de l’agriculture, de l’artisanat, de la législation et des sciences. La Mésopotamie était un carrefour, le plus important du Moyen-Orient, elle exportait ses productions et importait largement ce dont elle manquait, tels les pierres et les bois précieux.

"L’histoire commence en Mésopotamie"

Jusqu’au 23 janvier au Louvre-Lens, 99, rue Paul Bert à 62300 Lens.

- Ouvert de 10h à 18h. Fermé le mardi.

- Tarif: 10 euros, gratuit pour les moins de 18 ans.

- Navette gratuite depuis la gare de Lens.

- Rens.: 0033 321 186 262 ou www.louvrelens.fr.

Tombée dans l’oubli, puis largement fantasmée, la civilisation mésopotamienne prouve dans cette exposition exceptionnelle sa réelle splendeur.

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