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Europalia Trains & Tracks | Des trains-trains pas quotidiens

«Flying Scotsman» (1928) de Leo Marfurt, présenté dans l’exposition "Voies de la modernité" aux MRBA.

Intarissable source d’inspiration pour les arts, lieu de rencontres et d’adieux éternels, il répond désormais à nos envies de... ralentir. Le rail, comme métaphore d’un changement de vie? Durant sept mois, Europalia lui trace une voie royale!

"La gare Centrale, à Bruxelles, jadis noire de passants pressés, était morte: des locomotives tiraient tristement des voitures vides. Où allait le monde?", témoigne une navetteuse désemparée, aux aurores du printemps 2020. Le train fascine, le train effraie. Bien avant l’épidémie, à petits tours de roues d’acier, il avait pourtant amorcé sa renaissance.

Aujourd’hui, c’est encore mieux: avec ses voyageurs toujours masqués et ses gares réappropriées, il sort gagnant de la crise sanitaire. Il a pris du galon et, paradoxalement, lui qui n’a cessé de rouler de plus en plus vite, semble nous inviter à lever le pied. 2021, année du rail? On n’en compte plus les anniversaires, en tout cas: les 25 ans du Thalys, les 40 du TGV, les 175 du tracé Bruxelles-Paris, qui reliait alors, en 1846 (et pour la toute première fois), deux capitales européennes…

Les organisateurs ont gardé en mémoire que, à côté du rêve, l’activité ferroviaire n’a pas toujours été l’amie des humains.

Bref, assez pour qu’Europalia, cette vaste biennale multidisciplinaire axée autour d’un thème ou d’un pays, lui consacre sa nouvelle mouture: en tout, 70 événements artistiques, proposés dans des institutions culturelles en Belgique et à l’étranger, mais surtout sur le terrain – halls de gares, wagons, quais et lignes de chemin de fer, qui se mueront en lieux de concerts, d’opéras, de projections, d’improvisations, de performances, de rencontres littéraires.

L’impact du train sur notre société

Première à ouvrir le bal, l’exposition "Voies de la modernité" aux Musées royaux des Beaux-Arts, dès le 15 octobre, met en lumière l’impact du train sur notre société, et raconte comment des peintres tels que Monet, Severini, Chirico, Delvaux, Mondrian et tant d’autres furent hypnotisés, entre peur et enthousiasme, par la force et la beauté de l’engin.

Si l’expo phare "Rinus Van de Velde: Inner Travels" à Bozar, à partir du 18 février, plonge dans les voyages fantasmés de l’artiste flamand, et si, au Train World de Schaerbeek dès le 26 octobre, celle consacrée à l’Orient Express propose un regard critique sur les coulisses de cette machine mythique, les organisateurs ont gardé en mémoire que, à côté du rêve, l’activité ferroviaire n’a pas toujours été l’amie des humains. Les conférences "Trains & Holocaust" (le 17 janvier à la caserne Dossin) et "Trains & Tracks in Africa" (les 16 et 17 mars au Musée royal d’Afrique centrale) rappelleront douloureusement combien le chemin de fer fut aussi, jadis, un puissant instrument de génocide…

Festival "Europalia Trains & Tracks", du 14 octobre au 15 mai 2022.

Événements coups de cœur

Rendez-vous galants (et ruptures) appartiennent à l’univers des trains et des gares. Des couples s’y font et s’y défont. À Bruxelles-Nord et à l’ancien centre de tri postal de Charleroi, le chorégraphe Boris Charmatz propose, avec "La Ronde", six heures d’entrelacs humains ininterrompus: duos dansant, conversant, chantant. Ce n’est pas du virus qui circule, cette fois, mais de l’humanité: une explosion d’amour dans l’espace public. Dans plusieurs stations de Bruxelles et d’Anvers, le jeu de rôle "The Dating Project", de Dan Mussett, invitera aussi les voyageurs à se rencontrer fortuitement, à partir d’instructions transmises par smartphones.

Sept plasticiennes ont été conviées à poser leurs œuvres le long de la ligne Ostende-Eupen – la plus longue de Belgique: dès le 23 octobre, "Endless Express", ce parcours artistique qui traverse toutes les régions linguistiques, évoquera l’industrialisation et la façon dont elle a transformé le pays.

En février prochain, en marge du festival SLOW(36H) qui invite au ralentissement… jusqu’à l’arrêt total, parfois, la philosophe et médecin néerlandaise Marli Huijer dissertera du temps et du voyage, tandis que les étudiants de P.A.R.T.S. (l’école de danse d’Anne Teresa De Keersmaeker) se lanceront dans une performance longue durée à la gare de Bruges, de l’arrivée du premier train matinal jusqu’au départ, le soir, du dernier convoi.

V. C.

Dirk Vermaelen: "Vous allez à Berlin? Prenez plutôt le train!"

Pour Dirk Vermaelen, le directeur artistique d’Europalia, le chemin de fer est devenu l’expression d’une nécessaire décélération dans nos modes de vie.

Le rail a la cote, de nos jours. Comment l’expliquez-vous?

À ses débuts, le développement du train a catapulté la société dans la modernité. La concurrence d’autres modes de transport (la voiture et l’avion) a ensuite changé la donne. Aujourd’hui, dans le contexte de la durabilité et du "green deal", le regain d’intérêt pour le rail est flagrant. Surtout chez les jeunes.

Est-il vraiment devenu un symbole du ralentissement souhaité?

On a beaucoup ressenti ça, en préparant le festival. Des collègues qui ont des enfants de 15 ans et plus s’entendaient reprocher de prendre encore l’avion pour changer de ville. "Vous allez à Berlin? Mais prenez plutôt le train!" Les jeunes (comme les artistes, d’ailleurs) sont très demandeurs de ce changement. À Louvain-la-Neuve, la faculté d’architecture organise déjà un "Master sur les rails": à la mi-octobre, des étudiants auront leurs cours dans des trains qui sillonneront l’Europe, via Vienne et Venise…

Cette tendance est-elle apparue avec le covid?

Elle était sensible avant la crise, avec, entre autres, une insistance croissante pour des trains de nuit. Mais la prise de conscience s’est accentuée durant le confinement. Les gens plébiscitent désormais une façon différente de bouger, plus écologique. En choisissant le train, ils acceptent de "perdre" du temps au profit d’autres choses – lectures ou rencontres… Cette décélération a toutefois encore un coût. Le prix du train reste un frein. Pour en mesurer l’impact, le festival organisera des tables rondes: la première réunira à Bozar, le 17 novembre, une centaine de jeunes et des politiques – notamment Alexandre de Croo et le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans. Ces derniers devraient entendre ce qui préoccupe les voyageurs de demain.

V. C.

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