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Evaporating Suns: l’art arabe est un récit

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À Bâle, la Fondation Geiger présente 13 artistes de la Péninsule arabique qui recomposent mythes et matières traditionnels en visions contemporaines.

Le mythe et le conte sont des sources inépuisables de la culture arabe, si intarissables que l’art contemporain en fait son miel.

Munira Al Sayegh, co-commissaire d’Evaporating Suns, a fondé le Dirwaza Curatorial Lab à Abu-Dhabi, à la pratique très ancrée dans les arts de la région. Depuis 2017, elle a enchaîné des expositions à Abu Dhabi (In Process | In Progress, 2022), autour de la cartographie du corps et de la terre arabes (Hair Mapping Body; Body Mapping Land, Dubaï, 2021) et des histoires de femmes (While the Coffee Grounds Settle: Stories from Women in the UAE, 2022, Washington). Elle a fait partie de l’équipe du futur musée Guggenheim Abu Dhabi, pilotée par Juan Ignacio Vidarte, directeur du Guggenheim Bilbao.

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Dans ce cadre, elle a fait la connaissance de l’Autrichienne Verena Formanek, qui a entamé sa riche carrière au MAK (Musée des arts appliqués de Vienne), au contact de ténors comme Jenny Holzer ou Donald Judd. Directrice artistique-adjointe de la Fondation Beyeler de 1996 à 2004, elle a été commissaire en 2002 d’une exposition à la Fondation Claude Monet, qui vit la première installation dédiée à un site jamais réalisée par Olafur Eliasson.

"Cette exposition est un récit. Il était important de montrer qui parlait, avec des artistes porteurs des histoires de leur région."

Verena Formanek
Commissaire

Directrice des collections du Design Museum de Zurich (2006-2009), elle a pris la tête de plusieurs projets dans le cadre du Plan directeur Abu Dhabi 2030, notamment pour le Guggenheim Abu Dhabi, en binôme avec Vidarte à la Fondation Solomon Guggenheim de New York. "J’étais en quelque sorte le bon génie qui devait sortir de la lampe pour co-organiser la construction du musée et développer les collections, le hardware et le software. C’était un travail d’'émiratisation', qui consistait à monter des équipes locales autonomes. Nous avons noué des relations très émotionnelles."

Le fait et le mythe

Avant la pandémie, le duo a reçu la visite de Rafael Suter, critique du Baseler Zeitung à Abu Dhabi. Devenu directeur de la Fondation Geiger, créée en 2018 par l’artiste philanthrope Sibylle Piermattei-Geiger et son mari Rocco, il a voulu exposer des artistes émiratis. "Cette exposition est un récit. Il était important de montrer qui parlait, avec des artistes porteurs des histoires de leur région", souligne Verena Formanek.

Pour Munira Al Sayegh, la forte proportion de femmes dans cette exposition (dix, pour trois hommes) reflète la sociologie de la scène artistique du Golfe.

"Evaporating Suns se penche sur les mythes hérités du Golfe Arabique, leur solidification et leur réintroduction dans l’univers contemporain", insiste Munira Al Sayegh. Le titre lui-même met en jeu deux éléments majeurs de la région, le désert et la mer, le sable et l’eau qui rendent toutes choses mouvantes.

Pour Munira Al Sayegh, la forte proportion de femmes dans cette exposition (dix, pour trois hommes) reflète la sociologie de la scène artistique du Golfe. Elles et ils ont suivi des cursus d’arts visuels, de design, de conception textile, d’urbanisme, d’histoire de l’art, et manient les outils de la palette plastique et visuelle. Tous, ils ont en commun de marier dans leur pratique des matières et des outils issus des traditions du Golfe aux techniques contemporaines.

Des contes de la matière

Les œuvres de ces treize artistes, cristallisent l’opposition entre le fait et le mythe, dans une symétrie avec le désert et la mer.

Pour l’installation Rakkaza, de la Palestinienne Asma Belhamar et de l’Emirati Mays Albaik, deux hémisphères d’argile contiennent un écran qui reproduit le reflet du ciel et la rotation de la terre, en version lente et rapide. L’ensemble est inspiré d’un livre de Jabir Ibn Hayyan, savant du VIIIe siècle. Au moment de notre visite, un orage a prêté un surcroît d’énergie à cette installation. 

False Pools, de la Barheini Mashael Alsaie, réunit treize pièces de verre inspirées du mythe de la source d’Ain Adhari, à Barhein. Selon le mythe, la pureté de cette source émane d’une vierge violée par un étranger dans cette palmeraie ("adhari" émane du mot arabe "athra", vierge). Les larmes de la jeune femme, en roulant au sol, ont créé la source. Ces bulles de verre contiennent de l’encens, issu d’un mythe parallèle: cette résine aromatique serait née d’une larme de l’arbre Boswellia. Les larmes de verre de l’artiste bahreïni sont accompagnées de deux visions sonores: l’une est un enregistrement de la source Adhari, l’autre est la voix de la grand-mère de Mashael Alsaie racontant le mythe de la jeune vierge.

Les images du désert, les dessins surgis du passé et la sculpture échappée du conte, incarnée sous nos yeux, sont emblématiques de cet art issu du récit.

L’installation drôlatique Heaven Casino & Resort est un dispositif de machines à sous: jouer donne accès au royaume de Jannah, où règne Bu Yousuf, artiste virtuel masculin d’un paradis du jeu.

L’un des trois hommes d’Evaporating Suns, Abdullah Al Othman, nous convie dans la Légende d’Al Bareq. L’installation se compose de dessins de manuscrits d’inspiration post-islamique sur papier trempé dans le thé, de nomades et de troupeaux filmés dans le désert et d’une chèvre de métal à corps de serpent, surgie des dessins du conte de Bareq, une créature invincible. Les images du désert, les dessins surgis du passé et la sculpture échappée du conte, incarnée sous nos yeux, sont emblématiques de cet art issu du récit.

Jusqu’au 16 juillet 2023, Spitalstrasse, 16, 4056, Bâle, Suisse

Commissaires: Munira Al Sayegh et Verena Formanek

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