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Expo Guggenheim Bilbao: Kusama la guérisseuse

La sculpture emblématique de Yayoi Kusama Yellow pumpkin sur le port de l'île Naoshima, au Japon. ©Shutterstock

Le Guggenheim Bilbao déploie de bout en bout l'œuvre de Yayoi Kusama, trajectoire de 70 années traversée par les convulsions du monde.

Née en 1929, à ses débuts, le conservatisme de la société japonaise bride Yayoi Kusama. À la fin des années 1950, elle traverse les océans et, à New York, multiplie les incursions pionnières dans la performance, l'assemblage ou l'installation, le pop art, le minimalisme et l'art post-minimal.

Le musée Guggenheim Bilbao nous invite à explorer ses questionnements – l'infini, l'accumulation, la connectivité radicale, la nature cosmique, la mort, l'énergie vitale. Des premiers dessins adolescents de la Seconde Guerre mondiale aux créations immersives récentes, cette rétrospective réunit deux cents peintures, sculptures, performances, images en mouvement, installations de grandes dimensions et documents d’archives.

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Portrait, 2015. Collection of Amoli Foundation Ltd. ©Yayoi Kusama

L'entrée se fait par une porte attendue, mais étonnante: l'Autoportrait. Attendue, car Kusama s'appuie sans cesse sur l'auto-affirmation et l'autoréférence. Étonnante, tant cette salle livre une vision en accéléré de son œuvre. D'abord avec le Self-Portrait des débuts (1950), où un tournesol couleur chair flotte au-dessus d'une bouche humaine, ensuite avec les collages surréalistes des années 1970, une gravure des années 1990 et les acryliques vives du XXIe siècle. Enfin, cet accéléré se fixe sur Portrait (2015), collage qui associe les pois, les filets et les formes tentaculaires, récurrents chez Kusama.

Nature double

L'infini de la Japonaise, qui occupe l'immense deuxième salle du Guggenheim, n'est pas à l'écart de soi.

Cet infini lui est inspiré par la traversée qui la mène du Japon aux États-Unis, en 1957. Elle survole l'océan Pacifique. Sa première exposition individuelle à New York, organisée, en 1959, présente cinq toiles monumentales intitulées Réseaux d'Infini (Infinity Nets). De minuscules arcs blancs couvrent la surface d'un fond noir. Il faut observer la toile d'un œil rasant: elle semble parcourue de plissements, de frissons, de convulsions. Cette vision se retrouve dans La mer (The Sea), maillage de filets et de points aux dimensions galactiques: les pois représentent étoiles et planètes, et la Terre est "un pois parmi un million d'étoiles" – le néant et l'infini, les filets et les pois la relieront toujours aux forces naturelles en un cycle vital ininterrompu, jusqu'aux quatre panneaux majestueux de Transmigration en 2011.

À la fin des années 60, Kusama explique la signification de ses pois: ce sont des corps célestes ou des symboles cosmiques. Elle aspire à relier le ciel et la terre, le macroscopique et le microscopique, afin de "révéler le mystère" de la vie même.

En 1961, toujours proche d'elle-même, Kusama puise dans sa vision obsessionnelle avec le collage Accumulation of Letters. Cette accumulation saute une dimension, devient tridimensionnelle: des objets usuels, meubles, habits, chaussures développent des excroissances organiques qui, tel le rhizome des philosophes Deleuze et Guattari, poussent en tous sens. Les objets deviennent étranges et cocasses: Untitled (Chair), une chaise aux résonances érotiques, ou plus tard Accumulation of Hands (1980), canapé et chaises d'où surgissent des centaines de gants argentés dignes du Répulsion de Polanski. Cette prolifération est toujours une multiplication de soi: dès 1965, elle agence des salles de miroirs.

Transmigration, 2011. ©Yayoi Kusama

Guérir

À la fin des années 60, elle s'éloigne de la matière. Ses créations de mode, sons et lumières, cinéma performatif, participent de ce qu'elle appelle une "auto-oblitération", la destruction du "je" et des modèles féminins dominants. Ainsi, Self-Obliteration (1966-74) consiste en une série d'objets de couleurs vives, dont six mannequins, des chaises et une table de salle à manger.

Self-Obliteration, 1966-1974. ©Yayoi Kusama

À cette période, elle explique la signification de ses pois: ce sont des corps célestes ou des symboles cosmiques. Elle aspire à relier le ciel et la terre, le macroscopique et le microscopique, afin de "révéler le mystère" de la vie même.

"Je fais de l'art pour guérir l'humanité tout entière."

Kusama
Déclaration datée de 1999.

Sa famille tenait une pépinière. Enfant, elle observait l'anatomie des plantes, qui lui inspire une forme d'animisme, continuité entre toutes les entités vivantes. Sa nature nourricière est toujours double, mystique et littérale: ainsi, la citrouille, fruit emblématique qu'elle assimile à un esprit végétal bienveillant, est aussi un reflet de son âme.

En 1999, elle annonce: "Je fais de l'art pour guérir l'humanité tout entière."

***** Yayoi Kusama: de 1945 à aujourd’hui - Musée Guggenheim Bilbao. Avenida Abandoibarra, 2, 48009 Bilbao, Espagne.
Jusqu’au 08.10. www.guggenheim-bilbao.eus

Expo

"Yayoi Kusama: de 1945 à aujourd'hui"

Musée Guggenheim Bilbao.


Avenida Abandoibarra, 2, 48009 Bilbao, Espagne.


Jusqu'au 08.10.


Site du Guggenheim

Note de L'Echo:

Yayoi Kusama – Obsessed with Polka Dots | Tate
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