Exposition | La kermesse érotique

©©Musée de Woluwe-Saint-Lambert - Centre Albert Marinus, foto Renaud Schrobiltgen

Au cours de sa carrière, le peintre bruxellois Edgard Tytgat a développé un travail basé sur l’imagination et, bien sûr, sur l’histoire de l’art, l’inspiration lui venant, telle une brise, par la fenêtre ouverte de son jardin clos ("Effet de neige à Woluwe", 1945). Un artiste inclassable qui ne voulait justement pas se laisser classer par les "ismes": surréalisme, expressionnisme, impressionnisme...

Mais le narcissisme est chez lui le plus "courant", à voir la prolifération de tableaux où il se met en scène, au chevalet souvent ("La présentation"), un carnet à la main dans "Souvenirs d’antan", ou assis aux abords d’une fenêtre plus sombre dans "Le calme de la province".

Un monde peuplé d’histoires et de contes, mais dont, souvent, le côté léger, coloré et festif présente, en le regardant de plus près, un aspect lugubre.

Narcissique encore dans la toile introductive "Quelques images de la vie d’un artiste" en 1946, qui rappelle les tableaux renaissants séquencés, évoquant la vie de Jésus. Le christianisme est d’ailleurs un autre thème qui revient dans son travail: "L’inspiration", en 1926, montre l’artiste peignant Maria, son épouse, juchée sur des nuages entourés d’angelots, ceci dans sa phase la plus colorée, pré-Botéro, peuplée de femmes girondes à la Rubens. "L’expatrié de la terre rubénienne" le dépeint en Joseph, une toile sur le dos, accompagnant sa femme montée sur un âne, un enfant dans les bras, quittant la ville… "Invitation au paradis" qui, par ses teintes délavées et la légèreté des figures, évoque Chagall et montre le peintre à l’œuvre dans un éden, peignant Saint-Nicolas qui accueille un bateau rempli d’enfants.

©(c) SABAM Belgium 2017

C’est le monde perdu de l’enfance que racontent d’ailleurs les peintures oniriques de Tytgat, quand l’existence n’était qu’un carrousel dont le futur peintre tomba et faillit y laisser la vie.

Un monde peuplé d’histoires et de contes, mais dont, souvent, le côté léger, coloré et festif présente, en le regardant de plus près, un aspect lugubre. La petite fille du manège ("Souvenirs d’antan") paraît inquiète sous les lampions du carrousel: l’est elle devant la vie à venir ou serait-ce déjà l’expression de la nostalgie d’un monde merveilleux, appelé à disparaître, et que la kermesse tente maladroitement de reproduire? 

Cette jeunesse perdue, Tytgat va la rechercher dans les modèles justement de jeunes filles, parfois figées dans un "cercueil de verre" exposé à la foire, dans une sorte de fenêtre sur cour, dont Tytgat raffole. Fait plus que sommeiller chez ce vieux polisson, un "pervers polymorphe" cher à Freud, qui n’aurait jamais grandi et dont la naïveté s’évapore dans une œuvre réalisée durant l’occupation: un jeu de cartes fantasque et surtout phantasmes, qui évoque Sade et Hans Bellmer, l’autre fan de poupées. Une kermesse érotique?

Edgard Tytgat, jusqu’au 8 avril, au M Museum de Louvain, 016 27 29 29 www.mleuven.be

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