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Fabergé, brut de luxe

"Moscow Kremlin Egg" (à gauche) et "Swann Egg" (à droite), œufs de Fabergé exposé actuellement au Victoria & Albert Museum de Londres dans le cadre de l'exposition "Fabergé in London: Romance to Revolution". ©EPA

Trois des fameux œufs de Pâques de l’orfèvre russe Fabergé sont exposés pour la première fois au Victoria & Albert Museum de Londres, parmi 200 autres objets de collection.

Au Royaume-Uni, l’une des tendances fortes des dix dernières années est de systématiquement donner une couleur patriotique aux différents événements censés avoir une résonance internationale. Le Brexit semble avoir renforcé cette propension. L’exposition "Fabergé in London: Romance to Revolution", au Victoria & Albert Museum, ne déroge pas à cette règle, comme son titre l’indique.

L’insistance sur le rayonnement des créations de Fabergé dans le Londres du tournant du XXe siècle se justifie toutefois par le rôle essentiel joué par ce qui était encore la première puissance mondiale dans le prestige des objets du créateur russe.

"Cette exposition se concentre sur le pouvoir et le statut de Londres comme centre de la créativité, du multiculturalisme, du savoir-faire et du patronage", explique le directeur du musée Tristam Hunt. "Elle rend hommage à la productivité vertueuse des relations anglo-russes à ce moment spécifique de l’histoire. Elle fournit une vision intime des affinités entre la famille royale britannique et la famille impériale russe, ainsi que de cette remarquable anthropologie des échanges de cadeaux aristocratiques et de patronages diplomatiques qui ont alimenté les réseaux culturels européens."

"Cette exposition se concentre sur le pouvoir et le statut de Londres comme centre de la créativité, du multiculturalisme, du savoir-faire et du patronage."
Tristam Hunt
Le directeur du musée

L’exposition est divisée en trois parties: les origines et le processus de développement de l’entreprise Fabergé, à Saint-Pétersbourg, avec l’appui de la famille impériale russe, à partir de 1872; l’expansion internationale grâce à l’exposition universelle de Paris et l’ouverture d’un site à Londres, à partir de 1900; puis la magie des œufs de Pâques, exposés dans une seule salle, avec trois modèles jamais montrés au Royaume-Uni.

"Romanov Tercentenary Egg", œuf de Fabergé exposé actuellement au Victoria & Albert Museum de Londres dans le cadre de l'exposition "Fabergé in London: Romance to Revolution". ©AFP

Les œufs, trésor ultime de Fabergé

"Le travail que nous avons effectué est avant tout un travail sur la joie, sur la fantaisie, sur la façon dont ces objets merveilleusement beaux véhiculent des émotions, sur fond d’amour et d’ambition", décrit avec emphase le conservateur de l’exposition Kieran McCarthy. "Ils sont un parfait antidote à ce qui se passe actuellement. Tous ces trésors que nous avons rassemblés viennent du monde entier, des musées russes autant que des collectionneurs américains ou de collections privées, qui ont souhaité rester anonymes. Cela nous a permis de montrer ces objets qui n’ont pas été vus depuis des décennies."

"Les œufs de Pâques représentent la finalité de cette exposition, et ils doivent être célébrés comme son trésor ultime."
Kieran McCarthy
Le conservateur de l’exposition

Les deux cents objets exposés rappellent que le souci du détail et de l’esthétique de Pierre-Karl Fabergé allait bien au-delà des légendaires œufs: horloges, chaises, bureaux et pianos miniaturisés, vases, thermomètres, cigares et boites à cigarettes, poudriers, ours et chevaux, cadres à photos...  

"Les œufs de Pâques représentent la finalité de cette exposition, et ils doivent être célébrés comme son trésor ultime", poursuit Kieran McCarthy. "Mais nous avons souhaité donner à tous les visiteurs la possibilité de comprendre l’histoire de Fabergé, à partir des origines, et au fil de l’ensemble du processus de développement et de création, tout en décrivant la relation entre le fabricant et l’acheteur."

Le coup d’arrêt de la révolution communiste

Au-delà des objets de Fabergé, l’exposition est un miroir de ce qui a été dénommé comme La Belle Époque, en France, et du rôle des cadeaux en tant qu’élément à part entière de communication et de diplomatie, a fortiori entre membres de riches familles étrangères, royales ou impériales. Ce rituel était particulièrement développé dans l’Angleterre de l’époque édouardienne, où les ventes de Fabergé ont atteint des niveaux records. Les créations de Fabergé avaient ceci de meilleur aux autres formes de cadeaux qu’elles alliaient la simplicité de ce qu’elles représentaient – un simple œuf ou une simple table en l’occurrence – à une exquise finesse de finition. Avec une valeur pouvant dépasser 10 millions de dollars un siècle plus tard (l’œuf Rotschild).

"Moscow Kremlin Egg" (à gauche) et "Swann Egg" (à droite), œufs de Fabergé exposé actuellement au Victoria & Albert Museum de Londres dans le cadre de l'exposition "Fabergé in London: Romance to Revolution". ©AFP

La Première Guerre mondiale et la révolution bolchévique allaient directement entraîner la fermeture de l’activité productive de Fabergé et la confiscation des objets pour financer le mirage communiste. Les œuvres ont été dispersées principalement en Grande-Bretagne, en France et aux États-Unis. La tragédie de Fabergé, mort deux ans après la confiscation, donne un relief supplémentaire à ces objets centenaires, ceux de l’âge d’or d’une marque qui n’a jamais retrouvé le même éclat.

EXPOSITION

"Fabergé in London: Romance to Revolution"

Par Pierre-Karl Fabergé

Commissaire: Kieran McCarthy

Jusqu’au 8 mai 2022

Victoria & Albert Museum

Note de L'Echo:

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