#FakeImages, la nouvelle expo à la Caserne Dossin, désamorce les stéréotypes

Le visuel de campagne façon packshot MediaMarkt et le hashtag annonçant l’expo nous intriguaient peu, mais en quittant la Caserne Dossin #impressionnée, on réalise que ça illustre bien le propos: regarder au-delà des apparences est plus que jamais une nécessité.

Dans sa nouvelle exposition, la Caserne Dossin à Malines combine sa fonction de mémorial de l’Holocauste – plus de 25.000 Juifs et Tziganes ont été déportés vers Auschwitz depuis ce camp de transit entre 1942 et 1944 – avec une mise en garde: "Démasquez le danger des stéréotypes". Une problématique au cœur de notre société postmoderne reposant sur les images, autant de pseudo-fenêtres sur un monde rendu inaccessible par la pandémie. Quelle place pour des "memes" dans un lieu dédié à la mémoire de la Shoah, indispensable pour que l’histoire ne se répète pas, comme le note Elie Wiesel dans son inoubliable témoignage "La Nuit"?

Expo

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Caserne Dossin, Malines,

jusqu’au 7 décembre.

#FakeImages s’ouvre sur des images assemblées selon le principe de l’anamorphose. À l’arrivée, on voit uniquement une photo de famille. En s’avançant vers la droite, le rassemblement de sourires se transforme petit à petit en caricature "du Juif". Le ton est donné: par essence, l’image est polysémique. Cette recherche de la nuance innerve tout le parcours, qui met en lumière l’évolution de l’antisémitisme (l’accusation d’avoir tué le Christ remonte au IIᵉ siècle), l’historicité de certains stéréotypes (l’image du "Juif riche et malhonnête" à travers le temps) et des cas actuels de racisme (témoignage vidéo d’une jeune femme d’origine asiatique, victime d’une association avec le coronavirus). Le recours à l’actualité vient compléter le propos historique, en vue de démonter des mécanismes qui traversent les époques.

Pour déclencher une réflexion sur les dynamiques communes à chaque stéréotype, le musée mise sur des installations interactives, nous confrontant à nos propres préconceptions. Exemple? Un test où on doit indiquer quelle personne nous semble le plus digne de confiance, sur la base de son apparence. Le musée propose aussi des outils pour prendre du recul, sous forme de recommandations ("rencontrez des personnes d’autres groupes") et de schémas (une pyramide explicitant les différents stades menant à la haine).

#FakeImages nous invite à déconstruire les discours incitant à la polarisation et l’intolérance.

Des chopes à bière antisémites

Cette invitation au raisonnement s’accompagne de la présentation d’objets antisémites collectionnés par le Belge Arthur Langerman, qui a échappé à la déportation. Outre la violence des images et des mots ("Betreten für Hunde und Juden verboten"), c’est la diversité vertigineuse des exemples qui choque. L’antisémitisme se retrouve sur des chopes à bière, dans des livres pour enfants, sur des cartes postales de la Russie aux États-Unis, sans omettre les bandes dessinées made in Belgium. Autant de preuves de la facilité avec laquelle un stéréotype se répand, mouvement accéléré par la reproductibilité des images et, de nos jours, les réseaux sociaux.

L'exposition #FakeImages présente plusieurs objets antisémites collectionnés par le Belge Arthur Langerman. ©katrijn van giel

Pour éviter une considération "artistique" des objets, les artefacts sont souvent présentés à même le sol ou à l’horizontale, nous exhortant à nous pencher sur une information, plutôt que d’assimiler une image sans sourciller. Une scénographie puissante, premièrement montrée au Mémorial de Caen, qui se révèle glaçante au moment d’ouvrir le tiroir d’un secrétaire, abritant quatre cartes d’identité avec le tampon "JUIF" – les proches déportés d’Arthur Langerman. #FakeImages évite magistralement l’écueil moralisateur en ne cherchant pas à culpabiliser ("On a tous des préjugés") et nous invite à la place à déconstruire les discours incitant à la polarisation et l’intolérance, une piqûre de rappel bienvenue en ces temps troublés. Réfléchir par soi-même et assumer sa responsabilité est parfois éreintant, mais toujours nécessaire. Car comme le souligne la théoricienne de la "banalité du mal" Hannah Arendt citée sur les murs du musée, "s’il cesse de penser, chaque être humain peut agir en barbare".

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