Fauve parmi les fauves

©Auguste Chabaud/ Benjamin Struelens

Le peintre fauviste Auguste Chabaud renaît à travers une œuvre de fiction et une exposition représentative des grandes étapes de sa vie.

Quand on est pris par une véritable passion, on n’a généralement qu’une envie: la partager avec le plus grand nombre. C’est bien avec cet objectif à l’esprit qu’Olivier Battesti se livre pour la première fois à l’exercice de commissaire d’exposition. À travers "Paroles de Fauve", le créateur de "Mamemo" (dont nous avions tiré le portrait dans nos pages du 13 février) révèle une nouvelle facette de sa personnalité. L’homme de spectacle est aussi un collectionneur d’art et un grand amateur du fauvisme. De ce courant artistique fugace qui amorça cependant tout ce qui fera l’art du XXe siècle, il en a tiré un grand intérêt pour un de ses représentants fondateurs, Auguste Chabaud.

Artiste aujourd’hui oublié du public, Chabaud a cependant exposé glorieusement ses couleurs aux côtés de Matisse, Derain, Vlaminck "et Picasso, qui était fan de ses dessins. Il était d’ailleurs considéré comme le meilleur dessinateur de sa génération", explique Olivier Battesti. Ce dernier travaille depuis huit ans à cette exposition que l’on peut qualifier de subjective. "Il s’agit du regard d’un artiste sur un autre artiste."

Par le prisme du metteur en scène

Olivier Battesti a réuni dans la Chapelle de Boondael 65 œuvres de Chabaud issues de quatre collections privées, y compris la sienne. Dessins et peintures couvrent les différentes périodes de la vie de Chabaud, de son expérience de la vie parisienne, mouvementée et charnelle, à son retour dans sa Provence natale, cocon protecteur pour ce peintre rebuté par les paillettes citadines et futiles de la gloire.

"Il s’agit du regard d’un artiste sur un autre artiste."
Olivier Battesti
Commissaire de l’exposition

Olivier Battesti a eu la chance d’accéder aux archives privées de l’artiste dont il a extrait des textes en plus d’une série inédite de dessins érotiques, exposés au cœur de la Chapelle. Auteur de trois livres, Chabaud était également un homme de lettres. Un aspect mis en avant à travers une mise en scène originale. Sur deux grands écrans mis côte à côte, deux acteurs de théâtre se donnent la réplique.

Éric De Staercke donne corps et voix à Auguste Chabaud tandis que Delphine Tempels interprète Yvette, la prostituée et muse du peintre, son grand amour de jeunesse. "Oh ma prostituée. Oh ma petite vierge", s’exclame l’amoureux. Durant 30 minutes, en 5 tableaux, le couple ainsi reformé échange de doux ou virulents propos par-delà le temps et la mort.

©Auguste Chabaud/ Benjamin Struelens

Si Olivier Battesti a repris les mots exacts de Chabaud, il a par contre imaginé les réponses d’Yvette, dont il ne reste que les nombreux portraits. Une belle et sensible manière de nous faire découvrir le peintre et sa muse à travers des dialogues empreints de poésie portant aussi bien sur leur amour survolté que sur la perception de Chabaud sur l’art, la religion, la famille, Paris et la Provence…

©Auguste Chabaud/ Benjamin Struelens

Une mise en scène professionnelle et épurée, cinématographique, qui laisse l’envie d’en voir et d’en savoir davantage sur ces personnages revenus trop fugacement à la vie. Un pari réussi qui ne demande qu’à être prolongé sur scène ou ailleurs, comme le souhaite bien entendu le commissaire: "J’espère juste que cette exposition sera un tremplin vers d’autres manifestations sur Chabaud et le fauvisme, avec plus d’envergure, dans de grands musées. Avec aussi cette idée, éventuellement, de prolonger le jeu d’acteurs dans un spectacle à part entière."

"Paroles de Fauve" jusqu’au 17 mai à la Chapelle de Boondael, installation vidéo peinture, avec Éric De Staercke et Delphine Tempels, accessible gratuitement, du jeudi au dimanche, de 14 à 19h, www.parolesdefauve.com. Une vidéo est disponible ici

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