Francis Dusépulchre, un maître de la gravité

Francis Dusépulchre, "Buildong", années 1970.

Francis Dusépulchre réussit le mariage de l’ombre et du silence, qu’il transforme en volumes lumineux et joueurs. La rétrospective de la Patinoire impose l’œuvre de ce Hennuyer.

Au commencement était la Lumière, qui s’est fait volume en épousant l’ombre. Francis Dusépulchre est fils de fleuristes et de typographe, et cela se voit. Il confiait: "Très longtemps, j’ai composé des bouquets, des vasques, des sculptures avec des pétales et des tiges, des rapports de vides et de pleins."

Ce maître pondéré des surprises visuelles se joue de la gravité, physique et psychique. Une ombre projetée fait écho à une ligne droite qui disparaît, s’interrompt et reprend sa course. Un carré n’est pas carré, puisqu’il est bombé. Par anamorphose, la surface du plan déploie une profondeur. En langage urbain moderne, on dirait de lui qu’il griffe et graphe. Il y a du Pininfarina dans les profilés de ce plasticien, qui possède un œil et une main redoutables.

À la fin de sa vie, Dusépulchre sort du plan, la sculpture devient écriture, le griffeur-grapheur atteint un sommet: le volume s’efface, seules les arêtes de la figure en laissent deviner le poids.

Constantin Chariot, directeur de la Patinoire Royale, vibre d’enthousiasme pour cette (re)découverte: "Le curseur du goût est de cinquante ans: années 1980, redécouverte de l’Art Déco; années 2000, le design des années cinquante; années 2020, l’abstraction géométrique de 1970".

Tensions sereines

En 1969, Dusépulchre franchit la frontière entre la toile et le relief, superpose des couches de bois et de Masonite peintes au pistolet à carrosserie. L’épaisseur de la matière joue avec les ombres qu’elle porte avec ses volutes abstraites enroulées telles des bas-reliefs mayas. Années 1980: il épure ses formes avec ses "Tensions sereines" juxtaposant des plaques tectoniques de couleur laissant entre elles la fente d’une respiration. Dans ses "Ombres dessinées", la fente s’échappe de la surface et du support, se prolonge, se transforme en fil qui jaillit avec à son extrémité, grâce à la fibre optique, une tête d’épingle de lumière, une pointe d’humour.

"Le curseur du goût est de cinquante ans: années 1980, redécouverte de l’Art Déco; années 2000, le design des années cinquante; années 2020, l’abstraction géométrique de 1970
Constantin Chariot
Directeur de la Patinoire Royale

Années 2000: il a conquis sa liberté et tend des fils d’acier dans le vide transparent d’une boîte en plexiglas ("Transparences monumentales"). Jouant avec la langue, Dusépulchre inventait en 1970 le "Buildong", réplique du "building": volume de bronze traversé d’une fente. À la fin de sa vie, il sort du plan, la sculpture devient écriture, le griffeur-grapheur atteint un sommet: le volume s’efface, seules les arêtes de la figure en laissent deviner le poids.

Mort en 2013, il fait graver sur sa tombe: "Pour devenir quelqu’un, il ne faut ressembler à personne". Cette épitaphe aura été le précepte de son langage spatial.

Francis Dusépulchre, "Vibrations", 2007

Exposition

Francis Dusépulchre: "Le langage des Ombres"

jusqu'au 24 avril 2021.

Note de L'Echo: 4/5

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