"Het Kunstuur", 60 minutes top chrono d'art belge à Malines

"L'Heure d'art", l'occasion de découvrir 33 chefs-d'œuvre belges des XIXe et XXe siècles, dont certains ne sont jamais montrés au public. ©Het Kunstuur

"Het Kunstuur" vous propose une heure en compagnie de chefs-d'œuvre et d'hologrammes de personnalités flamandes. Une expérience coronaproof entre l'expo et le show.

"Présentez-vous entre 17 et 5 minutes à l'avance, ni plus, ni moins." Non, on ne se précipite pas à un boot camp pour nous inculquer la précision suisse dans la boue et la sueur, mais à une expo de tableaux dans le cœur historique de Malines, à la chapelle du Saint-Esprit. Pendant 60 minutes, en petit comité de six personnes, nous nous plierons aux commandements du "Kunstuur" ("L'Heure d'art"), pour découvrir 33 chefs-d'œuvre belges des XIXe et XXe siècles, dont certains ne sont jamais montrés au public.

En pénétrant dans la première salle, on ne saisit pas encore ce qui nous attend. On ne se pose pas la question d'ailleurs, tellement on est submergée par la splendeur des œuvres qui nous entourent.

Toute mission digne de ce nom commence par un équipement adéquat: tabouret pliable dans une main, audioguide (disponible en français) relié à un casque désinfecté dans l'autre, nous sommes prêts pour l'assaut artistique. En pénétrant dans la première salle, on ne saisit pas encore ce qui nous attend. On ne se pose pas la question d'ailleurs, tellement on est submergée par la splendeur des œuvres qui nous entourent: "Les Pochards" de James Ensor (collection Belfius), "De Kunstrijdster" de Gust De Smet (coll. ING), "Le Ténor et la Soprano" d'Alfred Ost (coll. privée). Mais pas le temps de verbaliser notre admiration (pas le droit non plus – une des règles est de ne pas parler à voix haute), que les lumières s'éteignent et qu'on se retrouve plongée dans le noir.

Exit l'expo classique, place au show, avec un premier hologramme qui surgit de la pénombre pour se matérialiser au mur. Voici l'ex-bourgmestre de Malines, Bart Somers, qui nous adresse un mot d'accueil, avant de décrire une vue des chaloupes sur la Dyle signée Anna Boch, sur laquelle se braquent les spots. Et ainsi défileront tour à tour chefs-d'œuvre et commentaires de "BV" ("Bekende Vlaming"), durant une visite guidée où rien n'est laissé au hasard. Le chanteur ostendais Arno nous parle de son affinité avec Ensor, "son mentor, rock 'n' roll avant son temps" (pas sûr que le peintre qui faisait tous les jours à midi pile sa promenade le long de la digue se reconnaîtrait). Et pour introduire un triptyque sur le thème de l’enterrement… apparition du virologue Marc Van Ranst!

Immersion totale

30.000
visiteurs
Le concept a déjà été testé l'an dernier lors d'une première édition avec d'autres (é)toiles, attirant 30.000 visiteurs malgré les deux confinements.

Le concept a déjà été testé l'année passée lors d'une première édition avec d'autres (é)toiles, attirant 30.000 visiteurs malgré deux confinements. "Het Kunstuur" parvient "à nous faire oublier le corona pendant une heure", comme on peut le lire parmi les recensions élogieuses sur Google.

C'est vrai que celui qui cherche à s'évader est servi: pendant 60 minutes, l'immersion est totale. Le seul effort qui nous rattache à la réalité tangible est celui de bien placer son tabouret au fil des animations – prière de manœuvrer si vous vous retrouvez à bloquer la vue. Pour le reste, il suffit de se laisser transporter comme à Disneyland: bande-son composée pour l'occasion, commentaire audio qui rythme la progression, show lumineux qui oriente le regard… It's a Small (Art) World, où tout est fait pour que chaque tableau se consomme avec la facilité d'une boisson-repas.

C'est là que le bât blesse: au-delà de l'éblouissement premier, on reste un peu sur sa faim. Avoir tous les sens captés à la fois nous fait regretter le plaisir imparfait de l'observation lacunaire, mais plus intime, qu'on pourrait mener par soi-même, face à des toiles majestueuses de Théo Van Rysselberghe, Constant Permeke ou encore Émile Claus, qui perdent fortement en présence matérielle dans le spectacle audiovisuel qu'elles sont réduites à illustrer. Si la médiation est innovante et l'expérience divertissante (et la sélection d'œuvres à couper le souffle), l'orchestration déployée dans "Het Kunstuur" sert aussi de piqûre de rappel: le grand art n'a pas besoin de fanfare, qui lui fait perdre sa capacité à suspendre le temps.

Exposition/show

"Het Kunstuur", deuxième édition, chapelle du Saint-Esprit, Malines, jusqu’au 30 septembre.

Plus d’infos sur www.hetkunstuur.com

Note de L'Echo: 3/5

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