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Heureux qui, comme Nantes, a fait un beau voyage

"Le Naufrage de Neptune" de l'artiste français Ugo Schiavi, Place royale, à Nantes. ©AFP

Un bateau échoué sur une fontaine, un paravent de 46 m de long, un squelette de serpent face à l’océan: la 10e édition du Voyage à Nantes ressuscite le rêve. Suivez la ligne verte, du centre-ville à l’estuaire de la Loire.

Depuis 10 ans déjà, le Voyage à Nantes fait foisonner l’art dans la ville. Le rythme de sa transformation urbanistique est impressionnant: nouveaux bâtiments, nouveaux quartiers, nouveaux espaces verts,… Nantes a su insuffler un vent de liberté poétique et décalée, captant ainsi l’air du temps. Cet esprit-là, la statue «Pas de côté» de Philippe Ramette installée sur la place du Bouffay, l’incarne totalement et synthétise la pensée de Jean Blaise, directeur du Voyage à Nantes: «Créer des œuvres dans l'espace public, ça bouscule. À chaque fois qu'on lance une œuvre, elle est discutée, contestée. C'est le jeu de l'art». 

Suivons la ligne verte tracée au sol à travers la ville. Tout d’abord, on apprécie de revoir les nombreuses interventions pérennes des éditions précédentes, comme le belvédère de l’Hermitage de Tadashi Kawamata. Mais, surtout, on s’émerveille devant les nouvelles propositions: tantôt on s’essaie sur l’immense piste de roller due à la jeune agence d’architecture nantaise Titan, installée face au Théâtre Graslin, tantôt on apprivoise «Un castor sur un arbre couché», de Laurent Le Deunff, qui orne une vieille tour de la Porte Sauvetout.

Notre coup de cœur va aux grands personnages de Jean Jullien au Jardin des plantes. «Le Ratisseur, les Enrouleurs, l’Arroseur, l’Observateur, le Passeur et le Siesteur», autant de silhouettes graphiques fantaisistes et amusantes, aux couleurs vives, qui d’emblée ramènent le sourire sur nos visages.  

Dans toute son agglomération, Nantes parvient à faire briller une communauté d’artistes dont le savoir-faire démontre que l’art en ville ne s’improvise pas. 

C'est parti pour le Voyage à Nantes, édition 2021

Le naufrage de Neptune

C’est devenu une tradition: les équipes de Jean Blaise, l’instigateur du Voyage à Nantes, confient à un artiste l’occupation temporaire de la Place royale. Et aujourd’hui, les Nantais en redemandent: ils ont parfaitement compris le potentiel touristique d’une offre artistique forte et parfois osée dans la ville.

Pour cette édition 2021, la mission a été confiée au jeune sculpteur Ugo Schiavi. Celui-ci offre au public un navire de commerce monumental, littéralement échoué sur les statues en bronze, intactes, de la fontaine de la Place royale. «Le naufrage de Neptune» est une carcasse rouillée et trouée de toutes parts d’où jaillissent des jets d’eau. Elle fait écho au patrimoine de la ville de Nantes en évoquant son identité fluviale et maritime.  

Comme un écho à l’histoire de ce dramatique naufrage, la statue en bronze de Neptune gît quelques centaines de mètres plus loin, sur les bords de la Loire. Là, le public peut voir au gré des marrées une figure de proue apparaître et disparaître. Ugo Schiavi crée ainsi une véritable narration entre les deux sites.  

«Le Pied, le Pull-over et le Système digestif», de Daniel Dewar et Gregory Gicquel, sur l’avant-port de Saint-Nazaire

L’art et le fleuve

Le voyage à Nantes ne se cantonne pas à la ville et s’étend jusqu’au vignoble. Il se vit dans les lieux de convivialité comme à la Cantine du Voyage ou encore à la Station Nuage, à Saint-Sébastien sur Loire, conçue par l’atelier de création Yok Yok.

Puis, ce beau voyage nous embarque jusqu’à l’Estuaire pour un voyage de 60 kilomètres sur la Loire qui nous mène jusqu’à Saint-Nazaire. C’est sur l’Île de Nantes que le parcours Estuaire prend son départ. Les artistes internationaux n’ont pas été invités pour décorer, combler des espaces vides ou laissés à l’abandon, mais pour dialoguer avec le milieu et faire écho au passé. Ainsi, parfois, l’art se fait architecture: 3.000 lames métalliques perforées, donnant des airs de masse en mouvement, enveloppent le bâtiment Manny. Parfois l’art devient un gigantesque indicateur météorologique, subtilement intégré dans le paysage par François Morellet.

"Créer des œuvres dans l'espace public, ça bouscule. À chaque fois qu'on lance une œuvre, elle est discutée, contestée. C'est le jeu de l'art."
Jean Blaise
Directeur du Voyage à Nantes

À d’autres moments, l’art se fait aussi hommage à un passé plus triste de la ville: ainsi les 18 anneaux de 4 mètres de diamètre de Daniel Buren évoquent-ils les chaînes des esclaves transportés à fond de cale, du XVIIe au XIXe siècle, lorsque Nantes était le point de départ des expéditions négrières françaises.  

Plus on s’éloigne de la ville, plus les pistes se brouillent. Chaque installation nous guide vers un lieu atypique, un site remarquable de l’estuaire… Les œuvres parfois discrètes, comme «Le Pendule» de Roman Signer, accroché sur une ancienne centrale de béton, se mêlent à un paysage témoin d’un riche passé industriel: anciennes grues, antiques cales de mise à flot,…

"La maison dans la Loire" de Jean-Luc Courcoult, tombée dans l'estuaire de la Loire. ©AFP

Faisons place à présent aux grandes et belles réserves naturelles, fragiles et puissantes à la fois. Le voyage nous surprend en perturbant l’ordre des choses; avec l’artiste Erwin Wurm, par exemple, dont l’œuvre «Misconceivable» représente un voilier bleu et blanc à la coque arquée qui tente de s’échapper d’un barrage. C’est encore le cas avec «La Maison dans la Loire», de Jean-Luc Courcoult, qui semble tombée du ciel au milieu de l’eau, tandis qu’apparaît la zone portuaire industrielle de Saint-Nazaire où d’immenses éoliennes attendent d’être assemblées au large et des paquebots de croisière se construisent patiemment.  

Enfin pour achever le périple, nous débouchons là où le fleuve se déverse inexorablement – l’océan Atlantique. Et c’est l’apothéose!

Enfin pour achever le périple, nous débouchons là où le fleuve se déverse inexorablement – l’océan Atlantique. Et c’est l’apothéose! Nous voilà face au gigantesque squelette du serpent de Huang Yong Ping dont les images ont déjà fait le tour du monde. S’imposent ensuite les œuvres ultimes de cette édition: «Le Pied, le Pull-over et le Système digestif», de Daniel Dewar et Gregory Gicquel, sur l’avant-port de Saint-Nazaire: trois sculptures monumentales de béton ironiquement identiques à leur titre.  

Un voyage sur les flots ou s’entrechoquent poésie, nature, nostalgie d’un glorieux passé naval et avenir industriel incertain, figé par la crise mondiale. 

Le Voyage à Nantes

10e édition: suivez la ligne verte jusqu’au 12 septembre

Note de L'Echo: 5/5

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