"Home Stories" dévoile les coulisses d’intérieurs iconiques

L’appartement de Karl Lagerfeld à Monte-Carlo (avec du design Memphis), Monaco, vers 1983. ©Jacques Schumacher pour Lagerfeld et Nelson Kon, 2002 pour Lina Bo Bardi

À travers vingt projets d’intérieur, la nouvelle expo "Home Stories" au Musée du Design à Gand présente les innovations dans nos maisons depuis 1920. Inspirant!

Comme si vous n’aviez pas encore passé assez de temps entre quatre murs, cette semaine, on vous propose une évasion à la maison. Pas la vôtre, évidemment – notre malice connaît ses limites – mais les intérieurs de "Home Stories" au Musée du Design à Gand, une expo conçue par le Vitra Design Museum. Le pitch? Remonter le temps à travers 20 designs, de nos jours à 1920.

Avant de venir, on s’attendait à une succession de pièces aménagées selon l’esprit d’une décennie, comme au Geffrye à Londres. Mais d’entrée de jeu, on découvre que "Home Stories" se veut une expo "privilégiant l’histoire des idées et non l’histoire des styles". Seuls deux espaces emblématiques y sont reconstitués en entier, une cuisine de Francfort et une construction de Verner Panton. Le reste du parcours nous emmène à travers les différentes étapes de la conception d’un intérieur – pensez manifestes, esquisses, plans et modèles d’architecture, autant de moyens employés pour donner forme à une idée.

L’appartement de feu Karl Lagerfeld détonne avec sa déco Memphis haute en couleur, comme cette lampe Oceanic qui illuminait le bureau de l’héritier spirituel de Chanel.

Pour rendre ces documents accessibles même aux non-initiés, le musée mise sur la contextualisation. Meubles design, photos et films d’époque sont rassemblés par projet, afin de conférer l’esthétique et l’ambiance d’une période. Une présentation volontairement fragmentaire aux antipodes du remake, qui se révèle stimulante.

On démarre dans le présent, avec l’entreprise qui a démocratisé le design et uniformisé nos lieux de vie: IKEA. À côté d’un mur de catalogues, on retrouve sur un écran la scène iconique du film "(500) Days of Summer", dans laquelle Tom et Summer investissent une chambre à coucher dans une filiale du géant suédois, avant de se rappeler qu’ils n’y sont pas seuls ("Chérie, il y a une famille chinoise dans notre salle de bain").

Lina Bo Bardi, Casa de Vidro, São Paulo, Brésil, 1952. © Nelson Kon, 2002

Une entrée en matière amusante, mais qui nous donne surtout envie d’avancer dans le passé (la bibliothèque Billy, on peut l’admirer à volonté chez soi). On passe devant quelques projets qui adressent nos conditions de vie actuelles – de l’exiguïté des espaces à leur rénovation – avant d’apercevoir un intérieur flashy qui nous propulse dans le Monte-Carlo des années 80. C’est l’appartement de feu Karl Lagerfeld, qui détonne avec sa déco Memphis haute en couleur, comme cette lampe Oceanic qui illuminait le bureau de l’héritier spirituel de Chanel. Trop clinquant? Calmez vos sens en vous projetant dans une cellule ascétique de la Nakagin Capsule Tower de Kishō Kurokawa (1970-72), présentée à travers des maquettes et des revues d’architecture.

Baignoire autonettoyante

Personnellement, c’est au sous-sol du musée qu’on aimerait s’installer, là où sont logés les projets d’intérieur des années 1950 à 1920. On convoite tout: le mobilier scandinave intemporel de Finn Juhl, la maison de verre Casa de Vidro à São Paulo laissant entrer la jungle environnante, et la baignoire autonettoyante imaginée par Alison et Peter Smithson en 1956 (chers designers qui nous lisent, on vous saurait gré de relancer l’idée).

Le lit conçu par Beaton semble plus propice aux cauchemars, avec son baldaquin façon chapiteau de cirque et ses décorations figurant Poséidon, un angelot et des licornes

Seul Cecil Beaton ne sait nous charmer dans les années 30. Pourtant, on s’attendait à ce que l’esthète légendaire nous vende du rêve avec son manoir anglais Ashcombe, promettant à ses invités de "quitter la réalité pour s’évader complètement dans le monde de la fantaisie". Mais le lit conçu par Beaton semble plus propice aux cauchemars, avec son baldaquin façon chapiteau de cirque et ses décorations figurant Poséidon, un angelot et des licornes. "Less is more", aurait asséné Mies van der Rohe, et cette pensée nous console un peu à la fin de cette visite captivante, au moment de regagner notre petit studio bruxellois.

Le lit de Cecil Beaton à Ashcombe exposé dans "Home Stories" ©Bart Van Leuven

Exposition

"Home Stories"

Musée du Design à Gand, jusqu’au 22 août.

Note de L'Echo: 5/5

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés