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Immense de Funès

Exposition Louis de Funès au Cinéma Palace à Bruxelles. ©Photo News

Louis de Funès au cinéma Palace! Le génie comique a enfin droit à un hommage sous forme d’exposition…

Il occupe une place secrète dans notre cœur. Pourquoi? Parce que Louis de Funès, ce n’est pas seulement un acteur comique au faciès indémodable et au phrasé sans réplique, c’est aussi une part de notre enfance. Pour ceux qui ont fait sa connaissance dans les salles obscures de ces années 60 ou 70 où il était encore actif, ce sont les samedis après-midis à faire longuement la file devant le cinéma – succès oblige – dans l’attente fervente et la connivence avec tous les autres heureux spectateurs. Dans les années 80, changement de décor, ce sont les soirées bénies, attendues, espérées et marquées d’une pierre blanche où on donne un "de Funès" à la télé – la famille se blottit alors religieusement devant le petit écran, avec déjà au ventre le bonheur des crampes de rire anticipées.

Sur les 140 films tournés par l’artiste, une quarantaine est entrée dans le panthéon du cinéma.

Et ça ne s’arrêtera plus jamais. 50, 60, voire 70 ans après la sortie en salles des films, le culte opère et les chaînes battent encore des records d’audience, ralliant à chaque fois une nouvelle génération. Sur les 140 films tournés par l’artiste, une quarantaine est entrée dans le panthéon du cinéma: ceux où il occupe seul la vedette, mais aussi ceux où il la partage avec un autre "grand": Gabin ("Le gentleman d’Epsom", "Le tatoué"), Fernandel ("Le mouton à cinq pattes"), ou Bourvil (7 films, dont "La grande vadrouille" ou "Le corniaud").

Célèbre à 50 ans

L’exposition revient sur les années de gestation de cet acteur devenu célèbre à 50 ans, car d’abord habitué aux "emplois" – policier, fonctionnaire, professeur. Et qui, au début des années 50, va attirer l’œil de la profession et du public grâce à divers seconds rôles. Dans la mythique "Traversée de Paris", il vole pour quelques minutes la vedette à Gabin et Bourvil, dans un type de rôle qui le suivra toute sa vie: cet être petit – de corps et d’esprit – qui prend vengeance sur la vie par sa colère rentrée, ses arrangements, ses calculs, ses complexes. Mais le génie de de Funès est déjà là: il transcende bien sûr ces défauts hautement répandus par une humanité qui suinte. C’est lorsque nous sommes pathétiques que nous sommes aussi les plus vrais – mis à nu, nous méritons sans doute d’être aimés…

"Ses pères spirituels sont Max Linder, Charlie Chaplin, Harold Lloyd, Buster Keaton, Laurel et Hardy."
Alain Kruger
Commissaire de l'exposition

"Il crée ce personnage de bande dessinée", nous dit le critique de cinéma Alain Kruger, commissaire de l’exposition. "Ses pères spirituels sont Max Linder, Charlie Chaplin, Harold Lloyd, Buster Keaton, Laurel et Hardy. Il apporte cette dimension du corps dans un pays, la France, où règne plutôt le trait d’esprit à la Sacha Guitry. Un moment très important, c’est quand il rejoint les comédiens, musiciens, chanteurs des Branquignols – Robert Dhéry, Francis Blanche, Jean Carmet, Micheline Dax, entre autres. C’est son déclic."

L’exposition est d’abord organisée de manière chronologique – avant de rejoindre l’approche thématique avec une salle "Gérard Oury" et une autre consacrée au phénomène "Gendarmes". Présentée sous forme de petites alcôves colorées comme à la foire, elle nous permet de déambuler à la rencontre d’affiches et surtout d’actualités de l’époque. On y découvre l’autre de Funès. Le comique rentré, celui qui doute.

Louis de Funès en 100 répliques cultes.

L’éternel angoissé est surtout perfectionniste

"Tous les gens qui l’ont connu sont d’accord: il était dévoré par l’angoisse. Ce qui peut expliquer ce mauvais caractère qu’on lui prêtait. D’abord, il ne s’attendait plus à devenir une vedette. Il l’avait vu chez d’autres: quand on n’est plus au sommet, on n’est plus rien. Regardez Belmondo ou Delon. De Funès, finalement, sera mort avant. Mais il appréhendait la redescente. L’autre aspect, c’est son côté 'control freak'. C’était un travailleur. Il a perfectionné son jeu comme une Ferrari, c’était de l’orfèvrerie. À ce niveau-là, il faut du monde en face. Des gens doués, et travailleurs. Sinon il était frustré. Là aussi, c’est le perfectionniste qui parle", explique Kruger.

Louis de Funès nous laisse toute une série de personnages qui transcendent le bourgeois avare, l’industriel méprisant ou le Français moyen borné.

Au hasard des déambulations, on apprendra par exemple qu’il doit à sa mère – une grande bourgeoise – son côté excessif, elle qui abandonne son Espagne natale pour une vie de bohème à Paris... Que l’acteur-vedette n’aimait qu’une chose: cultiver les roses du parc de son immense château sur la Loire, acheté en 1967 à la famille de sa femme... Qu’il avait avec Gérard Oury un 8e projet, inabouti à cause de ses problèmes de cœur. Dans "Le Crocodile", il aurait été un dictateur exotique d’extrême-droite, écarté du pouvoir mais le reconquérant avec un programme d’extrême-gauche…

Acteur du corps

Pianiste virtuose, de Funès était un grand acteur du corps. Ce qui lui permettait d’allier plusieurs styles de comédie, hérités de la commedia dell’arte: portes qui claquent, travestissement, danse, mimiques, mais aussi farce et satire, dans la plus pure tradition moliéresque. Il nous laisse toute une série de personnages qui transcendent le bourgeois avare, l’industriel méprisant ou le Français moyen borné. Des "méchants" condescendants, imbus, racistes, méchants qu’on adore détester mais dans lesquels on se reconnaît, et que notre époque politiquement correcte ne tolèrerait sans doute plus, confondant caricature et nécessité absolue de l’exutoire par le rire.

“Exposition Louis de Funès”

Exposition accompagnée de la reprogrammation d’une douzaine de films

Commissaire: Alain Kruger

Jusqu'au 16 janvier 2022

Cinéma Palace

Note de L'Echo:

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