Kanal-Centre Pompidou cherche sa direction artistique

Exposition "It Never Ends" à Kanal. ©Veerle Vercauteren for Fondation Kanal

Kanal a décidé de se doter d'une "vraie" direction artistique. Le partenariat avec le Centre Pompidou à Paris ne pouvait pas (plus) suffire à donner sa légitimité au "futur phare culturel". Un conseil d’administration de la Fondation Kanal s’est tenu ce lundi 7 décembre. Quels sont les enjeux de cette direction artistique à trois ans et des poussières de l’ouverture officielle du lieu ?

Kanal est un des grands projets de la Région bruxelloise (également subsidié par la Fédération Wallonie-Bruxelles) et sûrement son plus coûteux de ces dernières années, en ce qui concerne le secteur culturel: 125 millions d’euros rien que pour les travaux de l’ancien garage Citroën et ses 40.000 mètres carrés, situé dans le quartier Yser de Bruxelles. À ce prix-là, les citoyennes et citoyens sont en droit d’attendre une programmation artistique à la hauteur de l’objectif que se fixe l’institution: "offrir un lieu de culture et d’échanges ouvert à tous, mettre à l’honneur la création bruxelloise et contribuer à renforcer l’attractivité culturelle de la capitale", pour reprendre les mots affichés par Kanal, "futur phare culturel", promet Yves Goldstein, ex-chef de cabinet de Rudy Vervoort et chef de mission de la Fondation Kanal.

Pourtant, on compte déjà les déçus, notamment le responsable en charge de la musique, Alain Benisty, qui, tout en donnant sa démission, signait une petite bombe sous forme de carte blanche, parue chez nos confrères du Soir le 18 novembre dernier: "Progressivement, j’ai commencé à douter du projet: humainement d’abord, ensuite parce que trop d’argent y est dépensé pour des projets déconnectés du contexte, parce qu’on y oublie trop de monde, on ne prend pas position, on y abandonne des personnes qui avaient pourtant des choses à dire", écrit-il insistant sur le fait qu’il est "encore temps de dire les choses pour ne pas que l’institution devienne (…) une machine inflexible, sans étincelle, viriliste et monochrome".

"Progressivement, j’ai commencé à douter du projet, (...) parce qu’on y oublie trop de monde, on ne prend pas position, on y abandonne des personnes qui avaient pourtant des choses à dire."
Alain Benisty
Ex-programmateur de musique à Kanal

Enjeu numéro un: inclure

Alors que la crise frappe durement les artistes belges et bruxellois, le reproche quant à la déconnexion pourrait concerner la grande exposition "It Never Ends" qui vient de rouvrir ses portes, coordonnée par le Centre Pompidou de Paris et qui accompagnera la vie de Kanal jusqu’à sa fermeture pour travaux en avril prochain. Il s’agit d’une carte blanche à l’artiste suisse John M Armleder, reconnu internationalement, mais dont, malheureusement, le volet multidisciplinaire, qui devait visibiliser des dizaines d’artistes dont plusieurs Belges, est tombé en grande partie à l’eau à cause du Covid.

Exposition "It Never Ends" à Kanal ©Veerle Vercauteren for Fondation Kanal

L’annonce du recrutement d’un directeur ou d’une directrice artistique devrait rassurer, même si Yves Goldstein n’a pas souhaité confirmer avant la tenue d’un conseil d’administration de la Fondation Kanal ce lundi. Rassurer sur quoi, exactement? Sur un projet de très grande envergure, dont certains (à commencer par Michel Draguet et Dirk Snauwaert, respectivement directeurs des Musées royaux et du Wiels) répètent depuis 2018 qu’il n’a pas été suffisamment pensé dans ses composantes belges et bruxelloises (et flamandes; reproche formulé au niveau fédéral par la N-VA Zuhal Demir alors secrétaire d'Etat au sein du gouvernement Michel I; il faudra suivre ce qu’en dit la nouvelle ministre des Institutions culturelles fédérales, la MR Sophie Wilmès).

Vu que l’ouverture est à présent fixée à 2024 (le planning des travaux a déjà pris un an dans l’aile), cela donne du temps à la future direction artistique de se mettre en ordre de marche, penser une collection pour le musée (avec quels objectifs, quels critères, quelle inclusivité et quel budget?), réunir un secteur (et des secteurs, car Kanal se veut transdisciplinaire) et toutes ses actrices et acteurs. Un défi de taille dans la capitale de l’Union européenne, ville trilingue et une des plus multiculturelles au monde, pour une institution implantée juste en face d’un des bassins de population les plus denses et culturellement les plus effervescents de Bruxelles, Molenbeek.

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