L'antre du dragon

©STAM

Le Stam, musée de la ville de Gand, accueille actuellement une exposition consacrée à la figure du dragon, qui n’est pas l’apanage en Belgique des seuls Montois.

La chapelle de l’ancienne abbaye de la Byloke transformée en institution muséale sert de cadre à cette expo dont le déroulement ressemble d’ailleurs à un chemin de croix, balisé de dix stations. Chacune d’elles adopte un format identique qui allie art, tradition et folklore. Quant au pourquoi d’une telle thématique, la réponse est à trouver dans l’imposant dragon qui coiffe le beffroi de la ville depuis le 14e siècle et veille sur elle.

Car comme l’explique le commissaire dans l’introduction, la symbolique de cet animal fantastique oscille constamment entre bienfaisance et malfaisance. Pas de dragon sans saint Georges, qui illustre la thématique du héros: outre un ensemble statuaire du 15e siècle venu de Hollande et des objets d’époque comme une arbalète, sa légende est illustrée par une superbe toile de Jan van Cleef, élève de Rubens, qui montre le saint présentant le dragon mort à la Vierge et l’Enfant. C’est le diable à sept têtes de la tentation ainsi que l’illustrent Le jugement dernier de Goltzius (1557) ou les statues de saints qui y ont résisté comme saint Amand ou sainte Marguerite et qu’un dragon foule aux pieds. Sa mise à mort est bien sûr l’occasion d’admirer en images et vidéo le Doudou montois ou celui moins connu de Beesel en Hollande qui s’y combat tous les 7 ans.

Animal fétiche

Le dragon, animal fétiche des confréries Saint-Georges et Saint-Michel, rôde aussi en ville au-dessus des toits de Gand, sous forme de gargouilles, accrochées aux parois de la cathédrale Saint-Bavon et servit même d’emblème à un meeting aérien allié juste après la guerre: sur une affiche d’époque, la cocarde anglaise est apposée sous ses ailes.

©STAM

Plus intéressante est la distinction opérée par l’exposition entre les dragons orientaux et occidentaux. Ces derniers sont présents dès la Grèce antique, sous forme de serpent, et décorent une amphore du VIe siècle avant notre ère. Ils prennent aussi l’aspect de quatre griffons ailés ou de créatures marines dans le cas d’un dragon de bronze, étendard d’une légion romaine. Un somptueux ornement de proue d’un drakkar (dérivant du mot latin draco, dragon) viking repêché dans l’Escaut, est également exposé: sa fonction était bien sûr d’effrayer les ennemis, mais aussi de chasser le mal.

Dragon chinois

Le dragon, animal fétiche des confréries Saint-Georges et Saint-Michel, rôde au-dessus des toits de Gand.

Même valeur positive chez les Chinois où le dragon symbole de puissance, richesse et donc de l’Empereur est considéré comme une puissance créatrice, fertile et magique, car capable de plonger et voler et même de s’aventurer au centre de la Terre. Pas étonnant dès lors de le retrouver sur un costume d’apparat d’un général chinois, des peintures sur rouleau d’un couple noble au XIXe siècle ou décorant un vase de l’époque Ming. Vedette du Nouvel An chinois, le dragon est encore prisé par les artistes chinois contemporains: la preuve avec ce dragon in progress d’Ai Weiwei, très révérencieux…

Cette exposition qui propose également pour les plus petits une sorte de plaine de jeux dragon, montre enfin que si les dragons n’ont pas existé, les hommes ont trouvé dans la nature des animaux qui lui ressemblent comme le draco (en effet, un saurien qui vole), le serpent volant notamment ou bien sûr le varan de Komodo dont on peut voir un spécimen taxidermé. BR

Les dragons jusqu’au 28 mai au STAM, Bijloksite, Godshuizenlaan 2 à Gand. Ouvert tous les jours de 9 à 17h, le week-end de 10 à 18h, fermé le mercredi. Renseignements: 09 2671400 info@stamgent.be www.stamgent.be

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