L'art en ce jardin

«Elément d’un parc» (2020), œuvre de l’artiste français Erwan Mahéo.

À Renaix, trois espaces privilégiés accueillent une phalange d’artistes belges et internationaux, comme autant de lignes droites qui se courbent et se croisent.

À l’arrivée sur les lieux, on franchit deux seuils successifs, celui du parc de trois hectares, et celui de la villa qu’il enveloppe. À cet effet de seuil succède un effet de couleur: les matériaux de l’une déclinent les mêmes tons que les végétaux de l’autre: verts, bruns, ocres, rouges.

La Villa Carpentier, création de Victor Horta, à Renaix ©RV DOC

La demeure, c’est la Villa Carpentier, ou "Villa Les Platanes", résidence d’été de l’industriel textile Valère Carpentier, création de Victor Horta, classée monument historique. Dans l’Art Nouveau, l’architecture englobe tout: le bâtiment, les volumes, le parc. Ses propriétaires, Olga et Michel Gilbert, achèvent de restaurer l’ensemble, notamment les scraphites de la terrasse couverte (technique de dessin par grattage chère à Paul Klee).

Le couple s’est prêté au jeu en vidant la maison de la quasi-totalité des œuvres permanentes, afin de faire place aux choix de la commissaire Yolande Bontridder: trois types d’œuvres, "ludiques, utilitaires ou sculpturales autour du titre inspiré par une formule découverte dans les écrits d’Horta". Ce sont des "artistes pas assez reconnus du grand public malgré un parcours muséal impressionnant, comme la Polonaise Tatiana Wolska, exposée au palais de Tokyo (Paris) et au musée Van Buren", qui fait œuvre de nos rebuts, avec un nuage rouge de bouteilles en plastique thermosoudées en suspens devant une ligne d’arbres. Quelques pièces ont été créées pour les lieux et ont inspiré par exemple à Lucie Lanzini une pièce en fonte d’aluminium, et non dans sa résine habituelle ("En Suspens", 2020).

Un danger empreint d’ironie

Dans le parc, le "Cancale" (1978) du Gantois Stijn Cole, pièce minérale, est un bloc tombé d’une falaise qui se serait arrêté à quelques centimètres du sol. Le Français Erwan Mahéo a creusé un trou et sa réplique, un cône de terre gazonné. Avec cet étonnant "Élément d’un parc" (2020), dans la veine des paysagistes anglais du XVIIIe siècle et de Peter Greenaway, ce geste marquant le paysage suffit à annoncer un danger empreint d’ironie. Au registre ludique, les "Rainbow Pieces" (2020) de Natalia de Mello, fragments métalliques d’arc-en-ciel, surgissent de terre, découpent l’air et aimantent la lumière.

Dans l’Art Nouveau, l’architecture englobe tout: le bâtiment, les volumes, le parc.

À l’intérieur, une céramique du même Mahéo, portrait aérien du parc, dialogue de mur à mur avec le "Labyrinth & Pleasure Garden" (1994) de l’Ostendais Jan Vercruysse (1948-2018) et les "Formes Libres" de la Bruxelloise Sophie Gohr qui transforment des feuilles en filigranes.
Après Horta, Hermès: Renaix abrite la plus grande crypte romano-gothique (XIe siècle) d’Europe occidentale, la basilique de Saint-Hermès, rythmée de 32 colonnes. Dans la nef, deux globes en verre de Tinka Pittoors troublent l’œil: l’espace d’un instant, face à cette Allégorie du Vide (2018), le visiteur songera aux horloges sous globe de Charles Quint au Kunsthistorisches Museum de Vienne, et se rappellera qu’en flamand, "nature morte" se dit "vie immobile".

Enfin, à l’ancienne fabrique des "Teintureries belges", devenue le centre culturel De Ververij, Jan Leconte, son directeur, propose une sélection autour du duo belge Sarah & Charles.

Expo d’art contemporain

"Toutes les lignes droites sont courbes"

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Villa Carpentier, Renaix,

jusqu’au 27 septembre 2020

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