L'art par-delà les murs

©Huberty & Breyne Gallery

Pour célébrer la chute du Mur de Berlin, la galerie Huberty & Breyne a demandé à 31 artistes d’interpréter la notion de "mur".

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondre. C’est le bloc soviétique tout entier qui vacille. L’événement suscite des scènes de liesse et provoque un immense élan d’espoir dans toute l’Europe. Symbole de la guerre froide, la chute du "mur de la honte" signe la réconciliation des peuples. Pour célébrer cet anniversaire, la galerie Huberty & Breyne, dont les responsables sont devenus spécialistes pour la bande dessinée chez Christie’s, a demandé à 31 artistes d’interpréter la notion de "mur".

Fabrice Douar, le commissaire de l’exposition, explique l’origine du projet: "J’ai voulu parler des murs pour, dans le fond, parler des murs qui s’aboliraient progressivement avec le temps. J’ai voulu évoquer les passerelles, les liens. C’est pourquoi j’ai invité des artistes de toutes les nationalités: Coréen, Belge, Serbe, Polonais, Français, etc. J’ai essayé aussi de décloisonner les arts. Dans l’exposition, on trouve de la vidéo, de la photo, de la peinture, du dessin, etc. Enfin, j’ai tenté également de décloisonner l’histoire de l’art. Des pièces datant de l’Antiquité côtoient des œuvres contemporaines, comme le street art."

"J’ai voulu parler des murs pour, dans le fond, parler des murs qui s’aboliraient progressivement avec le temps."
fabrice douar
commissaire de l’exposition

Dans cet ensemble, la présence de la bande dessinée n’est évidemment pas un hasard: "La bande dessinée a beaucoup souffert d’être reléguée au rang d’art mineur. Elle sera l’art du XXIe siècle. En 1982, soit 7 ans avant la chute du mur de Berlin, Enki Bilal a fait une œuvre de visionnaire. Par ailleurs, il a aidé à faire sortir la bande dessinée du lieu où on l’avait emmurée."

Le mur est indissociable de l’histoire de l’humanité et de sa volonté de se défendre, de se protéger: murs d’une ville, murailles, remparts, enceintes, clôtures, etc. "Le mur est ambivalent, ajoute Fabrice Douar. Il isole, sépare, mais il est aussi mémoire." Les murs sont principalement des instruments politiques. Il suffit pour se le rappeler d’observer ceux qui ont été érigés entre les États-Unis et le Mexique, ou encore entre Israël et la Palestine.

Mais la volonté de séparer est rapidement contrebalancée par la volonté de s’approprier le mur, d’en faire un signe de lutte ou de paix. Si le mur est l’incarnation du pouvoir, c’est aussi un terrain d’expression infini: sur les murs apparaissent progressivement les dessins et les mots. Les murs sont donc aussi des symboles de résistance. Lorsque l’espace construit par la répression est réinvesti, les murs deviennent des lieux où la poésie et l’imaginaire s’installent durablement. Chaque dessin, chaque tag, chaque inscription détourne le sens initial du mur. En quelque sorte, du mur naît le besoin de lien, le rêve des traversées et le désir d’ailleurs. Le mur de Berlin en fut évidemment un bon exemple: "À l’Est, le mur était gris et terne; à l’Ouest, le mur était peint et coloré. Les artistes s’étaient emparés de lui."

  • Exposition "Murs" à la galerie Huberty & Breyne, du 9 novembre au 14 décembre.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect