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L'art traverse les frontières

©Adagp, Paris, 2015

Au Frac de Lorraine, "Tous les chemins mènent à Schengen" explore la thématique brûlante d’actualité de l’errance et de la frontière au travers du travail de dix plasticiens.

Schengen, nouveau poste de frontière de l’espace européen où les réfugiés, les émigrants et les illégaux découvrent l’errance. L’exposition concoctée par Béatrice Josse (membre du jury de sélection du pavillon belge à Venise) propose le regard de dix plasticiens sur cette problématique, confrontant leur œuvre à l’histoire, notamment régionale, et embrassant le problème de la migration venue du Sud, d’une brûlante actualité.

Elle débute par la vision de trois artistes luxembourgeois de la ville de Schengen. Claudia Passeri a, en 2011, réalisé une performance au cours de laquelle elle a marché les 29 km qui séparent Luxembourg de Schengen rencontrant les gens et publiant un blog. Justine Blau propose une installation, sorte de vitrine de magasins de souvenirs (assiette, bulle à neige..) réalisés notamment à l’aide du tampon de visa Schengen. Un tampon marqué "immigré" dont se sert Marco Godinho pour constituer un nuage semblable aux migrants qui débarquent chez nous comme une nuée de sauterelles.

Cartes et itinéraires

Avec "The Mapping journey Project", la Marocaine Bouchra Khalili cartographie en vidéo des voyages clandestins singuliers de migrants venus de Somalie ou du Maroc. Une autre montre un exilé clandestin palestinien et le trajet absurdement rallongé qu’il lui faut parcourir pour rejoindre Jérusalem à partir de Ramallah. Transposés en sérigraphies ces itinéraires (montrés sur une carte) donnent lieux à des constellations poétiques imaginaires.

Schengen, nouveau poste de frontière de l’espace européen, où les réfugiés, les émigrants et les illégaux découvrent l’errance.

Dans une approche qui se veut historique et régionale, mais pleine d’adéquations entre signifiant et signifié, la salle "Les voyageurs" évoque la problématique des Tziganes en Lorraine et l’enfermement de ses derniers dans des camps de concentration par le régime de Vichy. Aux témoignages historiques répond une œuvre de Mathieu Pernot intitulée "Le dernier voyage": des cartes dessinées sur du papier millimétré qui retracent le parcours effectué par certains internés à l’époque.

©Adagp, Paris, 2015

Cartes toujours lorsque l’expo évoque la guerre d’Algérie: un pays que des Lorrains chassés par l’envahisseur allemand après 1870 vont investir renommant des villes Bitch ou Metz! Marta Caradec reprend les dernières cartes "françaises" de la colonie et y appose des symboles héraldiques, des croix, des croissants, des animaux extraordinaires sortis des blasons lorrains.

À leurs côtés, un mur rappelle, au travers d’images et de photos, l’importance des femmes dans la guerre d’Algérie des moudjahidinas, aux porteuses de valises… En contrepoint à ce pendant historique l’artiste Zineb Sedira propose une vidéo de la veuve de Mohammed Kouaci, détentrice des archives du photographe officiel du FLN et de son œuvre ignorée en France…

©Collection FRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur

Plus conceptuelle Tania Mouraud a tendu sur le mur extérieur du musée une immense bâche, blanche et noir: on peut y lire dans un lettrage allongé, presque famélique "How can you sleep?" lancé par un habitant du ghetto à un SS dans l’opéra de Schönberg, "Un survivant de Varsovie".

Un "antisémitisme" qui pourrait s’appliquer à nous et notre aveuglement face à la détresse des migrants d’aujourd’hui. Des images d’Épinal, spécialité lorraine, viennent témoigner de cette vision du Juif errant dans l’histoire notamment catholique. À leurs côtés, l’installation "Duplication # 11" du Suisse Beat Lippert: sur deux murs des étagères sur lequel des 4500 petits cailloux identiques sont posés, sur des lattes en fait. Elles font écho à la culture nomade, conservée par les communautés juives. Une œuvre d’une grande force poétique, qui renvoie aussi à l’idée que le nombre (celui des réfugiés) donne à chaque être humain une image, un aspect identique, et gomme ainsi l’identité justement de chacun.

Enfin, dans "Chroniques du Sahara", Ursula Biemann montre au travers de vidéos, de témoignages, de photographies, les zones d’ombres de la géographie économique mondialisée. Les frontières poreuses, voient, suite à la mise en place de la forteresse Schengen, d’énormes mouvements migratoires, dans ces étendues désertiques où les Touaregs, peuple nomade du désert, ont développé un système d’organisation et de contrôle des migrants entre légalité et clandestinité.

Réminiscences de drames récents, notamment sur ces photos aériennes de la police marocaine qui montrent un campement d’exilés qui construisent eux-mêmes un bateau en bordure de désert face aux Canaries. Avant de s’embarquer pour ce périple souvent mortel, le projet posé sur le sable semble avoir déjà échoué…

Bernard Roisin

"Tous les chemins mènent à Schengen" jusqu’au 4 octobre, au Frac Lorraine à Metz, France, 00 33 3 87 74 20 02, www.fraclorraine.org.

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