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L'aventure asiatique du galeriste Xavier Hufkens

De Bruxelles à Hong Kong, "ce sont les mêmes oeuvres que nous présentons avec le même langage", affirme Xavier Hufkens. ©Johan F. Hel Guedj

L’Asie de l’art, est un terrain aventureux et captivant, une ébullition que le galeriste Xavier Hufkens a découverte depuis sept ans en se rendant d’abord à Art Basel Hong Kong, où il expose depuis trois ans. "Dans ce laps de temps, le changement est éclatant. Les Asiatiques découvrent l’art contemporain, et apprennent vite!", confie-t-il.

Cette semaine, nous sommes partis à la découverte de galeries étonnantes et singulières. Retrouvez nos articles précédents ici, et .

Au-delà de Hong Kong et Shanghai, les amateurs d'art viennent de toute l’Asie du Sud-Est et du continent austral. Et les villes d’Asie sont elles-mêmes très diverses. "Les collectionneurs de Shanghai ne sont pas ceux de Djakarta. Aspect intéressant, on trouve des Chinois partout, présents par exemple en Indonésie depuis plusieurs générations. Où qu’ils soient en Asie, ce sont souvent eux les moteurs", affirme le galeriste.

Leurs goûts sont-ils influencés par leurs traditions? "Ils sont surtout très informés. Si je présente un artiste encore inconnu, un an après, ils connaissent l’œuvre de fond en comble. Tout va très vite, beaucoup plus vite qu’en Europe, au-delà même de l’art. Ils sont avertis, intelligents, travailleurs, ambitieux, dans un univers stable." Qu’est-ce que cela lui apprend sur son métier? "Que le monde est grand! Et nous qui croyons être le centre de tout, à Pékin ou Hong Kong, nous découvrons le centre d’un autre monde. Ainsi, à Hong Kong, on croise beaucoup d’Australiens, venus en voisins et pour qui huit heures de vol, c’est la porte à côté."

"Aucune grande galerie n’existe dans une pensée économique à court terme. Je défends un artiste auquel je crois."

Tient-il un même langage à l’amateur d’art de Hambourg ou de Shanghai? "Ce sont les mêmes œuvres que nous présentons avec le même langage. Autre aspect frappant, les Asiatiques savent tout de la culture occidentale. Il est grand temps que nous en apprenions autant les concernant. Notre ignorance confine à l’impolitesse. (Il sourit) Et si j’ai longtemps eu du mal à trouver des artistes locaux lors de ce dernier voyage, je crois avoir enfin trouvé ce que j’aime."

En Chine, ses interlocuteurs privés comptent des fondations. "Ainsi, Nicolas Party, artiste suisse mi-bruxellois, mi-newyorkais que nous présentons en solo à Art Brussels, participera à Pékin en novembre à une exposition au musée M-Woods, cofondé par trois jeunes collectionneurs, Lin Han, Wanwan Lei et Michael Xufu Huang." Autre artiste majeur que Hufkens accompagne: Paul McCarthy. Il y a exposé, et profitant d’un show qu’il avait à Pékin, il lui a rendu visite: "Je l’ai vu fasciné par ce monde asiatique."

Quelle est la part de son activité dans cette région du monde? "Cela reste modeste mais l’enjeu n’est pas purement économique: c’est une stimulation. Dans cinq ans, je vous dirai ce qu’il en est." Envisage-t-il des liens plus organiques? "Je n’éprouve aucune nécessité d’ouvrir Hufkens Hong Kong, où beaucoup de galeries européennes ou américaines sont présentes. Réciproquement, les Asiatiques n’en sont pas non plus à ouvrir à Bruxelles, qui possède des atouts, sans offrir l’effervescence de capitales comme New York." Il savoure la serre protectrice bruxelloise, très féconde, "mais il faut ne pas s’endormir et savoir rester attrayant".

Relation intime

Être attrayant mobilise une vingtaine de personnes, à Bruxelles et dans le monde: relations avec artistes, collectionneurs, institutions, accueil à la galerie. "Nous ne sommes pas une entreprise affichant un chiffre d’affaires." Les acheteurs d’art composant des collections pour des poches profondes deviennent-ils un cas d’école? "Les conseillers sont pléthore. C’est facile: il suffit de se proclamer conseiller. En art, la transaction existe depuis des siècles, et ce n’est qu’un aspect. Le rapport avec l’œuvre est la relation la plus intime qui soit. Jamais je ne la confierai à un autre. Je veux regarder, savourer, acheter l’œuvre. Aucun tiers n’a sa place dans ce lien physique et intellectuel. Et quantité de plaisirs échappent au marché: dans les grands musées, tout est à voir, rien n’est à vendre. On n’a pas à posséder pour admirer."

Est-ce Xavier Hufkens le collectionneur ou le galeriste qui parle? "C’est Xavier Hufkens, qui est tout cela. Le galeriste doit d’abord faire abstraction de la dimension pécuniaire. Aucune grande galerie n’existe dans une pensée économique à court terme. Je défends un artiste auquel je crois, sans songer à autre chose. Le reste résulte de la qualité de l’œuvre, du temps. Au début, personne n’aime. Si cela vous affecte, il ne faut pas faire ce métier."

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