L'Echo de Flandre | L'espace retrouvé de Guy Mees

©Guy Mees

Après l'avoir présenté à la Kunsthalle de Vienne, en 2018, la commissaire Lilou Vidal expose le minimaliste flamand Guy Mees au Mu.ZEE d'Ostende. Un abstrait à l'épreuve du réel...

>Jusqu’au 10/3, au MuZEE, à Ostende, Romestraat, 11 (>accès). Google Map

L'expo

Guy Mees - "The Weather is Quiet, Cool and Soft"

Note: 4/5

Lilou Vidal, commissaire

Parvenu au premier étage du Mu.ZEE d’Ostende, on ne tombe pas sur une œuvre mais sur la trace d’une intervention de Guy Mees (1935-2003), témoin de l’avant-garde internationale des sixties et membre de la Nouvelle école flamande. Une photo grand format de l’artiste, en 1970, que l’on devine sous un chapeau en haut d’un pont, projetant une bulle en plexi contenant de l’eau pure dans le canal pollué de Zelzate.

"Water te water" (1970) ©Guy Mees

Figée dans sa chute, son impact imminent réveille notre sensibilité environnementale comme si par quelque action magique, la performance pouvait changer le cours des choses. Mais rien de tout cela dans les faits: la bulle a explosé en entrant dans le canal et l’eau qu’elle contenait s’y est diluée en un éclair. Tel est Guy Mees: grandiose et insignifiant, fulgurant et fragile. Un artiste conceptuel à l’épreuve du quotidien. Mieux, l’artiste joue de cette ambivalence dans la série qui devait le faire connaître, dans les années soixante, "Verloren ruimte" (espace perdu). Avec ces carrés ou ces cercles en deux dimensions accrochés au mur, avec ces cubes ou ces boîtes tridimensionnelles posés à même le sol et rétro éclairés par un néon, avec ces enchaînements de plaques en inox, on retrouve la passion de l’époque pour le monochrome, les formes géométriques, le mouvement et la série.

Guy Mees, "Verloren ruimte", années 60 ©Vildana Memic

Mais il y a un détail qui cloche: ces œuvres sont à chaque fois emmaillotées dans de la dentelle industrielle dont le motif kitsch neutralise la pureté de la forme et multiplie les références implicites. Les néons? des bordels glauques des nationales; la dentelle? les bas nylons qui affriolent la petite bourgeoisie dont l’artiste se moque encore avec une série de six cravates réalisées dans cette même matière synthétique. Guy Mees prend à contre-pied le dogmatisme de l’abstraction en faisant référence au réel. Et cela peut être le mur sur lequel l’œuvre est apposée, comme pour le second volet du "Verloren ruimte".

Une expérience de la perte

Il y a un détail qui cloche: ces œuvres sont à chaque fois emmaillotées dans de la dentelle industrielle dont le motif kitsch neutralise la pureté de la forme.

Très différentes, ces pièces des années 80-90 sont réalisées sur du papier de soie et épinglées directement au mur. Elles portent d’ailleurs les stigmates de précédents accrochages. Dans la série préparatoire "Le temps est calme, frais et doux" (1978), qui donne son titre à l’exposition, on est frappé par la fragilité du support, prêt à s’autodétruire, et par ces éclats de pastels que l’artiste semble ensuite extraire du papier pour les agrandir en bandes monochromes. Des instants colorés, émanant du mur.

Guy Mees ©Isabelle Arthuis

Dans une autre salle, on s’amuse de ces vidéos amateurs, au parfum très seventies, où Guy Mees expérimente toutes les combinatoires possibles entre les chiffres 1, 2, 3, en faisant poser sa famille et ses amis sur des blocs Ytong de 3 tailles différentes et dont il fait varier l’ordre, avant d’en formaliser sur carton la logique aléatoire.

Enfin, une dernière section présente son "Ballet imaginaire" d’aquarelles sur papier-calque et autres motifs découpés en forme de jupettes colorées. Une nouvelle valse-hésitation entre abstraction et référence à un monde perdu.

>Jusqu’au 10/3, au MuZEE, à Ostende, Romestraat, 11 (>accès). Google Map

 

Dans le cadre de l'expo, table ronde à propos de Guy Mees avec Koenraad Dedobbeleer, Wim Meuwissen, Dirk Snauwaert, Philippe Van Snick et Lilou Vidal (commissaire). En français et en néerlandais

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