L'énigme de la simplicité

La nouvelle exposition minimaliste de la Fondation CAB se concentre sur 17 artistes femmes.

Le minimalisme est volontiers associé à l’austérité rationnelle. Au CAB, 17 femmes du monde nous révèlent un dépouillement géométrique vibrant d’émotion visuelle.

Expo
"Figures on a Ground – Perspectives on Minimal Art"

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Fondation CAB, Bruxelles jusqu’au 12 décembre 2020

Le minimalisme est né d’une résistance aux émotions, une forme de détachement, une volonté de s’éloigner des courants dominants des années 1960, l’expressionnisme abstrait et le pop art. Ce courant est longtemps resté empreint de minimâlisme (par ce néologisme, entendez que ce mouvement né aux États-Unis fut surtout l’apanage de figures masculines, Donald Judd, Sol Lewitt, Carl André et quelques autres). Eleonore de Sadeleer, commissaire, rappelle que les premières expositions majeures comme au Guggenheim de New York comptaient peu de femmes, Agnes Martin (1912-2004) étant l’une de ces pionnières. À la Fondation CAB, ce sont 17 femmes du XXe siècle, de tous pays et de toutes époques, qui s’en emparent. 

Le pari du CAB et des deux commissaires, Eleonore de Sadeleer et Evelyn Simons, atteste la force féminine dans l’art minimaliste où priment la matière, la ligne, la couleur, le refus de la narration ou de la figuration.

Elles s’y inscrivent dans le minimalisme en le déplaçant, en interrogeant la spiritualité, le sacré ou la nature. Agnes Martin, par exemple, engage cette nature dans ses lignes fragiles, toutes tracées à la main. Cette nature vibre aussi dans l’œuvre de Gloria Graham (1940 – ), avec son polyptyque de kaolin et graphite sur coton ou l’étonnant travail à la cire sur toile de lin de Jessica Sanders (1985 –), d’une sensualité telle qu’il apparaît comme une peau humaine grossie 100.000 fois. Ces travaux s’écartent de la géométrie pure en gorgeant l’œil d’informations visuelles et chromatiques porteuses d’une vaste charge énergétique. Ce minimalisme-là se veut en quelque sorte un maximalisme.

Liberté de la matière

Le pari du CAB et des deux commissaires, Eleonore de Sadeleer et Evelyn Simons, atteste la force féminine dans cet art où priment la matière, la ligne, la couleur, le refus de la narration ou de la figuration. C’est un jeu optique, un mouvement qui se retranche du monde extérieur en subvertissant silencieusement les matériaux, échappant aux oppositions binaires de l’intime et de l’universel, de l’émotionnel et du rationnel. Il se relie à l’art cinétique d’un Carlos Cruz Diez et à ses jeux de lumière et de mouvement. On songe aussi à Charlotte Perriand, dont les objets de design minimaux, comme la chaise LC4 qu’elle a conçue mais que Le Corbusier a signée, étaient nés d’une observation savante et sensible du corps et de ses positions.

La liberté de la matière est la marque de ce minimalisme féminin désobéissant, qui va de pair avec l’étendue de la palette présentée par le CAB, un festin de surprises pour les yeux.


La liberté de la matière est la marque de ce minimalisme féminin désobéissant, qui va de pair avec l’étendue de la palette présentée par le CAB, un festin de surprises pour les yeux. Dans l’entrée du CAB, la bande élastique de l’Autrichienne Anna-Maria Bogner (1985 – ) matérialise l’espace et ses mouvements avec une économie de moyens jubilatoire. La sculpture anthropomorphe de l’Allemande Charlotte Posenenske (1930-1985) peut être librement agencée par "l’utilisateur". Le monolithe de cuivre de Meg Webster (1944 – ), à l’échelle d’un corps debout, marqué de griffures fait aussitôt songer à celui de 2001. La fresque de Claudia Comte, qui court sur tout le pourtour des murs, conjugue le thème de la disparition avec sa succession de tracés obliques qui forment une onde à la fois chromatique et sonore. À propos de sonorité, tout près de nous, la Belge Ariane Loze nous accompagne avec sa voix dans la vidéo Minimal Art où elle joue elle aussi de la disparition de la matière et de la couleur avec une subtilité insolente.

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