L'homme qui modernisa la Chine

Le pont sur le Fleuve jaune, long de 3 km, le principal ouvrage d'art de la ligne Pékin-Hankou ©Archives Jean Jadot

Jean Jadot a dirigé la construction de la première ligne de chemin de fer chinoise à Pékin et Hankou. 1.200 km pour faire entre l'Empire du Milieu dans le XXe siècle.

En avril 1898, Jean Jadot, ingénieur belge, n'a encore que 37 ans. Mais il a déjà roulé sa bosse dans pas mal de chantiers du chemin de fer qui connait une croissance fulgurante. Le jeune Jadot est issu d'une famille d'ingénieurs surtout du côté de sa mère, la famille Cousin. Il a à peine 25 ans quand il est nommé ingénieur de la Province du Luxembourg en charge des chemins de fer vicinaux. Il y dirige la construction de plusieurs lignes. En 1894, il est repéré par le groupe Empain qui le nomme à la tête des tramways du Caire où il fait ses preuves.

Il présente donc le profil idéal pour la Société d'études de Chemin de fer en Chine. De l'expérience dans la branche, de solides références et rompu aux chantiers "exotiques". Avec l'avantage de n'être originaire d'aucune des grandes puissances politiques de l'époque. Il est donc désigné pour diriger les travaux de construction de la première ligne ferroviaire chinoise d'envergure. 1.200 kilomètres de voies pour relier Pékin à Hankou (Wuhan actuellement).

De Pékin à Hankou: une aventure belge en Chine

du 07 mai 2021 au 10 octobre 2021
Train World, Place Princesse Elisabeth , 5
B-1030 Schaerbeek
****

Une véritable épopée remise en lumière par une exposition très complète au TrainWolrd à Schaerbeek, et illustrée par le travail conjoint de François Schuiten, véritable parrain du lieu et de Li Kunwu, artiste chinois au talent infini de portraitiste du quotidien. La collaboration artistique entre les dessinateurs bruxellois et pékinois fait écho à la collaboration technique de l'époque.

À la fin du XIXe siècle, la Chine sort à peine du Moyen Âge par certains aspects, notamment sur le plan du développement économique. L'immense empire suscite les convoitises des grandes puissances occidentales. Li Hogzhang, vice-roi de Chine, homme fort du régime, veut laver les affronts subis par la Chine en faisant entrer son pays dans la modernité. Une modernisation qui passe d'abord par les transports. À la fin du XIXe siècle, les transports se limitent aux mules, aux caravanes de chameaux ou à la chaise à porteurs. Il mise sur le chemin de fer pour faire basculer son pays dans le XXe siècle. Mais sans l'appui des grandes puissances.

Léopold II, le roi bâtisseur a propulsé la Belgique au troisième rang des puissances économiques occidentales. Il pousse les entreprises belges à investir en Chine et entretient des relations diplomatiques avec le vice-roi qu'il invite en Belgique. Et quand il s'agit d'octroyer une concession pour la construction et l'exploitation de la ligne Pékin-Hankou, c'est vers un consortium belgo-français que la Chine se tourne. Mais dont les Belges détiendront les principaux leviers. Avec Jean Jadot à la tête du projet.

3
kilomètres
Le pont sur le Fleuve Jaune, d'une longueur de 3 kilomètres est l'ouvrage d'art le plus important du chantier, qui en compte des milliers.

"Même si on l'ignore trop en Belgique, le travail de Jadot fut aussi important en Chine que le percement du Canal de Suez!" affirme François Schuiten, cheville ouvrière de l'exposition. Un projet de 7 ans, des milliers de ponts et d'ouvrage d'art, dont la traversée du Fleuve jaune long de trois kilomètres.

Le visiteur de l'exposition déambule entre les locomotives d'époque, monstres d'acier, construits par Cockerill notamment et envoyés en Chine qui écrasent une chaise à porteurs d'époque. Choc de deux mondes. Les vitrines relatant l'aventure succèdent aux costumes de mandarins, les bibelots et sculptures chinois sont disséminés dans le "grenier" qui rassemble une collection d'objets ferroviaires. Et çà et là, des effigies animées de l'impératrice Cixi, de Jean Jadot ou de personnages emblématiques du chantier en expliquent la complexité et le gigantisme.

"Même si on l'ignore trop en Belgique, le travail de Jadot fut aussi important en Chine que le percement du Canal de Suez!"
François Schuiten
Dessinateur et commissaire de l'exposition

Une occasion de (re)voir ce magnifique musée du train, de se rappeler la puissance économique de la Belgique au début du XXe siècle et de prendre la mesure du travail de Jean Jadot, qui deviendra par la suite Gouverneur de la Société générale de Belgique.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés