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Alexander McQueen tout en dentelle au MoMu d'Anvers

La veste d'Alexander McQueen pour Givenchy dans l'expo "P.LACE.S" au Musée Plantin-Moretus. ©MoMu Anvers - Stany Dederen

Avec sa dernière expo, le ModeMuseum se permet une intrusion d’une rare élégance: "P.LACE.S" se déroule à partir du MoMu pour glisser des créations en dentelle dans quatre autres endroits anversois.

Le concept d’une expo répartie sur cinq sites nous fait d’abord hésiter: trop physique, maintenant qu’on n’a plus la forme du confinement, quand on marchait avec engouement? Hasardeux, vu notre sens de l’orientation, inexistant? On consulte notre oracle, Google Maps, qui nous rassure (max. 10 minutes à pied entre chaque endroit), et on se lance. Direction le ModeMuseum d’Anvers pour le départ de "P.LACE.S", un intitulé qui gagne en grâce une fois décodé: on s’apprête à voir de la dentelle ("LACE") dans différentes "PLACES".

Dès son apparition au XVIe siècle, la dentelle est une marque de pouvoir et d’opulence: sa fabrication à l’aiguille ou aux fuseaux est une affaire onéreuse, avec le rayonnement esthétique et symbolique comme seul objectif.

Première halte au MoMu, un grand dressing avec des cabinets remplis de cols, de rabats de cravate et de manchettes en dentelle. Dans son portrait peint en 1625, le fils d’un riche Anversois, Frans Vekemans, 4 ans, nous montre comment porter ces attributs: aux bords des vêtements, comme ornement – et avec un air de supériorité. Dès son apparition au XVIe siècle, la dentelle est une marque de pouvoir et d’opulence: sa fabrication à l’aiguille ou aux fuseaux est une affaire onéreuse, avec le rayonnement esthétique et symbolique comme seul objectif. Pourtant, on n’aurait aucune peine à trouver une fonction pratique à certains accessoires, comme cette imposante coiffe de près d’un mètre de diamètre, un halo blanc qu’on adopterait bien pour cultiver la distance sociale avec élégance.

Le deuxième volet au MoMu nous plante dans le présent. De nos jours, la dentelle peut se créer par l’impression 3D ou la découpe laser, deux procédés permettant de reproduire les effets décoratifs de fils entrelacés. La reine du genre? Iris van Herpen, qui use des dernières technologies pour rendre vaporeux ou translucide un vêtement solidement construit, en collaboration avec des architectes et des spécialistes du design computationnel.

La perfection de McQueen

Cap sur la prochaine étape de "P.LACE.S": le Musée Plantin-Moretus, la résidence et imprimerie de la famille du même nom. Le dialogue entre la dentelle ancienne et ses réinterprétations s’y poursuit, et comment! Au fond d’un salon, on aperçoit une robe Dior ornée de découpes d’organza, entourée d’archives relatives au commerce de la dentelle à l’âge d’or de la ville. Mais notre vrai coup de cœur se niche dans la bibliothèque: parmi les reliures trône une veste parfaitement modelée d’Alexander McQueen, envahie par un lumineux col en dentelle. De la délicatesse dans un décor de bibliophile, ou comment orchestrer une mise en scène qui fait culminer la haute couture.

À la Maison des Orphelines, on nous dévoile les secrets des procédés artisanaux et high-tech à travers des vidéos, des outils et quelques produits finis.

Notre troisième destination n’est pas un musée, mais l’église Saint-Charles-Borromée. Mauvais timing: un mariage a lieu au moment où on débarque. Pour notre reportage, on hésite à dépasser le couple pour accéder à la dentelle liturgique, mais on finit par avoir la politesse de continuer notre chemin. Google nous guide alors vers la Maison Snijders&Rockox, un ensemble de demeures patriciennes du XVIIe siècle. On commence à connaître le principe, ce qui n’ôte rien à la magnificence de ce qu’on voit: en vitrine, des textiles fourmillant d’entrelacs, au mur, des collerettes peintes par Rubens, et sur le sol, une fabuleuse traîne en dentelle de Theyskens.

Devant la virtuosité des pièces exposées, on se pose des questions quant à leur réalisation. Ça tombe bien – la cinquième et dernière halte, la Maison des Orphelines, a longtemps abrité un atelier où s’affairaient de jeunes dentellières. On nous y dévoile les secrets des procédés artisanaux et high-tech à travers des vidéos, des outils et quelques produits finis. La cerise sur le gâteau d’un parcours sublime, qui se vit comme une poursuite du précieux à travers les rues de la cité scaldienne.

“P.LACE.S”

Jusqu’au 2 janvier 2022

Momu

Note de L'Echo:

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