La discothèque, c'est design

©ADAM-Brussels Design Museum

Les Brussels et Vitra Design Museums présentent la première grande expo sur le design du nightclub.

Dites "Night Fever", et le tube des Bee Gees vous reviendra illico en tête. Accompagné ou non d’images de John Travolta glissant sur le sol lumineux de la discothèque chère à Tony Manero. Ça tombe bien: cette scène tirée de "Saturday Night Fever" tourne en boucle sur un écran posé au milieu de l’exposition proposée par l’Adam, en coproduction avec le Vitra Design Museum de Weil am Rhein en Allemagne. "Night Fever" se penche sur le design de la club culture des années 60 à nos jours. "Aucune exposition n’a jamais été consacrée à ce sujet, commente Mateo Kries, le directeur du Vitra. Du moins de manière aussi large. Le terme ‘design’ n’est d’ailleurs pas à prendre au sens strict. Nous voulons saisir ce qu’est vraiment le ‘phénomène’ night club. Entre autres choses dans une expression aussi immatérielle que ‘l’atmosphère’ des discothèques."

©ADAM-Brussels Design Museum

Si "La fièvre du samedi soir" fit un carton au box office en 1977, c’est peut-être aussi à cause du "message" véhiculé par cette plongée dans la vague disco. En cette fin des années 70, les laissés-pour-compte de la société de consommation peuvent (éventuellement) s’élever grâce à un talent personnel – un talent artistique comme la danse.

Depuis qu’elles existent, et plus particulièrement depuis les sixties, les discothèques ont toujours été davantage que de simples pistes de danse. Prenez, par exemple, l’Haçienda, à Manchester, fondée en 1982 par Tony Wilson, patron du label Factory (Joy Division, New Order, Happy Mondays, les Belges The Names,…). Baptisée d’après un slogan des situationnistes, l’endroit est d’abord un temple de la new wave, puis de la techno et de l’acid house. Ensuite, il vibre au fameux son des groupes locaux – le style "Madchester" incarné par les Happy Mondays, Stone Roses et autres Charlatans. Installée dans l’ancien entrepôt d’un magasin pour amateurs de yachts, l’Haçienda est alors aménagée par l’architecte d’intérieur Ben Kelly et le designer maison du label Factory, Peter Saville.

En s’attachant à des lieux devenus emblématiques voire mythiques, comme le Paradise Garage et le Studio 54 à New York, le Berghain et le Tresor à Berlin, Les Bains Douches à Paris ou le Mirano à Bruxelles, l’expo montre que l’entertainment, la nightlife et la club culture, c’est aussi une histoire du design et du graphisme, de l’architecture, de la création musicale, de la technologie, de la mode, de la sociologie.

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Le Ku de Moebius à Ibiza

À deux pas des créations vestimentaires de Walter Van Beirendonck, on peut ainsi (presque) tapoter sur les touches d’une Roland TR-808, "ze" boîte à rythmes sans laquelle il n’y aurait peut-être jamais eu de "Sexual Healing" ni de "French Kiss". C’est s’apercevoir que l’immense Jean Giraud alias Moebius a un jour dessiné une affiche pour le Ku à Ibiza (aujourd’hui devenu le Privilege), le plus grand club du monde des années 80, d’après le Guinness Book. C’est découvrir que Jim Henson, le créateur des Muppets, avait lui aussi "pensé" un lieu pas comme les autres et aligné les croquis. C’est découvrir qu’il n’y a pas de limite en matière de création de flyers devant le piège à souris et sa capsule de nitrate d’amyle, invitation à la "Gnarly party" de l’Area à Manhattan. On est pris de vertige devant le champ de réflexion parcouru par le Radical Design, ces architectes italiens qui firent de l’éphémère Bamba Issa, au début des années 70, une discothèque autant qu’un manifeste social et politique.

©ADAM-Brussels Design Museum

"Night Fever" est appelée à s’étoffer encore. En mars prochain, la scène belge fera ainsi l’objet d’un focus spécifique, au travers de posters, d’affiches et de flyers des années 70 à 2010. Cette collection ne dépareillera pas la Brussels Club Map déjà disponible, pour qui chercherait, après son passage par l’Adam, à (re)plonger dans ce qui a fait et fait toujours la vie nocturne de la capitale.

Jusqu’au 5/5/19: www.adamuseum.be.

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