La mer vue du ciel

©© Antoine Rose

À la galerie Manzel, le travail remarquable de deux jeunes photographes dont l’approche, le point de vue diffèrent complètement, mais que réunit la même volonté d’utiliser la photo comme une sorte de pinceau moderne…

Antoine Rose présente un travail vertigineux: et pour cause, ses grands tirages couleur sont pris d’hélicoptère à la verticale, l’artiste se trouvant au-dehors harnaché. Des photographies de skieurs à Saint-Moritz l’hiver, de Miami ou de Coney Island l’été. Sans aucune retouche numérique, simplement par manipulation chromatique en rehaussant quelque peu le contraste, le photographe leur procure une impression de surexposition qui irise légèrement les couleurs. Des photos sans ciel qui donnent une sensation d’aplat, de peinture naïve quand dans "The Circle", malgré des flots invisibles, les plagistes ont l’air de flotter sur une mer de sable.

©© Antoine Rose

Outre leur beauté formelle, ces "peintures" acquièrent une dimension sociologique, voire anthropologique, dans la série "Insectarium". Rangés par couleur, les plaisanciers ont en effet l’air de petites fourmis: soldats pour celles se trouvant sous les parasols rouges, et bleus pour les ouvrières?

La plus récente série dans cette œuvre rare (une cinquantaine de clichés en six ans seulement, vu la difficulté technique et administrative) est constituée de prises de vues aériennes de New York la nuit qui évitent elles aussi les problèmes de parallaxe. Celle de Time Square est fascinante: sa lumière incandescente semble irriguer comme un cœur lumineux les artères environnantes. "On tilt" évoque un flipper dans sa description nocturne et illuminée de la pointe sud de Manhattan où est située Wall Street. Un titre justifié par le fait qu’il s’agit d’une expression caractérisant un cambiste qui va trop loin, genre Kerviel…

Tout autre est le travail de Bruno Timmermans. De grands portraits d’icônes actuelles comme Aung Sank Suu Kyi ou Clint Eastwood… Tous ces visages sont posés sur fond noir et dans des formats imposants.

La grande différence est que ces photos n’existent pas; il s’agit de créations digitales soufflantes réalisées par Photoshop à partir de clichés récupérés sur internet. Sur chaque visage ainsi reconstitué s’inscrivent de multiples tatouages qui racontent l’histoire – parfois critique – de cette icône: la médaille d’or à Londres pour Usain Bolt, le drapeau américain pour Eastwood, ou le symbole du groupe Queen pour Lady Gaga qui tire son nom d’un tube de la bande à Mercury.

Posé sur un fond de mur craquelé photographié cette fois par Timmermans, ce visage virtuel, doublé de cette cartographie historique du sujet, permet de réfléchir à l’éphémère de nos icônes actuelles. Dans le cas de Jeff Koons, de s’interroger même sur les liens de consanguinité qui unissent François Pinault et l’artiste américain. La série la plus récente de l’artiste évoque les yakuzas, les bikers et les Maoris, des "tribus" qu’il décrit encore par leurs tatouages, de façon numérique et cette fois générique sur base du dessin exécuté par ses soins à partir d’une palette graphique.

"Insectarium" d’Antoine Rose, "Tatouages" de Bruno Timmermans jusqu’au 11 avril à la Mazel Galerie, rue Capitaine Crespel 22 à 1050 Bruxelles. Du mardi au samedi de 11 à 19h. Rens.: 02 850 29 28 www.mazelgalerie.com

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