La Villa Empain se mue en maison de lumière

Erwin Redl, "Fade Villa Empain"

À la Fondation Boghossian, "The Light House" est une plongée dans l’histoire millénaire de la lumière, qui remonte jusqu’à nous à travers quarante œuvres d’artistes vivants. Illuminations.

Sur son lit de mort, Goethe eut ces derniers mots fameux: "Mehr Licht", ou plus de lumière. Certains ont voulu entendre un appel à plus de Lumières, c’est-à-dire de connaissances. D’autres ont cru à un constat devant la mort: "Mehr Nicht", ou rien de plus, c'est fini. En fait, Goethe, qui passa sa dernière soirée à discuter avec sa belle-fille de phénomènes optiques, lui aurait dit: "Ouvre le volet de la chambre pour qu’entre plus de lumière". Où l’on voit que les jeux des lumières vont de pair avec les jeux des mots.

Expo

"The Light House" (Commissaire: Louma Salamé)

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Fondation Boghossian, Bruxelles,

jusqu’au 18.04.2021

Avec "The Light House" (le phare), c’est à ces jeux-là que nous convie la Fondation Boghossian, en se muant en Maison de Lumière qui couvre soixante ans de représentations et manifestations de la lumière, invitant le visiteur-regardeur à redécouvrir les informations fournies par ses sens.

Dans le grand hall de la fondation se dresse une pyramide-torrent de néons où Mounir Fatmi a inscrit le texte de la 24e sourate du Coran, en anglais et en arabe. La lumière est si forte qu’elle rend ce texte presque illisible. Fatmi raconte: "Il y avait à la maison un Coran que nous n’avions pas le droit d’ouvrir, car nous étions trop impurs. Mais à côté de ce Coran, il y avait une photo du Roi [du Maroc], et j’ai longtemps cru qu’il était un membre de la famille." Avec "Light and Darkness", l’Écossais Charles Sandison offre un mur panoramique de mots de lumière qui s’agglomèrent et migrent telles des amibes sous le microscope, au gré d’algorithmes, cristallisant cette phrase de Virginia Woolf dans "La Promenade au phare": "Une lumière ici requiert une ombre là-bas".

Mounir Fatmi

La Syro-Hongroise Róza El-Hassan nous convie ensuite à un autre jeu de mots, "Lichtmahl", Repas léger ou Repas de lumière: des lampes nichées dans des fruits et légumes joue sur le nourrissement de la lumière, si cher aux abeilles.

"Une lumière ici requiert une ombre là-bas."
Virginia Woolf
dans "La Promenade au phare"

L’installation majestueuse de l’Autrichien Erwin Redl, "Fade Villa Empain", dans la chambre de la villa, transforme l’espace avec son rideau de LED rouges, tel le rideau liquide que Tintin franchit dans le Temple du Soleil (une autre affaire de lumière), comme une seconde peau, la peau sociale qui enveloppe et unit les visiteurs évoluant dans l’installation.

Il y a aussi de la drôlerie dans cette Light House, avec "Eternal Contradiction" du Chilien Iván Navarro, un caisson habité par un miroir et un miroir sans tain, où le mot ME (moi) devient WE (nous), ou son "Antifurniture", un panneau de basket en néon rouge.

Enfin, le "Prism Wall" du Japonais Kaz Shirane décompose toute image de soi dans son kaléidoscope de miroirs sphériques convexes, où le moindre décalage par rapport au centre l’image bouleverse notre image du corps.

Kaz Shirane, "Prism Wall"

Maison triple

"The Light House" fait maison triple. La première réunit dix-neuf artistes contemporains du Japon, du Liban, de Corée du Sud, de Palestine, du Maroc, des États-Unis ou de Belgique, qui ont réalisé des pièces et installations in situ, pour "The Light House". La seconde est un chemin de lumière qui transforme l’avenue Franklin Roosevelt: un film opalescent bleu recouvre, le temps de l’exposition, les lampadaires. Enfin, "The Light House" investit symboliquement d’autres maisons exposant "CMYK Corner", l’œuvre de Dennis Parren (le Wiels, Bozar, le SMAK, mais aussi notamment l’IMA (Paris), le MUDAM (Luxembourg), le Parajanov Museum (Yerevan), le Sursock Museum (Beyrouth).

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