Le BAM explore le champ des possibles

©Rino Noviello.

Dans la rétrospective de Niki de Saint Phalle aux Beaux-Arts de Mons (BAM), une œuvre est produite avec Hovertone, jeune société montoise, pour une nouvelle approche de la médiation culturelle.

Si on parle couramment de transversalité entre différentes disciplines créatives, la transversalité entre le monde culturel et celui de l’entreprise est plus rare. Le BAM de Mons, soucieux de ne pas passer à côté de la révolution technologique en cours, se présente comme un pôle dynamique vers lequel peuvent converger différents secteurs d’activités montois. La volonté est de "positionner le BAM comme acteur au cœur de la société, là où on ne l’attend pas", explique Xavier Roland, directeur du musée.

Le BAM prend le parti d’évoluer avec son environnement. L’objectif est à la fois de dynamiser la région de Mons et son potentiel entrepreneurial et de dynamiser le concept même du musée. C’est-à-dire selon Xavier Roland, "transformer la créativité en terrain de jeu. L’idée de participation du public est très importante". La dynamique de cette mutation du musée se base sur deux autres mutations, l’une entrepreneuriale, l’autre académique. En effet, alors que traditionnellement les entreprises fonctionnaient en scénario descendant (top-down) où la direction prend une décision de création de produit ou service et transmet les instructions aux exécutants pour la mise sur le marché, aujourd’hui le modèle s’inverse en bottom-up où les entreprises se mettent à la place du client et tentent de trouver le meilleur produit possible pour remédier à ses problèmes ou besoins. D’un autre côté, les universités, auparavant tenues par des impératifs de publications, sont aujourd’hui "évaluées selon le nombre de start-ups qui en sortent", a constaté le directeur.

Désacraliser l’art muséal pour lui redonner vie autrement.

L’objectif de dynamisme du BAM profite donc à l’université de Mons qui voit ses étudiants, des entrepreneurs tentant de percer, soutenus par le musée. Pour être plus précis, le BAM collabore avec l’industrie créative, c’est-à-dire les secteurs d’activité ayant comme objet principal la création, le développement, la production, la diffusion ou la commercialisation de biens, de services et d’activités qui ont un contenu culturel, artistique et/ou patrimonial. Cette collaboration profite également au BAM qui vit donc une transformation singulière dans le paysage culturel belge ou même européen. En fonctionnant par appel à projets encore très ouvert, le musée tente de répondre avant qu’elle n’arrive à une potentielle désuétude de l’institution.

C’est entre autre le jeune public, qui a intégré très tôt les possibilités qu’offrent les nouvelles technologies, qui est visé dans ce type de programme. Un programme qui se veut séduisant, désacralisant en un sens l’art muséal pour lui redonner vie autrement. Mais, comme le précise Bérengère Fally, project manager pour le Museum Lab, "l’entreprise développe un projet et on l’intègre pour le tester. L’objectif final est un prototype commercialisable, pas uniquement dans le monde muséal". Le musée profite donc des innovations et des idées des entreprises locales résidentes, "un laboratoire où se croisent différents publics que l’on interroge pour récolter leurs réactions et pouvoir en faire part aux jeunes entreprises en résidence", explique Bérengère Fally.

Tirer au laser pour se glisser dans le geste de l’artiste

L’un des exemples les plus marquants de ce type de processus est l’exposition "Ici tout est possible" qui a actuellement lieu. Une plongée dans le monde de l’iconique Niki de Saint Phalle, exposée dans la ville de Mons et faisant l’objet d’une performance participative, où le spectateur est invité à reprendre le geste du "tir" de l’artiste (elle tirait au fusil sur des surfaces blanches recouvertes de ballons remplis de couleurs). Cette fois avec un fusil à rayon laser qui permet le même effet de coulée de couleur. Cette performance a été réalisée par Hovertone, une société montoise dont les innovations sont notamment suivies par Apple (certaines de ses applications ont été mises à l’honneur lors des keynotes de l’entreprise américaine). Le tir est une expérience qui se veut immersive, ambitionnant de permettre à un jeune public de sentir le processus de Niki de Saint Phalle. Ce nouveau design de médiation culturelle pose la question de la place d’un musée dans la société, de ses alliances et de la place du spectateur qui profite de l’innovation tout en étant un panel de test.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés