Le CBBD entre dans l'ère du musée 2.0

Les statues se mettent à parler au CBBD

Comme d'autres institutions, le Centre Belge de la Bande Dessinée se dote d'une application de réalité augmentée pour rendre la visite plus riche et plus ludique.

Dès le hall d'entrée du bâtiment Horta qui abrite le Centre Belge de la Bande Dessinée, le visiteur est accueilli par quelques statues qui semblent le saluer. Sur les coursives, les planches et dessins originaux des collections permanentes s'étalent sur les cymaises et dans les vitrines. Çà et là, au pied des statues, sur une colonne de fer ou à côté d'un crayonné des pictogrammes de couleurs équipés de code QR ont fait leur apparition.

Le 1er juillet prochain, le CBBD lancera officiellement une application pour agrémenter la visite grâce à la réalité augmentée. "L'objectif est double", explique Isabelle Debekker, la directrice générale du CBBD, "rendre la visite plus ludique et apporter un supplément d'informations au visiteur." De quoi attirer le visiteur durant l'été avec de nouveaux arguments, au moment où le musée en a franchement besoin.

"Il est important que la technologie ne prenne pas le pas sur la visite elle-même."
Isabelle Debekker
Directrice du CBBD

La réalité augmentée ouvre en effet des champs gigantesques à l'expérience de la visite. Jusqu'ici, l'apport multimédia et l'interactivité dans les musées se limitaient souvent au lancement de vidéo ou d'animation dans un lieu précis et fixe. Avec la réalité augmentée, le visiteur se balade à son rythme et découvre un enrichissement lorsqu'il survole un élément de l'exposition avec son smartphone.

Ludique et pédagogique

Concrètement, dans le cas du CBBD, le scan du QR code au pied des statues fera apparaître des phylactères avec un complément d'informations. Dans les vitrines, certaines planches s'animent, pour montrer par exemple, les différentes étapes du travail graphique, de l'esquisse à la mise en couleur. Voilà pour les exemples d'apports d'information.

"La BD est un univers tellement riche et varié, qu'il est difficile de se limiter à un seul type d'animation."
Patrice Gautot
Concepteur de l'application

Pour le côté ludique, des pictogrammes sont dissimulés un peu partout dans les salles, les coursives ou les mezzanines du bâtiment. L'objectif est ici "d'attraper" une quinzaine de personnages de BD qui apparaitront sur écran, tout au long de son parcours.

Avec le quatrième module proposé sur l'application, on entre de plain-pied dans la réalité virtuelle. Quatre "portails" donnent accès à l'atelier du dessinateur Romain Renard, au bureau de Blacksad, le chat détective de Guarnido et Diaz Canales ou encore au village des Schtroumpfs.

Rester convivial et familial

L'application a été réalisée, avec le soutien financier de VisitBrussels, par le bureau Big Bad Wolf, spécialisé dans le design 3D et la réalité virtuelle, sur une conception de Patrice Gaudot (Bagarang Productions). "La technologie de la réalité augmentée ouvre des champs incroyables pour enrichir les visites. Mais la médaille de la créativité a son revers", prévient-il. "La BD est un univers tellement riche et varié, qu'il est difficile de se limiter à un seul type d'animation. Mais il faut rester réaliste et pragmatique."

"Il est important que la technologie ne prenne pas le pas sur la visite elle-même", confirme Isabelle Debekker. "Et de ne pas enfermer le visiteur dans une bulle autour de son smartphone. La visite d'une exposition doit rester un moment familial et convivial."

L'application, disponible en trois langues sur Android et iOS dès le 1er juillet, est donc, dans un premier temps au moins, volontairement limitée aux collections permanentes du musée. Mais elle pourra évidemment s'enrichir de contenus supplémentaires au fil du temps.

"Ne pas se limiter au Waw-effect!"

Le Musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) se lance également dans la réalité augmentée et entre dans l'univers du musée 2.0. L'institution montoise travaille déjà depuis quelque temps sur le sujet, dans le cadre notamment du Museum Lab, qui accueille des entreprises en résidence technologique pour effectuer des recherches dans ce secteur. En collaboration avec des centres universitaires. Le musée a notamment adapté la technologie de "l'eye catching", utilisé dans la pub, pour analyser la lecture d'une œuvre picturale.

Mais Xavier Roland, directeur du BAM se veut avant tout pragmatique: "la technologie ne doit pas se limiter au 'Waw-effect' et en jeter plein la vue. Il faut qu'elle supporte l'histoire que nous voulons raconter pour apporter une plus-value au visiteur. C'est sans doute très amusant de voir un tableau s'animer comme dans 'Harry Potter' mais pour raconter quoi?"

Dans le cadre de la rétrospective Botero qui s'ouvrira le 8 octobre prochain en marge de la Biennale de la FWB, le BAM lancera un "serious game", qui repose évidemment en grande partie sur la technologie. "La réalité virtuelle et augmentée ne remplace pas la visite, elle la prolonge et la complète", précise encore Roland. Savant cocktail de création artistique (les textes et le scénario ont été confiés à François Salmon), d'histoire et de technologie, l'application permettra au visiteur de préparer sa visite en lançant le jeu de chez lui, pour le poursuivre au BAM et même au-delà, par des prolongements au musée de Tournai. Sans compter que l'expérience pourra s'enrichir et se renouveler, comme dans tout bon jeu vidéo.

"La technologie devient un outil abordable pour raconter une histoire où le musée n'est qu'un passage. Pour fidéliser le visiteur et attirer son regard de manière ludique et scientifique aussi, parce que le musée s'inscrit dans une histoire vivante, pas dans une histoire morte."

Le résumé

  • Le Centre Belge de la Bande Dessinée propose une application de réalité augmentée.
  • La technologie permet d'enrichir la visite de manière ludique et pédagogique.
  • Chasse aux héros, visites virtuelles, animations, le musée offre un autre visage à travers l'écran du smartphone.

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