chronique

Le corps à l'écoute

Le son n’est pas qu’une affaire d’oreilles. On peut le voir, le toucher, être habité par lui. C’est ce que cette exposition d’art sonore cherche à faire expérimenter. En livrant le visiteur à lui-même.

Avec l’exposition "Où sont les sons?", la Centrale for Contemporary Art propose aux visiteurs d’interroger et de confronter leurs perceptions face aux dispositifs plastiques et sonores de 16 artistes. Cette exposition est le fruit d’une carte blanche proposée par la Centrale à Overtoon, une plateforme bruxelloise de production et de diffusion sonore fondée par Aernoudt Jacobs et Christoph De Boeck. Ces derniers ont choisi pour commissaire une spécialiste canadienne, Nicole Gringas. C’est elle qui a sélectionné les artistes présentés, belges et internationaux.

"Où sont les sons?" propose de révéler des aspects propres à l’écoute au travers des œuvres qui font du spectateur autant un auditeur qu’un contemplateur. "Je travaille essentiellement sur des projets d’arts médiatiques et d’arts cinétiques, sur la relation entre l’image et le son. Ce qui m’intéresse, c’est la question de la trace, la mémoire du corps. J’ai réfléchi aux artistes que j’allais inviter en fonction de l’espace de la Centrale, de son architecture, car chaque son est indissociable de l’espace dans lequel il est entendu", explique Nicole Gringas. L’exposition veut donc démontrer qu’il est non seulement possible d’entendre un son, mais aussi de le voir, de le toucher, voire d’en être habité.

Cliquetis et bruissements

Concrètement, l’espace de la Centrale est donc occupé par une série de dispositifs, datant des années 80 à aujourd’hui, ressemblant pour la plupart à des machineries mystérieuses plus ou moins élaborées, parfois composées d’éléments très hétéroclites dont on s’approche avec un mélange de curiosité et de défiance… Cliquetis et bruissements mystérieux font tendre nos oreilles et attirent nos regards. "C’est une exposition qui se veut très organique, il y a beaucoup d’échos, de résonances, que ce soit au niveau sonore ou au niveau graphique… Les gens vont se mouvoir dans cet espace et découvrir les résonances. Je vois cette exposition comme une grande composition où chaque œuvre fait lien avec les autres et où on retrouve plusieurs niveaux d’information", commente la commissaire.

©rv

Au sol ou suspendues, les œuvres-machines sont là pour être observées, mais aussi, pour certaines du moins, pour être expérimentées. Ainsi, "Music for the Eyes" de Rolf Julius ("une figure emblématique de l’histoire de l’art sonore", signale Nicole Gringas); de la musique à écouter avec les yeux. Allongez-vous et posez les deux petits haut-parleurs sur vos paupières… La musique entendue est censée vous évoquer des images. Quelques pas plus loin, semblable à un ancien poste de téléphonie, la machine de Katerina Undo, "W/Hole Expansion" qui permet d’écouter les sons avec le corps. Ici, il s’agit de fixer une grande tige en métal dans un des trous et de glisser la tige en question entre ses dents tout en se bouchant les oreilles. On découvre alors qu’on peut entendre les bruissements plus ou moins distincts d’une conversation uniquement par la bouche. Étonnant!

"Je ne suis pas le type de commissaire qui va prendre le visiteur par la main. […]Le visiteur doit expérimenter par lui-même." Nicole GringasCommissaire de l’exposition

Les "matières en suspension" d’Anne-Françoise Jacques ressemblent à des bricolages élaborés d’enfants faits de bric et de broc. Une observation minutieuse permet de percevoir les lents mouvements et les sons qu’ils produisent. Sur un mur, trois sculptures immaculées, sorte de grands origamis en papier. Ce sont les "Folding" de Lawrence Malstaf qui se meuvent et craquent seulement à l’approche du visiteur.

Un peu perdus

Alors que le principe de l’ensemble est très intéressant, malheureusement, si un semblant d’explications il y a, c’est de manière trop discrète ou insuffisante et le visiteur se sent vite perdu, ne sachant quoi faire, quoi voir ou quoi écouter. L’exploration est (trop) vite terminée et on peut se sentir frustré. "Je ne suis pas le type de commissaire qui va prendre le visiteur par la main, nous avait prévenus Nicole Gringas. La problématique abordée porte sur les traces que les sons laissent dans un espace, dans nos corps et dans notre imaginaire. Le visiteur doit expérimenter par lui-même." Mais une contextualisation et quelques explications, pour un domaine aussi particulier que celui de l’art sonore, ne seraient pas de trop…

"Où sont les sons"
Jusqu’au 10 septembre à la Centrale for Contemporary Art, 44 place Sainte-Catherine à 1000 Bruxelles. Du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h00. Visite guidée offerte le premier dimanche du mois à 11h30. Rens.: 02 279 64 35
ou www.centrale.brussels.be.

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