Le Diva à Anvers expose les trésors de deux entrepreneurs excentriques

Tabatière sertie de pierres précieuses en or et chrysoprase ayant appartenu à Frédéric le Grand Berlin vers 1765. ©Rosalinde and Arthur Gilbert Collection, V&A

Tout ce qui nous manque en ce moment – du voyage, de la splendeur, de la society et du high tea – se retrouve au Diva, qui accueille une exposition prestigieuse du Victoria and Albert Museum de Londres.

Parmi les endroits au monde qui nous manquent le plus, il y a le Victoria and Albert Museum à South Kensington (votre dévouée ne s’est toujours pas remise de leur exposition sur les paquebots de luxe, avec son transat du Titanic et son environnement sonore nous transportant sur la proue d’un bateau).

Une consolation en ces temps où la Manche, le Brexit et une pandémie nous séparent des Anglais: les expositions itinérantes, qui font venir le V&A à nous. Hop, on embarque dans un train pour Anvers – en fermant les yeux, on se croirait dans un Eurostar au ralenti – direction le Diva, musée du diamant, de la bijouterie et de l’argenterie, qui accueille "Masterpieces in Miniature".

Objets précieux

Première découverte, le V&A ne nous envoie pas seulement de l’art appliqué et décoratif, mais aussi deux émissaires excentriques: Rosalinde et Arthur Gilbert, à l’origine de la collection présentée. Ce couple d’entrepreneurs anglais a d’abord fait carrière dans la mode pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de troquer le fog londonien pour le soleil californien. Depuis Beverly Hills, ils font fortune dans l’immobilier et se mettent à acquérir des objets précieux.

La présentation ne s’intitule pas "Masterpieces in Miniature" pour rien – on constate que les Gilbert ont surtout jeté leur dévolu sur des objets anciens en format XS.

À l’entrée de la visite, on est reçu par Arthur Gilbert en personne (du moins, sa figure en cire, commissionnée de son vivant), en tenue de tennis jaune canari. Une fois les présentations faites, place à la collection, agrémentée par la recherche du V&A et les anecdotes du couple – on apprend notamment que les grilles de la cathédrale de Kiev achetées par Arthur avaient d’abord été reléguées au garage par Rosalinde.

Arthur et Rosalinde Gilbert, vers 1950, image du catalogue "Masterpieces in Miniature", p. 9.

Richesse du détail

Ces grilles massives font cependant figure d’exception au sein de l’exposition. Non pas au vu de leur dépôt initial un peu particulier, mais parce qu’il s’agit d’un ensemble de grande taille. La présentation ne s’intitule pas "Masterpieces in Miniature" pour rien – on constate que les Gilbert ont surtout jeté leur dévolu sur des objets anciens en format XS. Probablement pas par manque de place mais peut-être parce que l’infime cristallise le savoir-faire. Tabatières en or, portraits miniatures en émail, micromosaïques en verre, boîtes à thé en argent découpé, soudé, coulé, ciselé… Quelle que soit la matière travaillée, c’est dans la richesse du détail que le luxe se livre.

La collection des Gilbert se compose de près de 1200 objets, dont une centaine ont été réunis au Diva.

D’ailleurs, dans les années 1970, Arthur avait coutume de proposer des loupes à qui venait admirer sa collection. Celle-ci se compose de près de 1200 objets, dont une centaine ont été réunis au Diva au fil de différentes sections. On commence par les micromosaïques avant d’enchaîner avec l’argenterie, et pour finir, les objets de vertu. Parmi les incontournables présentés à Anvers, citons le vase à boire en forme de perdrix, fait de nacre et de vermeil, orné de rubis et d’émeraudes. Un joyau de la Renaissance nordique, que le Diva compare avec le hanap en forme de chouette de ses propres collections.

Hanap perdrix, Georg Rühl, Nuremberg, 1598-1602. ©Gilbert Collection, V&A

Outre leur beauté éblouissante, les trésors des Gilbert brillent de par leur provenance: la tabatière en chrysoprase a appartenu à Frédéric II de Prusse, les grilles de cathédrale seraient un cadeau de Catherine la Grande… De quoi réveiller le Stéphane Bern qui sommeille en nous. Et si on pousse le bouchon un peu plus loin, on peut même faire le lien entre histoire et actualité. Un cartel nous indique que la tabatière en or sertie de diamants roses fut offerte à l’Anglais Nathaniel Dimsdale pour le remercier d’avoir vacciné la famille impériale de Russie contre la variole. Un cadeau riche en carats comme levier pour stimuler la vaccination? Ça nous parle.

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