Le fleuve des trois musées

Portrait de Tonia Stieltjes de Jan Sluijters, exposé au Mudel

En cette période singulière qui a refermé nos frontières, trois musées conjuguent le thème du huis clos dans l’art des deux derniers siècles.

La Lys (Leie en néerlandais) prend sa source en France, rejoint l’Escaut à Gand et fut le lieu d’une bataille sanglante en mai 1940. C’est une rivière marquée par les frontières que l’on ferme, que l’on combat, que l’on ouvre. Sous le titre "Huis clos", cette 7e Biennale de Peinture se penche sur l’intérieur, et sur l’extérieur qui va de pair. Le huis clos désigne les portes fermées, le secret, mais aussi un jugement sans public. Ironie des événements, ce titre bien antérieur à la crise que nous traversons revêt ici une autre résonance.

7e Biennale de la Peinture

«Huis clos»

♥ ♥ ♥ ♥

Jusqu’au 18 octobre 2020

Au Musée Dhondt-Daenens, l’architecture des lieux, avec le puits de lumière du patio central et les angles des salles fendus comme des meurtrières vitrées, décline ce huis clos. Antony Hudek, directeur genevois nommé en février, insiste sur la volonté de "décentrer l’intériorité, d’échapper à une intimité normative, domestique, hétérosexuelle, occidentale", notamment en faisant la part du vide que l’Occident a en horreur. Ce vide devient visible avec la Suédoise Mamma Anderson, qui fait entrer dans sa toile des images sources où elles affleurent à l’état de souvenirs. Deux grandes figures de Luc Tuymans, un salon et une toiture, partagent la rayure, le barreau, signes d’enfermement ou de mise à distance. Le "Salon" (1912) inachevé de Rik Wouters trahit toute la fragilité d’un intérieur d’avant-guerre. Et l’insolente "Braguette" de Marie-Fleur Lefebvre, attribut masculin ici très féminin, entrouverte du sol au plafond, trace une fente inspirée de Lucio Fontana, fermée par un fragile hymen de gaze.

Les sens de l’intérieur

Le Mudel (Wim Lammertjin rappelle que c’était le premier musée construit en Belgique après-guerre, espace intérieur pénétré par l’extérieur) s’attarde sur ce que cache le huis clos: un retour de chasse dans un salon XVIIe répond à un coït effréné dans une salle de bains surpris par un voyeur extérieur ("Summer", de la Gantoise Joëlle Dubois). Les admirables portraits d’Emile Claus (la lumière extérieure matissienne sur le visage et la chevelure de Mme Claus, peints par les rayons du soleil) voisinent avec les impressions lenticulaires d’Olga Fedorova qui déroutent le regard, le mouvement du spectateur modifiant la scène vue, troublant toute intériorité ("Between Two Islands", "Swimming Pool").

Melanie Deboutte a mis le confinement à profit pour prendre la mesure des lieux et peaufiner la préparation de cette Biennale en se plongeant dans la collection permanente, qui compte 200 tableaux, 500 dessins et des sculptures.

Troisième affluent de ce fleuve, le Musée Roger Raveel abrite son fond dans l’ancien presbytère du XIXe siècle, et les œuvres de la Biennale dans l’aile récente (1999). La monumentale "Chambre III" de Jan Vercruysse forme une fascinante boîte ouverte et fermée, à la peau d’acajou. Jouant sur les sens multiples de l’"intérieur", l’installation "Between Black and Pink "de Lili Dujourie scande quatre volumes où l’intérieur est noir et l’extérieur rose, quatre murs qui possèdent aussi un extérieur et un intérieur sensuel.

Arrivée en janvier au Musée Roger Raveel, Melanie Deboutte a mis le confinement à profit pour prendre la mesure des lieux et peaufiner la préparation de cette Biennale en se plongeant dans la collection permanente, qui compte 200 tableaux, 500 dessins et des sculptures. Roger Raveel (né en 1921, mort en 2013), peu connu hors de Belgique et des Pays-Bas, resurgira avec une rétrospective à Bozar en 2021.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés