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Le jardin intime d’Arne Quinze

Arne Quinze. ©DAVE BRUEL

Le musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) nous propose "My Secret Garden", une rétrospective Arne Quinze, sur le mode intime.

Arne Quinze est resté dans toutes les mémoires pour sa célèbre installation montoise "The Passenger". Les visiteurs de Mons, Capitale européenne de la Culture en 2015 avaient ainsi pu déambuler sous cette longue structure comme sous une forêt de poutrelles enchevêtrées, avant qu’un effondrement très partiel dû à la collision d’un véhicule vienne défrayer la chronique (et attirer sur l’œuvre une notoriété presque mondiale). Un accident somme toute très mineur en comparaison avec la portée du travail de ce natif de Dixmude, aujourd’hui âgé de 49 ans, et dont les œuvres foisonnent en Asie et aux États-Unis principalement.

Derrière le concepteur d’un art urbain assez percutant se cache un véritable artiste en recherche qui tente de combiner le végétal et le minéral, le moderne et l’indémodable, le mouvement et l’immobilité.

La portée, c’est ce qu’entend montrer cette passionnante exposition (à nouveau montoise), "My Secret Garden". Derrière le concepteur d’un art urbain assez percutant se cache un véritable artiste en recherche qui, dans l’intimité de ses divers ateliers de Liège ou de Laethem-Saint-Martin, tente de combiner le végétal et le minéral, le moderne et l’indémodable, le mouvement et l’immobilité. Par un choix d’œuvres très diverses qui va du graphe au monumental, le BAM nous invite à un parcours enrichissant, de plain-pied avec la psyché de l’artiste – jusqu’à avoir reconstitué avec son aval une sorte d’atelier.

"Littoniodes", Arne Quinze ©DAVE BRUEL

Portrait de l’artiste au travail

Dans les années 80, le jeune Arne débarque à Bruxelles et se passionne pour le graphe. C’est le début de ce street art hyper dynamique, qui influencera très profondément la réflexion de l’artiste selon deux lignes: la force de la couleur et l’intégration dans l’espace urbain. Aux murs, le visiteur découvre un travail non sculptural (quoique), qui évoque le mouvement immobile de trains en marche, ou le choc face à un quartier sans toits, calciné, véritable paysage de guerre. Car, partout dans le parcours d’Arne Quinze, on ressent, au-delà des formes libres et des couleurs vives, un profond désenchantement presque dystopique.

Ces créations monumentales nous proposent d’entrer dans un univers parallèle et souvent ressenti comme post-apocalyptique.

Ces créations monumentales nous proposent d’entrer dans un univers parallèle et souvent ressenti comme post-apocalyptique. Sont-ce là les restes de grandes structures oubliées, abandonnées, ou carrément les squelettes d’animaux fantastiques? Autant de portes ouvertes sur un questionnement où la nature reste omniprésente… C’est ce que nous suggère le grand atelier reconstitué, où le visiteur comprend comment on passe du végétal ressenti par l’artiste comme pur et magnifique (un plafond de fleurs séchées sert ainsi de rappel organique) à des stylisations monumentales qui résonnent comme des symboles de l’action humaine sur cette nature. Cette réflexion sur "comment habiter le monde" fait d’ailleurs l’objet d’une salle entière, où se déclinent des maquettes d’habitations sur pilotis géants (les Stilt Houses), qu’Arne Quinze baptise "My Home" ou "My House" mais qui ressemblent à des cabanes de Robinson post-modernes.

Hommages

Très surprenant également, ce travail sous forme d’hommage à Claude Monet. En toiles géantes, l’artiste ressuscite l’impression de flottement des nénuphars de Giverny, pour répondre à une commande passée par la ville de Rouen en 2010, et qui se clôturera par un de ses fameux "mikados aériens" le long d’un pont sur la Seine.

Pour éclater les murs du musée, un véritable projet de ville va se mettre en place, avec un rayonnement dans l’espace public.

La salle suivante laisse littéralement exploser la couleur, avec une nouvelle série de grandes toiles récentes et très colorées, à première vue presque opposées au traitement plus sombre des années 2000, où les questionnements des "Stilt Houses" nous plongeaient dans l’enfer urbain, et le grouillement des matériaux rectilignes (ces fameuses poutrelles par milliers qui constituent ses œuvres les plus emblématiques).

La grande peinture à l’huile "Erysimum" (2020) d’Arne Quinze laisse littéralement exploser la couleur. ©DAVE BRUEL

Bref, c’est une vraie découverte à laquelle le BAM nous invite, loin du questionnement stérile qu’on aurait pu craindre, s’il s’était agi d’un simple hommage à un artiste déjà si profondément associé à la ville.

Et ce n’est pas tout: pour éclater les murs du musée, un véritable projet de ville va se mettre en place, avec un rayonnement dans l’espace public. Ces prochaines semaines, trois nouvelles structures monumentales seront édifiées sur la Grand-Place toute proche. Le jardin en terrasse qui longe le musée a été quant à lui planté de 5000 bulbes, histoire de faire se répondre par la couleur intérieur et extérieur… Sans oublier la boutique, dont les baies vitrées ont été ornées d’une longue fresque qui joue sur la transparence… et les faux-semblants…

Expo

BAM, Mons, jusq'au 29 août 2021.

Note de L'Echo: 5/5

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