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Le MoMu d’Anvers a fait sa mue: notre verdict

Une robe d’Olivier Theyskens ouvre l’expo "E/MOTION. Mode en Transition". ©Stany Dederen

Après trois ans de travaux, le MoMu de la cité scaldienne se visite à nouveau. L’exposition d’ouverture "E/MOTION" est un pur festin.

Une confession pour commencer: le confinement a réduit notre style en cendres. Au point où cet article a été rédigé en pantalon stretch, avec un élastique à la taille. Heureusement, la Flandre pense à notre salut sartorial et rouvre le Musée de la Mode à Anvers, après trois ans de rénovation et d’agrandissement.

Dès le hall d’entrée boisé qui nous est toujours familier, on sent le K-Way glisser de nos épaules. Première découverte: le nouvel espace d’exposition, accueillant un échantillon de la collection de 35.000 pièces. C’est parti pour une déambulation parmi une petite septantaine de vêtements et d’accessoires, compartimentés non pas par époque, mais par thème ("Déconstruction", "Chintz", "Académie"…). On note une majorité de créations "belges", avec une vidéo sur les "Six d’Anvers" en guise d’intro, mais le musée pointe aussi les limites de cet étiquetage national dans un monde globalisé.

On note une majorité de créations «belges» mais le musée pointe aussi les limites de cet étiquetage national dans un monde globalisé.

Esthétiquement, c’est une virée au Parnasse qui nous attend: l’espace regorge de silhouettes signature de grands noms comme Ann Demeulemeester ou Haider Ackermann, dont on retrouve un drapé virtuose révélant cinquante nuances de mauve. Mention spéciale pour la scénographie, en particulier pour le thème "Art et Mode", où les fabuleux manteaux aux dégradés pastel de la collection printemps-été 2011 de Dries Van Noten croisent les peintures abstraites de Jef Verheyen qui l’ont inspiré. Des tableaux qui nous subjuguent, mais qui nous laissent un peu sur notre faim au niveau du contenu, éparpillé à travers les thèmes sélectionnés. L’exercice n’est pas évident: comment se positionner entre la présentation classique qui déroule chronologiquement l’histoire de la mode au fil de l’évolution des mœurs, des volumes et des matériaux, et la tentation d’une interprétation contemporaine, faite de questions et de nuances, stimulante mais fragmentaire? Réponse à l’étage.

La section "Art et Mode" de la nouvelle présentation de la collection. ©Stany Dederen

Quand Balenciaga s’attaque au Brexit

C’est là que nous attend l’expo de réouverture du MoMu – et une bouffée d’air frais. En dépit de son nom cryptique ("E/MOTION"), elle nous livre la clé de l’énigme: on se focalise sur une période précise – la mode des années 1990 à nos jours – et on la problématise de façon à proposer au visiteur une trame qui est narrative, sans être limitative: comment les couturiers ont-ils réagi aux changements dans la société? Une question qui permet de partir dans tous les sens, à l’image des trente dernières années. Et d’intégrer la mode dans le monde, en incluant dans l’expo des extraits de journal télévisé (Obama qui évoque la menace d’un virus), des couvertures de magazine, de l’art contemporain, une bande-son (pour l’après-11-Septembre, "Survivor" de Destiny’s Child)… Résultat? Les silhouettes entrent en résonance, se mettent à vivre.

L’expo se clôt avec une installation multimédia portée vers l’avenir, sur le principe que "la mode continuera de se réinventer, tout comme le phénix renaît de ses cendres".

La première partie touche à l’essence de la création d’un vêtement: le rapport au corps et à la mortalité, incarné dans la robe iconique du premier défilé parisien d’Olivier Theyskens, au réseau brodé de vaisseaux sanguins. On enchaîne avec l’impact des bouleversements sociétaux sur les créateurs, qui parviennent parfois à les anticiper, qu’il s’agisse de crises sanitaires, du diktat du corps "parfait" ou de la digitalisation. À voir: les masques que Walter Van Beirendonck proposait déjà en 1998, la robe Versace de J.Lo qui a mené à la création de Google Images, la réponse de Balenciaga au Brexit, tout en bleu européen.

L’expo se clôt avec une installation multimédia portée vers l’avenir, sur le principe que "la mode continuera de se réinventer, tout comme le phénix renaît de ses cendres". Il ne nous reste plus qu’à espérer qu’il en sera de même pour notre look.

“E/MOTION. Mode en Transition”

Jusqu’au 23 janvier 2022

Musée de la Mode à Anvers

Note de L'Echo:

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