Le Musée Hergé a trouvé sa place

©BELGAIMAGE

Le musée fête ses dix ans par un week-end gratuit et une statue du créateur de Tintin. Un lieu qui a atteint sa vitesse de croisière, même si sa fréquentation reste mitigée.

Pour marquer ses dix ans, le Musée Hergé sera gratuit durant tout le week-end. Une nouvelle statue d’Hergé a par ailleurs été inaugurée, ce mercredi, dans les jardins de cette institution située à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Elle est signée Tom Frantzen à qui l’on doit déjà une effigie de Jacques Brel devant le siège de sa fondation. Il a également réalisé des bronzes de quelques célébrités bruxelloises comme Madame Chapeau, dans le centre-ville, ou l’Agent 15 de Quick et Flupke, à proximité du Canal. "Je me suis inspiré d’un de ses autoportraits où il s’est représenté en stakhanoviste du dessin sous le martinet de Tintin, son chat sur les épaules. Il est assis sur une pile d’albums, son œuvre et son personnage à ses côtés. Sa planche à dessin en main, il semble dessiner le visiteur", a précisé le sculpteur.

Dix ans après son inauguration, l’architecture totalement asymétrique de Christian de Portzamparc fait toujours son petit effet avec ses volumes en lévitation, tout en lignes brisées, qui tranchent singulièrement avec l’urbanisme massif de la ville universitaire. Une réelle réussite pour ce bâtiment à 18 millions d’euros, quasi exclusivement financé sur la cassette de la Fondation Moulinsart et de Fanny Rodwell, seconde femme d’Hergé et son ayant droit. On y pénètre comme on entrerait dans un gigantesque livre ouvert. Un "geste architectural" qui constitue encore aujourd’hui un but de visite en soi.

"Nous avons subi un terrible contrecoup après les attentats. Nous sommes revenus à notre niveau avec une progression assez régulière."

Dix ans, donc, et un succès qui se maintient, même si les débuts furent chaotiques. On se souviendra que le jour même de l’inauguration, Nick Rodwell, qui gère avec sa femme l’héritage d’Hergé, parvint à se fâcher avec une bonne partie de la presse internationale, venue parfois de très loin, en refusant toute photo du et dans le musée, au nom de la défense des droits d’auteur. Ou comment pousser le bouchon de la protection de son patrimoine...

Et puis on s’apercevra aussi que la fréquentation n’était pas celle que l’on espérait. Au bout des cinq premières années d’exploitation, le musée n’a pu attirer que 350.000 visiteurs. "Que"? On est loin des 200.000 tickets promis lors de l’ouverture. Comme quoi, même à proximité d’une gare, le Musée Hergé souffre de sa position excentrée face à des touristes qui visitent la Belgique au pas de course en survolant le triangle Bruxelles-Bruges-Anvers. Le musée s’efforce d’ailleurs de se rapprocher d’autres pôles touristiques et culturels de la région, comme la Fondation Folon, le nouveau Musée L de Louvain-la-Neuve ou même la butte du Lion de Waterloo.

Pour Anne Eyberg, qui dirige le musée depuis 2015, la situation, même si elle reste encore en deçà des attentes, est satisfaisante. Avec 80.000 visiteurs par an, l’institution néolouvaniste semble avoir atteint sa vitesse de croisière. Un chiffre pourtant similaire à celui affiché il y a 5 ans. "Mais comme tout le monde, et particulièrement dans le secteur de la culture et du tourisme, nous avons subi un terrible contrecoup après les attentats du 22 mars 2016. Aujourd’hui, nous sommes revenus à notre niveau d’avant et nous affichons une progression assez régulière."

Les Français, friands de Tintin

Institution toujours totalement privée et donc dénuée de toute subvention publique, le Musée Hergé reste assez avare en chiffres concernant sa rentabilité. Concernant sa fréquentation, on sait qu’elle se compose pour moitié de Belges, pour moitié de visiteurs internationaux – essentiellement français.

"L’objectif du Musée est d’offrir au public les originaux d’Hergé et de montrer toute la richesse de son travail autour de Tintin, évidemment, mais aussi dans le graphisme ou l’art moderne. Et, de ce point de vue, notre mission est réussie", estime Anne Eyberg, qui condamne l’image élitiste que l’on colle souvent au Musée. "Notre public se trouve essentiellement parmi les enfants et les familles, même si le musée n’est pas consacré qu’à Tintin. Le défi, c’est de continuer de croître en attirant le public avec des expos temporaires, mais aussi en faisant tourner nos collections et les planches d’Hergé."

Et pour faire venir le public, le Musée n’hésite pas aussi à sortir de ses murs. Ce fut le cas notamment dans le cadre de la vaste rétrospective Hergé au Grand Palais, à Paris, en 2016. D’autres expositions sur son œuvre ont eu lieu au Musée de la civilisation, à Québec, mais aussi à Barcelone ou au Danemark.

Actuellement une exposition importante se tient au Château de Malbrouck, en Moselle. "C’est clairement une manière d’intéresser le public à l’œuvre d’Hergé et aussi de l’amener dans nos murs", conclut Anne Eyberg.

Entrée gratuite tout le week-end: www.museeherge.com

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