Le présent dessiné, d'hier et d'aujourd'hui

©Peter Soriano

Jusqu’à dimanche, à Paris, le Salon du dessin contemporain esquisse le portrait de cet art plusieurs fois millénaire, qui n’a pas fini de dévoiler ses traits et attraits…

Situé dans le bâtiment magnifique du Carreau du Temple, structure de métal XIXe entièrement réhabilitée et modernisée, le salon du dessin contemporain, Drawing Now, en est déjà à sa 9e édition. Première foire d’art contemporain en Europe uniquement dédiée au dessin actuel et des 50 dernières années, il investit la grande et superbe verrière de ce bâtiment ainsi que son sous-sol: au rez-de-chaussée, une cinquantaine de galeries établies, le sous-sol étant réservé à de plus jeunes, émergentes.

En ce même sous-sol, Philippe Piguet, directeur artistique de la foire, a initié, suite aux événements de janvier, une petite exposition dédiée à l’art et l’engagement: y sont accrochés des dessins politiques issus de collections publiques et privées, signés notamment Tomi Ungerer, Erro, Villeglé ou Ernest Pignon-Ernest.

Une fois encore, cette édition propose un panel impressionnant de procédés, de techniques et de sujets, d’une forme artistique que d’aucuns pourraient croire figée.

- A la galerie Valois par exemple, le jeune Pierre Seinturier, issu de la bédé, présente de grands dessins à l’encre du japon, baignés dans un univers du film noir américain des années 50, sur lequel plane une ambiance Twin Peaks, résultat de la soudaine étrangeté qui fait irruption dans des scènes au départ d’une profonde banalité. Daniel Zeller (Galerie Michel Soskine) ébauche lui en noir et blanc ou en couleurs des arborescences qui paraissent à la fois florales, "cervicales" ou relever de la carte hydrographique.

- Reproduisant au bic bleu des photos, l’italien Guiseppe Stampone (Galleria Marie-Laure Fleisch) propose entre autres un panorama de quinze pochettes de disques intitulé "Nel blu dipinto di blu" qu’il a entièrement et parfaitement reproduits au stylo à bille, leur accolant au passage un mot qui les rehausse d’une dimension politique ou historique: "London Calling" des Clash référant à Thatcher par exemple, Immigration sous-titrant le dernier Stromae.

- Chez Andrew Edlin, l’œuvre particulière, brute, de Marcel Storr est mise en exergue: ce cantonnier de la ville de Paris, au destin semblable à celui de Séraphine de Senlis dessina sa vie durant des architectures incroyables, imaginaires, au crayon et à l’encre de couleur. Il entre en résonance avec l’œuvre de Brigitte Waldrach qui dans de grands formats dépeint l’architecture de Notre-Dame. S’inspirant de l’œuvre de Victor Hugo, elle y accole des textes qui évoquent l’animation des pierres de la cathédrale dans des dessins majestueux entre crayon et gouache.

- Collages et découpages caractérisent par contre l’œuvre de Jana Gunstheimer (toujours chez Conrads) qui dans "The confiscation of the works of the artist’s studio" notamment, livre le crayonné d’un atelier dont les œuvres se sont physiquement dérobées… Ceci dans un dessin réaliste que pratiquent également Sullivan Goba-Blé dans des reproductions au fusain et à la pierre noire de photographies d’amoncellement d’objets qu’il élabore, et Maude Maris à la mine de plomb cette fois dans des natures mortes aux fromages notamment (tous deux chez Gounod).

- Dans la même mouvance, les dessins de Jean Bedez (à la galerie Tarasiève) se révèlent d’un réalisme saisissant: la description précise des palais délaissés de Saddam Hussein ou des salles éventrées de Détroit après la crise, pense-t-on. Mais non, il s’agit en fait de situations imaginaires, comme dans cette "Constellation de la Vierge" dont certains objets du quotidien abandonnés dans le décor en ruine, entre autres des ballons de basket, en reprennent la configuration astrale.

- A la galerie anversoise Van De Weghe présente dans la section Émergence au sous-sol, les grands dessins sylvestres au simple crayon d’après photo de Stijn Cole sont également d’une réalité naturelle stupéfiante.

- Mauro Giaconi pratique plutôt l’effacement notamment dans une série de tours jumelles dont des morceaux sont volontairement gommés. Alors que le Mexicain Daniel Alcala toujours à la galerie Bendana-Pinel propose des dioramas de ponts d’usines faits à partir de dessins réalisés sur base de photographies dans un jeu de silhouettes qui rend ces lieux également fantomatiques… Quant aux petits tableaux en trois dimensions de Marcel Miracle, mettant en scène des objets du quotidien, ils possèdent une âme, une poésie désuète digne d’un Marcel Mariën, l’esprit frondeur en moins.

Enfin, dans ce panorama impressionnant de l’art du dessin qui réunit plus de 400 artistes issus de 15 pays, ceux de scènes de tauromachie signée Ernest Pignon-Ernest – chez Lelong – réalisés par de simples traits au fusain, s’ils ne possèdent ni la sophistication ou le côté spectaculaire de certains, se révèlent d’une magnifique et lumineuse simplicité.

"Drawing Now", jusqu’au 29 mars au Carreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller, Paris 3e. www.drawingnowparis.com

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