interview

Le projet cochon de Majewski

Wodek Majewski

Créateur de l’atypique Atelier 340, Wodek Majewski poursuit à 65 ans son travail d’agitateur sulfureux en proposant, dès demain, à l’Atelier 34zéro, un nouveau projet… très cochon.

D’abord avec l’Atelier 340 puis l’Atelier 34zéro Muzeum depuis 2014, Wodek Majewski, sculpteur polonais arrivé en Belgique à l’âge de 20 ans, est, à 65 ans, toujours le président-concierge de ce lieu d’art original. Situé près de la gare de Jette, celui-ci a vu le jour en jouant de la provocation autant que de l’éducation, voire de la restauration, puisque le lieu possède un petit bar-restaurant. Bref, à l’Atelier, créé en 1979, tout est bon, comme dans le cochon, sujet de sa nouvelle exposition.

Un Wim Delvoye? Non, voici "Artemis the Tattooed Pig", d’Andy Feehan, photographié par Mark Green en... 1984. ©Andy Feehan

En vous installant à Jette dans un quartier dont les habitants ne s’intéressaient pas de prime abord forcément à l’art, vous ne vouliez pas seulement provoquer, mais mettre l’art à la portée de personnes qui n’ont pas l’occasion d’aller au musée?

Exact. Et ceci, dans le cadre de l’ensemble de projets, que ce soient des expositions, des éditions de cartes postales, des bâches dédiées à l’art, tout en effectuant un travail pédagogique avec les plus jeunes… Nous avons voulu montrer l’art hors du musée.

PROVOCATION

De l’art et du cochon

Deuxième "tranche" de l’art provocateur prenant pour thème le porc à l’Atelier 34zéro. Le cochon dans l’art moderne et contemporain exhibe des œuvres qui mettent en avant cet animal souvent dénigré dans l’histoire de l’art, de l’humanité et des religions. Considéré comme proche de l’Homme, il l’est encore plus dans les peintures, photographies et performances présentées par Wodek Majewski.

Le "Pornokratès" de Rops figure bien sûr au nombre de toiles présentées sur bâche, comme la Vierge au… porcelet voilée, provocatrice et sulfureuse de l’artiste anglaise Sarah Maple, tandis que Heidi Taillefer propose pour sa part une version contemporaine et viandeuse d’Arcimboldo (genre "tout est bon dans le cochon"). Des animaux sculptés, voire empaillés par Sarah Garzoni et l’Américain Andy Feehan, dont l’œuvre tatouée date de 1984, bien avant Wim Delvoye. Lequel a joué un tour… de cochon au musée en refusant d’exposer ses œuvres porcines sur l’une des grandes bâches tendues par le musée.

D’autres performances, toujours aussi cochonnes, sont exhibées, à l’instar de ce concert classique donné au milieu d’un public… porcin, ou celle, choquante, de l’artiste Yvonne Salzmann, pendue nue et tête en bas dans une file de carcasses de porcidés au milieu d’un abattoir… porc-nographique?

Le scandale fait partie intégrante de l’art…

Afin de donner une caution intellectuelle, on pourrait parler d’interpellation, mais le mot provocation me paraît plus direct, honnête et concret. Surtout lorsqu’on la place au vu de tous. Ici, à Jette, l’on compte trois rues principales du Sud au Nord. Nous sommes sur l’un de ces trois axes: des bus, des voitures, des passants y circulent en nombre qui se rendent au parc Roi Baudouin, situé juste derrière. Même lorsque l’Atelier est fermé, les piétons notamment peuvent apercevoir nos bâches artistiques et discuter de ce qu’ils voient. Un dialogue s’instaure.

C’est quoi un "président concierge"?

Une métaphore qui surgit au bar. (Il sourit) Lorsque vous êtes indépendant, que vous créez un lieu qui se pense comme tel, peu ou pas subsidié, vous réalisez que vous devenez concierge de votre présidence: il vous échoit de fermer la porte, la fenêtre pour qu’il ne pleuve pas à l’intérieur des salles réparties sur plusieurs maisons mitoyennes et de remplir toutes les fonctions nécessaires pour que ce lieu puisse exister. Sur ma carte entre président et concierge, j’ai d’ailleurs placé deux flèches réciproques.

Vous êtes en Belgique depuis plus de quarante ans. Votre approche de la provocation est-elle plus belge que polonaise?

À 65 ans, fort d’un passé de 45 années en Belgique et ayant œuvré dans le milieu culturel depuis 37 ans dans ce pays, j’ai été victime d’une imprégnation de l’influence locale.

N’est-ce pas finalement plus une provocation par rapport aux racines communes de la Pologne et de la Belgique, donc vis-à-vis du catholicisme?

Lorsque l’artiste pose une question ou fait une performance, c’est une provocation. Mais elle possède une qualité intellectuelle qui recouvre un sens autre que la provocation gratuite. J’aime qu’elle soit esthétique, car même l’art abstrait ou conceptuel peut l’être. Nous ne sommes pas focalisés sur un seul aspect, le catholicisme par exemple. Mais en effet, les dogmes ne sont pas très intéressants, raison pour laquelle notre cafétéria-restaurant affiche que nos plats sont servis sans dogme. (Il sourit dans sa moustache)

Il y aurait, paraît-il, un projet, à l’Atelier 34zéro, d’exposition consacrée au Musée des Beaux-Arts?

En effet, Michel Draguet, le directeur du Musée des Beaux-Arts, nous l’a promis pour l’an prochain: nos sommes dans l’attente d’une date définitive pour cette exposition de 600 m2, consacrée à l’histoire des lieux et de notre collection.

"Le cochon dans l’art moderne et contemporain" (2e partie)

Note: 3/5

Wodek Majewski, commissaire

jusqu’au 4/3/18 à l’Atelier 34zero Muzeum, drève de Rivieren, 334, à Jette.

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