Le Stijl et la manière

©Gemeentemuseum Den Haag

Les Pays-Bas, et notamment le Musée de La Haye, célèbrent le centenaire du mouvement pictural De Stijl, en évoquant tout d’abord sa genèse dans une exposition éloquente…

Exposition

"Piet Mondrian et Bart van der Leck: le développement d’un art nouveau"

Note: 4/5.

Jusqu’au 21 mai au Musée communal de La Haye, Stadhouderslaan 41 à 2517 La Haye. Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 17h. www.gemeentemuseum.nl.

Bâtiment conçu par l’architecte Berlage dans les années 30, le Musée communal de La Haye ressemble à une peinture de Piet Mondrian en trois dimensions. On n’est donc pas étonné d’apprendre qu’il possède la plus grande collection au monde d’œuvres du peintre hollandais. Si celui qui symbolise le mouvement De Stijl, né voici tout juste cent ans, y voit son œuvre déclinée tout au long de l’année (une expo lui sera exclusivement consacrée en été, une autre le confrontera à l’architecture et une troisième, permanente, se base sur les collections de l’institution muséale, voir encadré), le musée de la capitale hollandaise étend son propos à d’autres représentants que cette tête de banc du mouvement.

De Stijl, nom du magazine fondé par van Doesburg en 1917, est en effet un mouvement moderne dans tous les sens du terme, les membres correspondant parfois même sans se rencontrer physiquement.

©Collectie RKD Den Haag

Ce n’est pas le cas de Van Der Leck et Mondrian, deux artistes dans la quarantaine à l’époque et ayant tous deux une carrière d’artiste "dix-neuvième" derrière eux. L’expo qui se présente dans une épure ad hoc, donc très "Stijl" (sorte d’ascèse protestante parfois colorée), illustre d’abord le fait que l’approche des deux artistes ne naît pas du néant, mais au milieu d’un air du temps pictural qui souffle sur les Pays-Bas: en témoignent les œuvres de Plaaschaert (Opus 862, 1907), Jan van Deene (Peinture VII, 1912), Lanooy qui signe à la même époque une "Composition futuriste abstraite" voire le travail de de Winter qui en 1913 rappelle Spilliaert dans son "Paysage du soir" à peine esquissé; des peintres hollandais qui sont rejoints dans leur tendance allusive par van Doesburg dont on peut admirer quatre pastels.

Si Mondrian fut dans un premier temps quasi nabi (et le restera parallèlement même lorsqu’il "échouera" dans l’abstrait pur, à voir par exemple "Ferme à Duivendrecht"), puis dérivera vers l’abstraction et le cubisme en séjournant à Paris, Van Der Leck, pour sa part, émargea d’abord d’un expressionnisme "à personnages" ("Quatre soldats" en 1912) et travailla le vitrail, ce qui explique sans doute son choix des couleurs primaires.

©Rik Klein Gotink

Comme l’illustre très bien l’exposition, les deux artistes se rencontrent en 1916 dans le petit village de Laren, se parlent et correspondent: Mondrian vient d’un cubisme "ovale" acquis à Paris et qu’illustrent des compositions de même forme, noires et blanches, remplies de lignes, parfois de couleurs passées; van der Leck de son côté prend pour point de départ un travail préparatoire figuratif, par exemple dans "Sortie d’usine" où des figures humaines quittent en effet une fabrique, pour ensuite délivrer une œuvre abstraite de couleurs primaires géométriques puisant dans cette première "esquisse".

L’influence de van der Leck sur Mondrian

Le moins connu des deux s’inspire de la réalité tandis que Mondrian, dans sa géométrie abstraite, refuse toute dépiction et opte pour une abstraction sans choix à partir d’une grille noire et blanche.

©Gemeentemuseum Den Haag

Mais, et c’est la grande découverte de cette expo qui remonte à l’essence du mouvement De Stijl au travers de ces deux artistes (on y croise un buffet de Rietveld au-dessus d’une composition de van der Leck), c’est ce dernier qui va inciter Mondrian à colorer plus avant ses compositions et peu à peu le pousser à utiliser les primaires.

C’est en effet en découvrant en 1916 chez son nouvel ami "La tempête", composition mi-figurative mi-géométrique qui montre deux femmes regardant le bateau de leurs maris prisonniers des éléments déchaînés dans des couleurs noir jaune bleu et rouge sur fond blanc, que Mondrian se met peu à peu à colorier ses compositions ovales, d’abord dans des tons atténués et plus tard des couleurs plus tranchées, vives et surtout les trois primaires jaune, bleu et rouge adoptées par van der Leck (en opposition aux trois non couleurs noir, gris et blanc).

©Gemeentemuseum Den Haag

Cette exposition fascinante montre ainsi l’importance de l’oublié, ou presque, van der Leck dans l’évolution de Mondrian et la façon dont leurs parcours respectifs vont ensuite diverger: le premier restant attaché à l’écho du réel dans son travail (remarquable portrait géométrique de "Jenny" en 1920), écho mis en regard de la radicalité d’un Mondrian parfois même encore en noir et blanc, notamment dans sa "Composition avec lignes grises", datée de 1919.

Colorant progressivement son abstraction dans le Stijl de van der Leck, Mondrian en deviendra la figure centrale.

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