Les actes de Luc Van Malderen

©Luc Van Malderen

Une exposition en deux volets présente le travail du graphiste et sémioticien bruxellois, créateur d’un langage poétique architectural aux combinaisons infinies et irréelles.

Graphiste, photographe, sémioticien (spécialiste de l’étude des signes, des symboles et de leur signification) et théoricien de l’image, Luc Van Malderen (LVM) eut une forte influence sur plusieurs générations de graphistes. Né en 1930, directeur du département de communication visuelle de l’ENSAV La Cambre entre 1962 et 1994, il fut un pédagogue passionné et un explorateur hors-norme du vocabulaire graphique, maître des assemblages et empilements improbables, des jeux de lignes et de couleurs.

C’est à cet homme et son œuvre que Franc’Pairon – fondatrice du département mode de La Cambre – a décidé de consacrer une exposition. "Je suis arrivée comme enseignante à La Cambre en 1986. Je lui ai demandé de me donner des cours de pédagogie. Il est devenu mon mentor. C’est l’homme le plus passionnant et le plus passionné que j’ai rencontré. Il amenait les étudiants à se dépasser, il éveillait à la conscience esthétique. Avec cette exposition, je veux le célébrer en tant qu’initiateur", explique-t-elle en tant que commissaire.

Vocabulaire formel ludique

Le personnage est notamment connu pour ses nombreux aphorismes. C’est d’ailleurs l’un d’eux qui sert de fil rouge au premier acte de cette exposition qui en compte deux: "Les enfants jouent; c’est leur travail. Ce serait bien de faire jouer les adultes en prétextant un travail urgent." Franc’Pairon commente: "Cette citation lui correspond tellement bien, à lui et sa manière de jouer avec tout."

©Luc Van Malderen

Le Centre d’art de Rouge-Cloître, à Auderghem, est le lieu où se tient cet Acte I. Il s’agit de mettre en avant le processus créatif de Luc Van Malderen, les étapes de construction de son vocabulaire à travers ses carnets, ses calques, ses peintures et sérigraphies. On y retrouve ses empilements et leurs innombrables variations, le plus souvent sur ce thème qui lui tenait tant à cœur, l’architecture industrielle, objectif principal de ses voyages en Belgique et en Europe. "Les voyages avec Luc se résumaient surtout à visiter des sites industriels. Il était fasciné par ça. Il dit que cela lui vient de son séjour en Angleterre, enfant, pendant la guerre", commente la commissaire.

Luc Van Malderen a forgé un vocabulaire, un alphabet de formes, coloré et linéaire, tirant sa valeur de par son existence même. Un jeu de formes, proche de celui que peut créer un enfant, avec tout ce que cela comporte de créativité sans contrainte, sans savoir, sans limite mentale, sans sens caché, sans interrogation. Un exercice de style brut, allant directement à l’essentiel. La forme est comme la note d’une partition ou la lettre de l’alphabet qui, dans un vocabulaire pourtant restreint, en s’énonçant et en s’articulant avec une autre forme, conduit à une nouvelle nuance, une variation, et ainsi de suite, indéfiniment, pour devenir un langage éminemment riche. "Les mêmes éléments se répètent et se recomposent, toujours d’une manière différente", explique Franc’Pairon.

©Luc Van Malderen

Dans cet Acte I, quatre axes sont développés. Il y a l’homme, le penseur, avec ses aphorismes. Quelques exemples: "Vous n’êtes pas certain de votre style et vous doutez de l’orthographe et tout a été dit. Allons courage" ou "Si je prends une sculpture de Maillol et que je la peins en bleu outremer, cela devient-il une sculpture peinte ou une peinture sculptée? Bravo, votre réponse est la bonne". "Il commençait toujours par une chose importante, et la cassait tout de suite."

Ensuite vient l’artiste, son abécédaire formel, ses carnets de recherche, puis l’amoureux d’architecture, l’arpenteur des friches industrielles et le collectionneur des cartes postales de gratte-ciel américains. Pour terminer, on rencontre le graphiste, celui qui notamment a inventé en 1968 (et commercialisé partout dans le monde jusqu’en 1988) ce qui nous paraît si banal aujourd’hui: le Picto System, avec ses 98 symboles signalétiques (toilettes hommes-femmes, danger de mort, escalator…).

Quant aux actuels étudiants de l’Atelier de Communication graphique et visuelle, ils ont prolongé et revisitée l’œuvre de l’ancien professeur. Les résultats de ce worshop sont présentés dans de grands cahiers. En face, un film dans lequel d’anciens étudiants de Luc Van Malderen témoignent de ses méthodes et de son esprit.

Prélude à l’Acte II

La dernière salle de l’exposition est déjà une entrée en matière pour le second acte qui se déroulera à La Fonderie entre le 26 avril et le 4 octobre. Intitulé "Cabinet de curiosités", cet espace met déjà l’accent sur le lien entre l’œuvre graphique et la photographie, jusqu’à la mise en volume par Michel Michiels. Alors que l’Acte I est dévolu à l’élaboration du vocabulaire maldérien, l’Acte II tend davantage à dévoiler le lien qui relie tous les ensembles.

"Ces expositions n’ont pas pour but d’être un catalogue raisonné du travail de Luc Van Malderen. C’est surtout une marque d’affection et un hommage à cette pensée si vivante, si rafraîchissante, à cet homme qui a toujours refusé d’accepter les choses telles qu’elles sont, qui a toujours laissé la porte de son esprit grande ouverte", conclut la commissaire.

Luc Van Malderen, Une exposition en deux actes: LVM Acte I, au Centre d’Art de Rouge-Cloître, jusqu’au 12 avril, www.rouge-cloitre.be; LVM Acte II, à La Fonderie, Musée bruxellois des industries et du travail, du 26 avril au 4 octobre. www.lafonderie.be.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content