Les couleurs et la lumière du peintre-poète Chagall

"L’anniversaire" (1915) avec la première "lévitation" de l’œuvre de Chagall. ©© The Museum of Modern Art, New York. ® SABAM,Belgium 2015 / foto: Scala, Firenze

Les Musées royaux des Beaux-Arts proposent une vaste rétrospective qui présente en plus de 200 œuvres l’ensemble de sa carrière artistique.

Marc Chagall a traversé une période de l’histoire marquée notamment par deux guerres mondiales. Pourtant, son œuvre est caractérisée par des couleurs très vives et pleines de légèreté et une symbolique poétique qui semble s’échapper de la réalité. "Chagall est un homme qui dans les pires conditions du XXe siècle rend un sourire au cœur", souligne Michel Draguet, directeur des Musées royaux des Beaux-Arts (MRBA).

"L’anniversaire" (1915) avec la première "lévitation" de l’œuvre de Chagall. ©© The Museum of Modern Art, New York. ® SABAM,Belgium 2015 / foto: Scala, Firenze

Né dans une famille juive hassidique en 1887 à Liozna dans la banlieue de Vitebsk, en Biélorussie actuelle (à l’époque Russie tsariste), Marc Chagall étudie les beaux-arts à Saint-Pétersbourg. En 1910, il part pour Paris où il découvre le fauvisme finissant et le cubisme analytique de Picasso. Ne se rattachant à aucune école, il a assimilé différents mouvements artistiques dans sa propre culture. Il présente sa première exposition à Berlin en 1914 et en profite pour voir sa famille et son amoureuse Bella à Vitebsk. La guerre l’empêchant de retourner à Paris, il peint à cette époque surtout la vie de la communauté juive.

Mélanges culturels

Lorsqu’éclate la révolution russe, en 1917, Chagall s’engage, persuadé que les juifs vont devenir de vrais citoyens, et devient commissaire du peuple aux Beaux-arts. Il organise des expositions et fonde l’académie libre de Vitebsk. Après un putsch artistique de Kasimir Malevitch qui rebaptise l’école Académie suprématiste, il démissionne et part pour Moscou où il crée les décors pour le Théâtre d’art juif.

Chagall a assimilé différents mouvements artistiques dans sa propre culture.

Après la guerre, il retourne à Paris où il rencontre Ambroise Vollard, marchand et éditeur de livres qui lui demande d’illustrer les Fables de La Fontaine. Le classicisme français illustré par un Russe juif suscitera un scandale que Vollard apaisera en soulignant les nombreuses inspirations étrangères des Fables. Les années bonheur sont terminées, l’arrivée du fascisme le bouleverse comme il l’exprime dans "La chute de l’ange", une toile signée en 1923, 1933 et 1947. En 1941, il est arrêté mais parvient à s’exiler aux Etats-Unis où il restera jusqu’en 1948. C’est pendant son exil que Bella, son grand amour, meurt subitement. Il s’installe à Saint-Paul de Vence où il finira ses jours en 1985 à 97 ans.

"L’homme à la tête renversée" (1919). ©© Chagall ® SABAM Belgium 2015

Il laisse une œuvre riche marquée par la tradition juive et le folklore russe. Il y développe une iconographie très personnelle avec des figures qui lui sont chères comme le violoniste, l’acrobate, la vache ou encore les amoureux qu’il utilise dans ses toiles de manière à restituer ses états d’âme et ses angoisses. L’exposition, version enrichie de celle qui a attiré 340.000 visiteurs à Milan l’an dernier, parcourt de façon chronologique et thématique toutes les facettes de l’œuvre du peintre-poète, depuis les premières peintures réalisées en 1908 jusqu’aux dernières, monumentales, des années 1980.

À cet égard, les travaux préparatoires de la fresque de l’opéra Garnier à Paris permettent de suivre l’évolution du projet étape par étape. On découvre que l’artiste préparait les différents personnages mais se souciait également de l’agencement des couleurs.

"Rétrospective Chagall" aux Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles du 28 février au 28 juin, 02 508 33 33, www.expo-chagall.be, tarif plein: 14,50 euros (17,50 euros le week-end).

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