Les démons de Mons 2018

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La Biennale Mons 2018 a enfin dévoilé son programme. Mais en coulisses, la guerre de tranchées politique perdure. On se rappelle Mons 2015, opération controversée tant sur son bilan que sur ses retombées...

La Fondation Mons 2025 a dévoilé les grands axes de son événement bisannuel Mons 2018 et son calendrier: du 2 septembre 2018 à… juin 2019. Avec comme morceau de choix une expo-phare Niki de Saint Phalle, pour la coquette somme de 678.000 euros, pendant quatre mois au BAM.

Cependant, le programme rendu public ce vendredi est une version light qui n’intègre pas dans son budget l’octroi d’un subside de 1,5 million d’euros gelé depuis des mois au niveau de la ministre de la Culture Alda Greoli (cdH). "Tant que je n’ai pas la décision du gouvernement sur ce subside, je n’ai pas d’accord formel, soupire Anne-Sophie Charle, secrétaire générale de la Fondation Mons 2025. Et donc, le menu des festivités communiqué aujourd’hui est une version prudente budgétée à 3 millions d’euros dont 1,5 million prélevés sur le reliquat de 5,5 millions d’euros de Mons 2015 dans les caisses de la Fondation. Si nous recevons le 1,5 million supplémentaire l’enveloppe évidemment gonflera (1). La structure du programme resterait identique mais chaque axe serait sensiblement étoffé par des créations nouvelles d’artistes belges de la Fédération et de créateurs internationaux encore dans nos cartons."

"Mons 2018 est un aspirateur à subsides pour la ville et une vitrine électorale instrumentalisée par les socialistes, le maïeur Elio Di Rupo candidat à sa succession en tête."
georges-louis bouchez
conseiller communal mr


Pas de rétention de subsides

Tel était le vœu de la ministre cdH, pas satisfaite d’une première mouture du projet Mons 2018 jugé trop focalisé sur le nombril culturel montois. Pour satisfaire Alda Greoli, la troïka à la manœuvre – Fondation, Mars (ex-Manège) et la Ville de Mons – ont fignolé une deuxième mouture. Toujours à l’examen pour avis au sein de l’administration, elle devra encore remonter vers le cabinet, puis vers le gouvernement qui in fine devrait officialiser le subside par arrêté ministériel avant le 15 décembre. D’après nos infos soufflées par le cabinet Greoli, l’octroi du 1,5 million d’euros ne "devrait pas poser de souci. On n’a pas l’intention de faire de la rétention de subsides". En clair: ne voyez dans ce "contretemps" aucun lien avec le renversement de majorité en Wallonie…

L’offensive Bouchez

L’autre caillou qui continue à faire boiter la biennale, c’est le tir de barrage de l’opposition MR montoise emmenée par le bouillant Georges-Louis Bouchez contre Mons 2018, humant un entêtant parfum d’opportunisme politique socialiste à l’horizon des élections communales du 14 octobre 2018 et celles, fédérales et régionales, de mai 2019. Encombrant administrateur de la Fondation Mons 2025, le chef de file MR et conseiller communal sort régulièrement le bazooka pour atomiser l’événement ou du moins, son mode d’organisation. "Mons 2018 est un aspirateur à subsides pour la ville et une vitrine électorale instrumentalisée par les socialistes, le maïeur Elio Di Rupo candidat à sa succession en tête", clame-t-il.

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L’argument a fait mouche puisqu’à l’arrivée, la Fondation a décalé l’événement initialement prévu de juillet à novembre. "85% des manifestations culturelles se dérouleront après les élections du 14 octobre et la Fondation veillera étroitement à éviter toute communication envers une personnalité politique quelle qu’elle soit, explique Anne-Sophie Charle. Les politiques n’apparaitront sur aucun matériel de promotion de Mons 2018 et aucune fête d’ouverture avec discours devant des milliers de gens n’est prévue."

Quel intérêt?

Reste la question de la pertinence d’investir dans un tel événement de prestige dans la foulée de Mons 2015, opération controversée tant sur son bilan que sur ses retombées. Depuis l’extinction des lampions de 2015, la vie culturelle montoise connaît un fameux trou d’air et le Pôle Muséal un coup de froid. Par exemple l’expo "Nouveaux Westerns" cet été aurait tiré à blanc avec seulement 5.000 visiteurs en trois mois au BAM. Sa future exposition consacrée au photographe David LaChapelle dès la mi-octobre reboostera-t-elle la fréquentation? Le MAC’s du Grand-Hornu serait délaissé et quelques musées enfantés par Mons 2015, lâchés depuis par le soutien public, semblent sortis des radars…

(1) La Fondation compte sur une récurrence de subsides pour assurer ses biennales jusqu’en 2025. La demande d’un autre subside de 1,5 million d’euros est déjà envisagée.

le menu

Mons 2018 durera… dix mois et s’articulera en trois temps forts.

La grande expo: Niki de Saint Phalle

Au BAM, du 15.09.2018 au 13.01.2019

Joli coup que cette expo de niveau international consacrée à la plasticienne, peintre, sculptrice française du mouvement Nouveaux réalistes, figure emblématique de l’art moderne du XXe siècle et féministe engagée. Estampillée de la citation de l’artiste "Ici, tout est possible", l’expo retracera l’évolution de ses styles et matériaux ainsi que la portée socio-politique de son art en recherche permanente.

La thématique: Paix et Liberté

Mons 2018 prend dans son giron les derniers temps forts des commémorations 14-18 avec "Paix et liberté" comme sujet imposé d’une tripotée d’événements. Dont: 14-18: Destruction(s). À partir du 6 octobre au Mons Memorial Museum. Une expo sur le thème de la destruction et de la fragilité fera dialoguer visions contemporaines

du conflit et pièces historiques venues de musées et collections privées; "La Nuit des Musées: un vent de liberté" mobilisera le 26 octobre dix musées du centre-ville pour une nuit de paix et liberté à travers des visites insolites, concerts, ateliers, soirée DJ…

La grand-place accueillera du 26.10 au 11.11 une Projection monumentale du Centenaire de la Libération, spectacle projection-mapping sur la façade de l’hôtel de ville deux fois par soir. Il retracera le drame du Canadien George Price dernier soldat tué à Ville-sur-Haine le 11 novembre 1918, deux minutes avant l’armistice.

Au printemps: Art en ville

Après l’hiver, la biennale montoise rebondira en un printemps 2019 très urban-artistique. Les rues seront envahies d’une série d’installations et intégrations artistiques urbaines (œuvres monumentales, fresques, sculptures, spectacles d’art vivant…) qui dessineront un parcours artistique.

 


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